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Acte I Scène 1

Acte I Scène 1

Pubblicato 11 gen 2026 Aggiornato 11 gen 2026 Poetry and Songs
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Acte I Scène 1


Tant d’hommes ont juré, et si peu ont écrit 55

Que l’oreille à présent ne se prête qu’aux cris

Et les mots chuchotés, les vivantes révoltes,

Ne sont plus de l’esprit les précieuses récoltes.

Tant de sangs ont passé, embourbés de silence,

Dans des corps acharnés à pourrir leurs consciences 60

Qu’une feinte douleur, sur des pans de béton,

Vibre plus qu’une voix, dans ces cœurs l’oraison.

Tant de plis ont bruissé sur des amours en deuil

Qu’il n’est d’automne un chant, où se mêlent les feuilles

Pour couvrir en un mot les ciels décharnés 65

Les terres misérables au vent du charnier.

Oh, le nombre a l’horreur d’être l’ombre du temps

Maraudeur insensible aux reflets de l’enfant.

Mais il est, sur le sol et recouverts de morts

Des êtres esseulés inaptes à ce sort 70

Et leurs vœux de labeur, comme des fleurs d’éther

Constellent un ciel sur le noir de la terre.

-Ô monstres avachis, élèves dans le mal

Vos nerfs ne sentent plus l’effort d’une pétale,

De s’étirer un peu, au-delà de vos chairs, 75

Dans vos exhalaisons d’entrevoir quelques pairs

Et ressentir ceux, que l’invisible relie

Par la peur et l’esprit, la force et l’infini.

Oh non, sinistres plaies, chancres de la raison

Privés d’humanité mais gorgés d’ambition 80

Ne blâmez point le vent, d’étendre vos longueurs

Et de feindre ignorer votre perfide odeur

En n’apportant rien, dans son sillage profond

Que des miasmes brûlants à des gorges sans fond.

Mais quand l’air vaporeux se transforme en épave 85

Et par son corps, lui-même, vous est un esclave

Oh, inépuisable, sans doute, mais martyr

Portant par ses pans les chaînes de vos désirs,

Faut-il geindre, laissant ce que vous viciez,

Qu’il n’aille, d’un ailleurs chercher la pureté, 90

Porter, parfumé, doux, ni trop chaud, ni trop froid

À une mort atroce ce qu’il ne vous doit ?


Ce souverain sans fief mais roi de mille empires

Dont le souffle léger peut tuer ou maudire, 95

Ou, quand pèsent au loin des sanglots de détresse,

Étaler sur les jours des cristaux de tristesse.

Ce poète banni, paysan sans le soc

Aux sillons de labeur dessinés dans le roc,

Dont il n’est pas un vers, éclat d’éternité 100

Qui ne se comprenne en verbe de liberté,

L’accuser sans rien que la haine, effrayants

Mortels, de se pâmer dans des miasmes puants,

C’est accuser le ciel de plier la matière

Et avilir l’oiseau d’une fuite à l’hiver. 105

Mais l’opprobre vous suit, aux matins de douleur

En murmures de suie sur des braises sans cœur,

D’avoir marié, dans votre sombre d´élire

D’un lien plus solide encore que celui de Tyr,

Le bateau des pensées, l’ivresse dans les voiles 110

À l’abîme glacé, ô miroir sans étoile.

Non, ni soleil, ni vent, ne saurait réchauffer

Les muscles qu’un sourire a cessé d’étirer,

Mais ceux-là créés, pour le destin stomatique,

De prélever d’un rayon la chaleur mystique, 115

Ceux-là qui n’ont pour voix que les embruns du fiel

Une éternité tracée d’un poing fraternel,

Ceux-là qui n’ont pour mots au milieu des cohues

Que des chagrins bénis dans des cœurs suspendus,

Ceux-là qu’Éole, prince caché des révoltes, 120

Par sa course soustrait aux faux de la récolte

Et guide les parfums, indolents compagnons

Insoucieux du chemin, vers d’autres floraisons.

Laissez-les de vos corps embrasser les gerçures

Et couvrir les blancheurs tel lierre couvre un mur, 125

N’étant rien, ils seront tout. Quand sonnera l’heure

Pour eux, de tendre les deux mains à la grandeur

Et d’embrasser aux joues les vigueurs de l’action,

De glèbes fertiles ils teindront l’horizon.

Revêtus de beauté, en glaneurs souriants, 130

Ils changeront le geste, en sacre du printemps

Et salueront bien bas, pour tout unifier,

D’une grâce perdue les roses retrouvées.


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