Chapitre 8 : Apprivoiser les sons
Chapitre 8 : Apprivoiser les sons
Les séances de réglages ont marqué une étape essentielle dans mon parcours. Elles m’ont permis de tirer le meilleur parti de mon appareil auditif, et peu à peu, de retrouver une écoute plus naturelle. Au début, je n’étais pas à l’aise. Tout me semblait étrange, trop fort, trop confus. Mais j’ai eu la chance d’être bien accompagnée. Mon orthophoniste, toujours patiente et bienveillante, me guidait avec douceur. Je me souviens de ma toute première séance. Elle prononçait lentement : « château » et moi, concentrée, je répondais fièrement :
- Chapeau.
Un sourire amusé éclairait son visage.
- C’est déjà très bien, on va recommencer, disait-elle avec encouragement.
Chaque séance était un petit défi, mais chaque progrès me donnait un peu plus de confiance.
La première année, les réglages étaient fréquents : il fallait affiner les sons, ajuster les fréquences, adapter l’appareil à ma réalité auditive. Plus tard, une séance annuelle suffisait, juste pour vérifier que tout fonctionnait bien. Je me demandais souvent comment se déroulait ce mystérieux « réglage ». L’audioprothésiste m’avait expliqué que mon appareil, relié à son ordinateur, lui permettait d’ajuster le son selon mes perceptions. Face à lui, je devais décrire ce que je ressentais à l’aide d’une fiche ornée de petits smileys représentant différentes émotions. Puis, il modifiait quelques paramètres… Et soudain, le son devenait plus clair, presque lumineux. C’était comme si un voile se levait devant mes oreilles.
Je percevais les détails les plus infimes : les intonations de sa voix, le froissement de ses vêtements, le léger clic de sa souris. Tout cela m’émerveillait, et me déstabilisait à la fois. Après chaque séance, je comparais les sons d’avant et d’après. Parfois, il fallait recommencer plusieurs fois pour trouver l’équilibre parfait. Mais l’audioprothésiste faisait preuve d’une patience remarquable, toujours à l’écoute de mes sensations et de mes doutes.
En parallèle, je poursuivais mes séances d’orthophonie. Avant et après chaque réglage, nous testions ma compréhension des mots, des phrases, des conversations, parfois avec du bruit de fond. Ces exercices exigeants étaient indispensables pour entraîner mon cerveau à reconnaître, trier et interpréter les sons.
L’appareillage auditif, je l’ai vite compris, n’est pas une simple solution technique. C’est un apprentissage du monde. Il m’a fallu du temps pour apprivoiser les sons du quotidien. Les discussions en classe, les voix d’amis, le vent dans la rue, la sonnerie du téléphone… Chacun d’eux redevenait un repère, un fragment de vie retrouvé. Heureusement, je n’étais pas seule, l’orthophoniste et l’audioprothésiste ont toujours été présents, bienveillants et rassurants. Grâce à eux, j’ai appris à faire confiance à mes oreilles, et à moi-même. Quatre ou cinq ans plus tard, j’ai pu bénéficier d’un appareil plus performant. Ce jour-là, j’ai mesuré tout le chemin parcouru.
Ces années de réglages, d’exercices et d’efforts m’avaient offert bien plus qu’une meilleure audition : elles m’avaient ramenée à la vie. Peu à peu, les sons ont cessé d’être des exercices. Ils sont devenus ma bande-son, celle de ma renaissance. Ce n’était plus seulement entendre, c’était vivre à nouveau, écouter le monde, et enfin, m’y sentir à ma place.
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👩🏽💻 Barbara Wonder
🏞️ Image: photo personnel et Canva
✍️ Le: 17-04-26
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