Adélaïde - Prologue
Adélaïde - Prologue
Prologue
Ô Bragi, le regard ne souffre le présent
Et pour tout souvenir de l’histoire d’avant,
Ne règnent que raison, doute et ennui certain,
Où, presque oublié, le cœur ne transparait point.
Allons, couchez-vous là, ô Bragi éternel 5
Un silence à Midgard vaut les regrets du ciel.
Il n’est rien à chercher sous le chant de la Lune
Que votre cœur ne sache en sel précieux d’Idunn
Et que vos yeux bleutés, jetés hauts vers les nues
Ne rendent à la terre en désespoir fourbu 10
Si sur des pierres de fleur, rien n’entend la souffrance
Des lents gémissements aux absents sans conscience,
Si le tronc d’Yggdrasil est damier de morsures,
Dessinant des yeux noirs aux airs de pourriture,
Si les silences sont des tristesses perdues 15
N’évoquant pour les dieux que Baldr disparu,
Si loin d’Asgard béni, par la peur asséché
Nul ruisseau n’emportera leurs fruits mordorés !
Quand refuse le ciel, l’atome doit offrir
Et perler enfin, les transports pour partir. 20
Les tranchants socs de feu d’une époque en brûlis
Les champs féconds de vers ont recouvert de suie.
Retenez vos regards loin de ces mornes plaines
Puisque n’y peut fleurir que des orgueils en peine
Et souffrez, dieu, poète, de descendre au jardin 25
Où s’écoule toujours l’eau fraîche du matin.
Là, de frêles pensées y enseignent aux roses
Des chrysanthèmes le respect pour toutes choses :
Le respect de la lutte et d’un cœur qui s’ébat,
Et des oiseaux sans aile l’éternel combat. 30
Sur des mousses daignez heurter votre sommeil
Et sous une ombre bleue vous donner au soleil.
Bragi, que ma voix sourde, sans accord que cette onde
Puisse vous combler et vous rendre à votre monde
Vous qui, inquiet pour nous, de n’entendre plus rien, 35
Des prêtres se moquant mais craignant pour l’humain,
Avez quitté Idunn en trouant le ciel bleu
Pour souffrir la douleur de nos parfums bileux,
Pour errer sous nos voies, guettant sous nos fenêtres
Que tombe une bonté, un poème peut-être 40
Vous, que l’honneur a mu et la piété nourrit
Vous qui, sans fiel pour fuir un siècle qui vieillit
Vous excusant d’être là, portiez à nos lèvres
Les chants indéfinis des embruns de fièvre
Et n’en avez cueilli que des notes galeuses, 45
Des rythmes brisés et des harmonies affreuses,
Vous, que les dieux taquins, jaloux du vrai courage
Ont couvert de rires pour exprimer leur rage,
Vous, qu’ils rappelaient, oh, pour les beaux fruits d’Idunn
Quand vous rapportiez, en unique fortune 50
Des verbes à aimer et des vers à sanglot,
Vous qui, depuis, divaguiez sous de sombres flots
Et fatigué, vîntes s’étendre à mes pensées
En n’espérant plus rien que le souffle dernier.
Contribuisci
Puoi sostenere i tuoi scrittori preferiti

