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Épisode 95 : Se taire à jamais
Fiction
Tale
calendar Pubblicato 4 ott 2026
calendar Aggiornato 4 ott 2026
time min

La mémoire humaine exige des détails et la compréhension. D’autant plus après la disparition.

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Épisode 95 : Se taire à jamais

🎧 Musique : Sade – No Ordinary Love

Pour profiter pleinement de l'expérience de lecture en musique, si vous n'avez pas d'abonnement YouTube Premium, je vous conseille de lire ce texte sur ordinateur et d'ouvrir le lien musical dans un nouvel onglet. Ça marche tout aussi bien et ça a l'avantage d'être gratuit 🙂

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Le Père Adalbéric, absorbé dans ses raisonnements, garde le silence.

Et pendant ce temps-là, Siegfried s'enfonce dans son désespoir.


— Et moi, je me suis retrouvé marié pour l'éternité avec une sirène... avec une créature qui n'avait d'humain que l'apparence qu'elle a prise pour... pour... pour...

— ... pour vous séduire. Oui, je pense qu'on peut dire cela.


Siegfried ferme les yeux, contracte les paupières, secoue la tête et cache son visage dans ses mains.


— Un péché. Plus qu'un péché. Une abomination... Ce n'est pas possible. Ce n'est pas possible. Ce n'est pas possible !


Il doit laisser passer une vague de sanglots secs.


— J'ai été marié pendant vingt-cinq ans à une... une... créature... qui était... une... abomination... qui aurait dû... me faire horreur... et au lieu de ça...


Les sanglots secs. De nouveau. Laisser passer la vague...


— Je vous jure mon Père que j'étais innocent... Je ne savais pas... Je n'ai rien vu... Je n'ai rien su voir...


Il respire encore. Respirer. Pour se calmer. Le Père Adalbéric s'approche à nouveau de lui, lui serre les épaules et laisse venir dans le creux de la sienne la tête de cet homme qui pourrait être son fils.


De nouveau, les hoquets s'espacent un peu.


— J'aurais dû la détester... la haïr absolument... n'éprouver pour elle que répulsion et dégoût... un dégoût absolu... irrémédiable... mais au lieu de ça... au lieu de ça...


Le Père Adalbéric lui serre les épaules. En silence.


- Au lieu de ça... j'ai fait... sept enfants avec elle... Sept enfants, mon Père ! Sept !... J'ai engendré dans l'abomination... et dans l'aveuglement... encore et encore...

— Ne soyez pas excessif, comte Siegfried. Ce n'était pas votre faute. Vous avez péché par ignorance. Pas par perversité.


La voix du Père Adalbéric est grave, douce, rassurante.


— Et le pire de tout... c'est qu'au lieu de la détester comme j'aurais dû le faire... je l'aimais, mon Père ! Je l'aimais ! Je l'aimais ! Je l'aimais !


Et, de nouveau, il s'écroule.


Le Père Adalbéric, tout en le soutenant, reste pensif.


Pouvait-on aimer à ce point une... créature comme la comtesse Mélusine ?


Lui revient le souvenir de ce qu'elle fut.

Celui de la jeune épouse auprès de son époux, à ses côtés pour le soutenir, admirative, rassurante. Celui de la jeune mariée visiblement amoureuse, les yeux brillants, rayonnante.

Celui de la jeune mère fragile et hésitante. Celui de la femme délaissée, humiliée, triste et malheureuse, de l'époque du vœu de renoncement du comte Siegfried.

Celui de la femme héroïque qui, au-delà de sa fragilité et de son ignorance, a repris les rênes de la famille, du château et de la ville pendant la maladie de son époux.

Celui de la comtesse compatissante aux malheurs des habitants les plus défavorisés de Lucilinburhuc. Celui de la mère pleine de douceur et de bienveillance.

Et, surtout, celui de la... femme assez courageuse pour demander aide et assistance à quelqu'un comme lui, en étant ce qu'elle était, parce que, même sans comprendre de quoi il s'agissait, elle sentait son époux en grand danger. Le souvenir de celle qui préférait s'exposer au rejet de son époux plutôt que l'abandonner à son sort. Celui de celle qui en a souffert, de ce rejet...


Alors, certes, il ne peut cautionner ni ses mensonges ni ses sortilèges. Et elle n'avait d'humain que son apparence. Au mieux, la moitié de sa nature. Mais, malgré tout, sirène ou pas, sorcière ou pas...


— Elle aussi vous a aimé, de tout son cœur. Soyez-en sûr.


Il parle à voix basse, à peine audible, comme pour ne pas déranger.


Le comte Siegfried se redresse et tourne vers lui un visage baigné de larmes.


— Mais quelle valeur tout cela a-t-il encore ?... Quelle valeur cela devrait-il encore avoir, maintenant que nous savons qu'elle n'était pas humaine ?...


Effectivement... bonne question.


— Dieu est Amour, comte Siegfried. Même si l'on peut dire que votre mariage n'aurait jamais dû être compte tenu de ce que vous étiez l'un et l'autre, la sincérité des sentiments de la comtesse Mélusine ne peut pas être mise en doute. Elle vous a aimé, comte Siegfried. Et vos enfants aussi.

— Certes. Mais l''amour à lui tout seul peut-il suffire à tout absoudre ?

— Et vous, comte Siegfried ? Vos sentiments étaient-ils sincères ?


Le Père Adalbéric se sent un peu honteux de cette question qui n'est jamais qu'une esquive.


La voix de Siegfried est grave, sourde, sombre.


