Mardi 20 janvier 2026
Mardi 20 janvier 2026
Aujourd’hui, je suis passée devant la petite maison. Je pourrais aisément l’éviter, décider de prendre à droite au stop, je gagnerai peut-être même quelques secondes. Chaque semaine, je l’envisage. Chaque semaine, je renonce. Je continue tout droit et ralentis un peu, juste ce qu’il faut pour jeter un regard de côté et vérifier que la honte est toujours là. Le reste du temps, elle va et vient par vagues, mais à cet endroit précis, je suis certaine de la retrouver. Ce n’est pas que j’aie absolument envie de la garder auprès de moi, mais je n’ai rien trouvé qui la surpasse. Cela fait des mois maintenant que je cherche comment m’en dépêtrer et faire autrement, que je tourne autour de cette question qui prend toute la place : comment fait-on pour supporter d’avoir fait quelque chose de vraiment terrible, de vraiment moche ? Pour commencer, j’ai reconnu mes torts. Je n’étais pas certaine d’en mesurer toute l’étendue mais il m’a semblé qu’il fallait au moins ça, cette honnêteté-là, et que j’aurais ajouté à l’immondice en essayant de nier ce que je savais être vrai. Très vite, presque dès la première seconde, je me suis aussi attelée à tenter de comprendre comment et pourquoi j’en étais arriver là. J’y ai consacré de longues heures et c’était toujours insuffisant, parce que je n’arrive pas à me défaire de l’idée qu’expliquer c’est presque déjà justifier, et que rien ne pourrait justifier ça. J’ai ensuite cru que quelque chose d’également terrible allait me tomber sur le coin du nez, histoire de rééquilibrer. J’ai attendu un cataclysme, un impact de foudre, un truc grand comme une punition divine ou un retour de bâton de l’univers. J’ai souffert, beaucoup, mais il m’a semblé que ce n’était rien en comparaison de la douleur que j’avais causée. J’ai sondé les possibilités de réparation mais là non plus, je n’ai rien trouvé. Il aurait fallu pouvoir annuler, passer un grand coup d’éponge sur l’ardoise et tout effacer, reprendre depuis le début et agir différemment, mais ce serait contraire à la marche du temps. En matière de temps, je n’ai que celui qui vient et pour celui-là je m’acharne à faire autrement, à ne pas tomber dans les mêmes travers, c’est mieux pour demain mais ça ne corrige rien pour hier. Ailleurs, pour ne pas risquer d’abîmer plus encore ceux que j’avais déjà tant blessés, j’ai fait acte de confession. J’ai tout dit, tout raconté, tout rassemblé au même endroit, j’aurais voulu qu’on me dise à quel point j’étais mauvaise et qu’on me punisse, qu’on me crache à la figure, qu’on refuse même de me regarder. Rien de tout ça n’est venu, alors il n’est resté que la honte. Au fond cela me rassure qu’elle soit là, cette culpabilité doublée de haine de soi. Aujourd’hui, je suis passée devant la petite maison. Si ceux que j’ai trahis refusent de me haïr, je peux le faire moi-même.
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