Acte I Scène 1
Acte I Scène 1
Acte I Scène 1
Tant d’hommes ont juré, et si peu ont écrit 55
Que l’oreille à présent ne se prête qu’aux cris
Et les mots chuchotés, les vivantes révoltes,
Ne sont plus de l’esprit les précieuses récoltes.
Tant de sangs ont passé, embourbés de silence,
Dans des corps acharnés à pourrir leurs consciences 60
Qu’une feinte douleur, sur des pans de béton,
Vibre plus qu’une voix, dans ces cœurs l’oraison.
Tant de plis ont bruissé sur des amours en deuil
Qu’il n’est d’automne un chant, où se mêlent les feuilles
Pour couvrir en un mot les ciels décharnés 65
Les terres misérables au vent du charnier.
Oh, le nombre a l’horreur d’être l’ombre du temps
Maraudeur insensible aux reflets de l’enfant.
Mais il est, sur le sol et recouverts de morts
Des êtres esseulés inaptes à ce sort 70
Et leurs vœux de labeur, comme des fleurs d’éther
Constellent un ciel sur le noir de la terre.
-Ô monstres avachis, élèves dans le mal
Vos nerfs ne sentent plus l’effort d’une pétale,
De s’étirer un peu, au-delà de vos chairs, 75
Dans vos exhalaisons d’entrevoir quelques pairs
Et ressentir ceux, que l’invisible relie
Par la peur et l’esprit, la force et l’infini.
Oh non, sinistres plaies, chancres de la raison
Privés d’humanité mais gorgés d’ambition 80
Ne blâmez point le vent, d’étendre vos longueurs
Et de feindre ignorer votre perfide odeur
En n’apportant rien, dans son sillage profond
Que des miasmes brûlants à des gorges sans fond.
Mais quand l’air vaporeux se transforme en épave 85
Et par son corps, lui-même, vous est un esclave
Oh, inépuisable, sans doute, mais martyr
Portant par ses pans les chaînes de vos désirs,
Faut-il geindre, laissant ce que vous viciez,
Qu’il n’aille, d’un ailleurs chercher la pureté, 90
Porter, parfumé, doux, ni trop chaud, ni trop froid
À une mort atroce ce qu’il ne vous doit ?
Ce souverain sans fief mais roi de mille empires
Dont le souffle léger peut tuer ou maudire, 95
Ou, quand pèsent au loin des sanglots de détresse,
Étaler sur les jours des cristaux de tristesse.
Ce poète banni, paysan sans le soc
Aux sillons de labeur dessinés dans le roc,
Dont il n’est pas un vers, éclat d’éternité 100
Qui ne se comprenne en verbe de liberté,
L’accuser sans rien que la haine, effrayants
Mortels, de se pâmer dans des miasmes puants,
C’est accuser le ciel de plier la matière
Et avilir l’oiseau d’une fuite à l’hiver. 105
Mais l’opprobre vous suit, aux matins de douleur
En murmures de suie sur des braises sans cœur,
D’avoir marié, dans votre sombre d´élire
D’un lien plus solide encore que celui de Tyr,
Le bateau des pensées, l’ivresse dans les voiles 110
À l’abîme glacé, ô miroir sans étoile.
Non, ni soleil, ni vent, ne saurait réchauffer
Les muscles qu’un sourire a cessé d’étirer,
Mais ceux-là créés, pour le destin stomatique,
De prélever d’un rayon la chaleur mystique, 115
Ceux-là qui n’ont pour voix que les embruns du fiel
Une éternité tracée d’un poing fraternel,
Ceux-là qui n’ont pour mots au milieu des cohues
Que des chagrins bénis dans des cœurs suspendus,
Ceux-là qu’Éole, prince caché des révoltes, 120
Par sa course soustrait aux faux de la récolte
Et guide les parfums, indolents compagnons
Insoucieux du chemin, vers d’autres floraisons.
Laissez-les de vos corps embrasser les gerçures
Et couvrir les blancheurs tel lierre couvre un mur, 125
N’étant rien, ils seront tout. Quand sonnera l’heure
Pour eux, de tendre les deux mains à la grandeur
Et d’embrasser aux joues les vigueurs de l’action,
De glèbes fertiles ils teindront l’horizon.
Revêtus de beauté, en glaneurs souriants, 130
Ils changeront le geste, en sacre du printemps
Et salueront bien bas, pour tout unifier,
D’une grâce perdue les roses retrouvées.
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