— Je l'aimais de tout mon cœur, de tout mon corps, de toute mon âme, de tout mon esprit, de tout mon être. De toutes mes forces. Elle était la femme de ma vie. L'amour de ma vie. Nous étions heureux ensemble... Elle calmait toutes mes fièvres, toutes mes colères... C'était grâce à elle que je tenais debout. Sa voix... sa voix était tout mon soutien. Elle était heureuse avec moi, et moi je n'en étais que d'autant plus heureux.


Siegfried se tait un moment.


— J'y voyais même un signe.

— Lequel ?...

— Celui que notre lien était sacré... pas seulement jusqu'à ce que la mort nous sépare, mais bien au-delà.


"Ce que vous lierez sur la terre sera lié dans les cieux".


— Me suis-je vraiment trompé à ce point ? Ce lien qu'il y avait entre nous était-il sacré, ou était-il maudit ?


Le Père Adalbéric se dit qu'il a fait autrefois une grosse bêtise en célébrant ce mariage. C'était une grave erreur de lier pour la vie, et peut-être plus, deux êtres qui n'étaient pas de même nature, et de bénir leur union. Il s'attribue une part de responsabilité importante dans la catastrophe actuelle. Lui aussi, tout comme le comte Siegfried, se sent coupable.

Mais comment aurait-il pu savoir ce qu'apparemment même le comte Siegfried ne savait pas, même après vingt-cinq ans ? Pas même, à l'en croire, avec une intimité, disons, poussée jusqu'à ses ultimes retranchements ?


Mais peut-il décemment donner une telle réponse au comte Siegfried, bouleversé comme il l'est déjà ?


— Vous devez bien en avoir une idée, mon Père. Après tout, c'est vous qui nous avez mariés !


Et voilà, on y arrive.


Le Père Adalbéric prend une profonde inspiration.


— Comte Siegfried, si d'habitude les mariages sont publics, si l'on y rassemble autant de monde que possible, et s'ils sont annoncés longtemps à l'avance, c'est qu'il y a de bonnes raisons. L'une d'entre elles, et non des moindres, est de pouvoir en mettre au courant toute personne susceptible de connaître un motif pour lequel ce mariage ne peut pas avoir lieu. Le jour même de votre mariage, si vous vous en souvenez, après avoir recueilli vos consentements respectifs, juste avant de vous déclarer unis, j'ai moi-même prononcé la formule : "si quiconque connaît un empêchement à ce mariage, qu'il parle maintenant ou qu'il se taise à jamais". C'était la dernière limite pour qui que ce fût de signaler l'existence d'un problème. Personne ne s'est manifesté, personne n'a signalé le moindre empêchement. Donc je vous ai déclarés unis devant Dieu et devant les hommes pour le meilleur et pour le pire, jusqu'à ce que la mort vous sépare. La suite, vous la connaissez. Il est bien trop tard pour quiconque de parler à présent. Tous ceux qui auraient pu savoir n'ont plus qu'à se taire à jamais. Dans le registre ad hoc, j'ai noté en ce qui concerne l'ascendance de Madame la Comtesse : "orpheline étrangère née de parents inconnus". Formule que vous avez d'ailleurs reprise à votre compte pour l'introduire dans le monde. Et il faut bien dire que pas un seul mot de cette expression n'est mensonger. Même en tenant compte de sa vraie nature. Cette formule a toujours exactement décrit sa réalité. Être une orpheline étrangère née de parents inconnus ne suffisait pas en soi à la disqualifier pour le mariage. Avec n'importe qui. Roi ou manant.


Effectivement. Mais le comte Siegfried trouve que cette explication ne répond pas vraiment à sa question.


— Oui, mais s'il n'y avait pas eu de tremblement de terre ? Ou si elle s'en était sortie vivante ? Qu'aurions-nous dû faire à ce moment-là ?...

— Comte Siegfried, pourquoi nous préoccuper de ce qui de toute façon n'a pas lieu d'être ?

— Certes, puisque les choses se sont passées comme elles l'ont fait, ça n'a pas lieu d'être. Mais ça aurait pu. Et dans ce cas ? Notre mariage serait-il resté valide ?

— Quoi qu'il en soit, dans votre cas et dans la situation actuelle, la question de la validité ne se pose même pas. Même si une annulation était envisageable, elle n'est plus nécessaire. Vous êtes veuf, vous êtes libre de reprendre épouse si le cœur vous en dit. Vous avez des enfants qui sont tous bien les vôtres et qui ne portent aucune séquelle de ce que feue la comtesse Mélusine était vraiment. Ne les plongeons pas dans une confusion qu'ils n'ont rien fait pour mériter. N'en faisons pas des bâtards par une annulation qui ne changera désormais plus rien à ce qui a été. N'ajoutons pas le scandale à une situation déjà suffisamment pénible. Nous allons juste annoncer son décès, et nous nous tairons à jamais sur ce que nous venons d'apprendre. Le savoir n'est plus dans les intérêts de personne à présent.


Cela ferait même plus de mal que de bien. Beaucoup de mal tous azimuts, pour un bien négligeable voire évanescent.


Épisode 96 : Réactions en sens divers


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Attention les vibrisses numériques : on sniffe, on regarde, mais on ne touche pas et on ne mord pas, sinon Maman Chat donne une tape sur le museau, et la patte de Maman Chat a des griffes acérées qui peuvent faire très mal ! Si on a faim, on miaule et on demande la permission à Maman Chat d'abord 🐱 et si elle dit "non", c'est non ! Par contre, on peut ramener les copains – et les copines. S'ils sont sages et s'ils se contentent de regarder, pas de problème les chatons !

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