Homme de papier
Homme de papier

j'aime beaucoup cette photo.
Ce poème explore la phénoménologie de la présence. Il illustre l'idée que l'analyse (la pensée) nécessite une distance. La présence de l'autre abolit le "Je" pensant pour ne laisser qu'un "Je" ressentant.
C'est une défaite de l'intellect au profit de l'immédiateté ontologique.
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tes absences sont mon seul espace de réflexion
une géométrie absurde de l’esprit :
pour t'imaginer il faut que tu t’effaces
car dès que tu franchis le seuil
la pensée capitule
elle s'évapore comme la rosée sur un bitume d'été
quand tu es là je ne suis plus l'homme des concepts
ni celui qui jongle avec les théorèmes du vent
je deviens une bête sensorielle
un récepteur brut
on ne pense pas au cosmos quand on s'y noie
on ne pense pas au feu quand il dévore les doigts
je ne pense pas à toi : je te subis
ta présence circule dans mon sang
un fer rouge qui m'oxygène
mes érythrocytes brûlent de ton nom
et me rendent lourd
élémentaire
je demande au silence la permission
de caresser tes mains et
le chaos magnétique de tes cheveux
de lire ton épiderme
comme on remonte une source
captif de ton attraction
aimanté par le silence de ton cou
cette réserve d'oxygène
où l'humain devient sacré
je suis mars
une planète de poussière rouge en orbite forcée
je veux l'archéologie tactile de ton ventre
cette nacre où chaque frisson raconte
une ère oubliée
tes sommets que je gravis
sans planter de drapeau
juste pour le vertige de l'altitude
dans ton absence
j'écris mes mots tordus
je torture ma caméra
et deviens un druide en transe
je redeviens cet homme de papier
capable de dire 'tu'
avec la précision d'un scribe
mais dans ta présence
je ne suis qu'une carcasse ouverte
un port pour tes joies et tes dérives
un homme qui t'accueille sans poser de questions
car ta réalité est trop vaste pour mon esprit
je t'aime mieux quand tu es là
mais je ne sais te le dire
que lorsque tu es partie
et cela, et mon silence lui-même,
reste à déchiffrer
— dato
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C... De Beauregard 20 giorni fa
Ce poème dit la présence là où, de mon côté, j’interroge l’absence.
Deux mouvements inverses d’un même phénomène :
penser nécessite une distance,
désirer a besoin d’un écho.
Entre ce qui abolit le « je » et ce qui l’épuise,
il y a peut-être une même question silencieuse.
Dato 18 giorni fa
Même la pensée est contaminée par la présence de l’autre.
L’idée est celle d’un homme obsédé, soit par une présence qui le transforme en bête, soit par une absence, tel un druide en transe.
Dans les deux cas, il vit dans l’extrême.
Et cette force, aussi dévorante soit-elle, est sa vie : il ne peut ni ne souhaite faire autrement.
Aussi, il y a le choc des cultures, la confrontation des mondes intérieurs et extérieurs, la philosophie même de la vie qui se joue dans ce déséquilibre.
C.lair.e 20 giorni fa
A oui, c'est du grand art. Sublime.
Line Marsan 21 giorni fa
Magnifique. Beauté de la dualité analyse/ressenti, homme pensant/ homme sensoriel. Très beau 🙏
Dato 20 giorni fa
merci, Line