L'âme mécanique - Chapitre 17 - Porticcio
Porticcio.
Comme cela avait été prévu, nous étions rentrés au moyen du jet de AHB et une voiture nous attendait à l’aéroport.
La maison était en parfait état, tout était propre, nettoyé, nickel. La nouvelle gouvernante était chinoise, mais parlait parfaitement le français. Dans le garage, ils avaient monté des cloisons et installé une sorte de salle médicale avec un fauteuil et une quantité considérable de terminaux. Ils m’avaient expliqué que les « soins » de Julia auraient lieu à cet endroit ainsi que les visites de contrôle trimestrielles effectuées par Yakoub lui-même.
Je me souviens du moment de bascule. Celui qui m’a, ultérieurement, précipité dans le drame qui se joue maintenant au tribunal.
Nous étions arrivés à la villa vers midi, le décalage horaire m’avait totalement perturbé et je devais absolument me reposer. Je m’étais rendu dans ma chambre et m’étais endormi comme une masse alors que Julia rangeait ses achats dans les penderies.
Je me suis réveillé vers 19 h et ai découvert Julia endormie à mes côtés, enveloppée dans un peignoir de soie noire qu’elle avait ramené de Shanghai. Elle était magnifique. Je m’étais levé sans bruit et m’étais installé sur la terrasse avec un café serré. Le soleil plongeait lentement dans la baie, muant ses couleurs tel un caméléon géant. En touchant l’horizon, il avait atteint un orange intense qui apaisait toutes choses. C’est le moment où je sentis la main de Julia se poser sur mon épaule.
— J’avais oublié à quel point c’était beau, combien cette vue m’avait manquée.
— Sans toi, ce moment n’avait plus de saveur.
Je m’étais levé pour la serrer contre moi. Les mots n’avaient plus de sens, seuls les sens avaient une nouvelle histoire à inventer. Le baiser fut intense, sa langue caressant la mienne, une danse frénétique ouvrant la porte à une explosion sensuelle dont j'avais jusqu'à oublié l'existence. Je ne réfléchissais plus, je ne pensais plus. Cette bouche, ce parfum, cette peau venaient d'exacerber ma libido ébahie. Ces sensations retrouvées m'avaient projeté sur le grand huit du plaisir.
La soie glissa de ses épaules. Son corps parfait m’apparut plus beau, plus intense encore que dans mes souvenirs les plus fous. Elle me défit de mon t-shirt et de mon caleçon, me rejeta en arrière dans le fauteuil face à la mer et s’agenouilla entre mes cuisses.
Ses mains étaient douces, chaudes, ses doigts fins parcourraient mon ventre, glissant tels des surfeurs sur les vagues de mon désir. D'une main, elle saisit mon sexe en érection, de l'autre elle agrippa fermement mes testicules. Elle reproduisait exactement nos gestes intimes, nos habitudes, mes préférences. C'était bien Julia qui s'amusait de mes envies. Je redressai la tête que j'avais tirée en arrière. Je voulais la contempler. Ses yeux magnifiques me fixaient, les joues empourprées se gonflèrent lorsque sa bouche gourmande avala mon gland. Elle appliqua cette légère succion accompagnée des caresses de sa langue qui m'avaient tant fait défaut.
J'agrippai sa tête pour l'inciter à me prendre tout entier. Je forçai le mouvement et je jouis presque instantanément dans sa bouche. Elle souriait. Elle se releva, m'entraînant dans notre chambre.
Le lendemain matin, au réveil de cette nuit torride, l'androïde avait disparu et Julia m'était revenue.
Pour le moins, c’est ce que je croyais à cet instant précis.

Illustration : Alleksana @https://www.pexels.com/fr-fr/@alleksana/

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