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Cuit à point - Valérie 4/5
Fiction
Erotic romance
calendar Pubblicato 22 ott 2026
calendar Aggiornato 29 ott 2026
time 9 min
18+

Cuit à point - Valérie 4/5

Valérie, mode d'emploi - 4/5



Je ne sais pas ce qui m’a pris. De toute ma vie, je n’ai jamais agi comme ça. C’est comme si un dieu omnipotent – malfaisant ou bienveillant ? Je ne sais pas encore – avait soudainement éteint les interrupteurs de mon cerveau pour me pousser à improviser dans le noir. Toujours est-il que je l’ai fait. Et je reste là, interloqué, durant ces quelques secondes qui durent une éternité, à guetter sa réaction, attendant sa réponse…

Oui, j’ai embrassé ma collègue. Il manque juste deux lettres au verbe pour décrire maintenant mon ressenti. Je suis confus, je me sens stupide, un fieffé goujat. Mais pourquoi ai-je fait ça ? On se connaît à peine ! Qu’est-ce qui a bien pu me faire croire qu’elle me permettrait de juxtaposer aux siens mes muscles labiaux en contraction ? Quels indices suspects ai-je pu interpréter comme une autorisation sans équivoque à poser sur ses lèvres purpurines un échantillon incongru de mon ADN ?

Debout face à elle, j’espère une remontrance, voire une claque de sa part. Je ne lui en voudrais pas. Au moins la situation serait claire. Mais par pitié, qu’elle brise cet instant gêné où j’entends les mouches rire du malaise qui rougit jusqu’à mes oreilles ! Qu’elle tourne les talons, ou qu’elle me fasse cracher mes attributs virils par un coup de pied bien placé, mais vite, qu’il se passe quelque chose !


Après trois ou quatre secondes infinies, la jeune femme pose les mains sur ses hanches, me toise, et brise enfin le silence :

— Ça va ? Je ne te dérange pas ? Monsieur assume ses pulsions ? Monsieur assouvit ses désirs ?

C’est de bonne guerre. Pas de gifle, pas d’esclandre à réveiller les morts, mais une simple réprimande de la part d’une jeune femme légitimement offensée. Je l’accepte avec résignation, presque avec soulagement. Je m’en tire à bon compte. Valérie continue de s’indigner :

— Tu t’imagines que tu peux m’embrasser comme ça, sans prévenir, juste parce que tu en as envie ?

— N… Non, pas du tout…

— Et si moi je n’en avais pas envie, hein ? Tu y as pensé ?

— Non, euh, oui… Enfin, je…

— …Eh bien figure-toi que je préfère décider moi-même de ce genre de choses. J’aime bien rester maîtresse de mon corps et de mes actes. C’est moi qui décide qui j’embrasse, où et quand ! Tu comprends, jeune effronté ?

Je la trouve encore plus séduisante, dans sa colère contenue. Honteux comme un enfant pris la main dans le sac de bonbons, je baisse instinctivement les yeux. Le courroux de Valérie semble s’apaiser. Je perçois presque de la compassion dans ses derniers mots. Puis j’essaie de parler, non pas pour m’expliquer et justifier mon attitude inqualifiable, mais pour m’excuser. Platement, simplement, sincèrement.

Contre toute attente, sans même prêter attention à mon discours maladroit, Valérie m’embrasse à son tour. De manière aussi fugace que surprenante !

— Voilà, c’est mieux. Là, c’est moi qui décide, c’est moi qui choisis d’embrasser. En toute conscience, de mon plein gré. Ici et maintenant. Tu sens la différence ?

J’esquisse un rictus involontaire de stupéfaction. Valérie me dévisage en souriant. Puis, elle pose à nouveau ses lèvres sur les miennes. Longuement. Loin de rester passif, je savoure alors entièrement ce second élan inespéré. Nos lèvres s’entremêlent, nos langues se mélangent, et c’est divin ! Des frissons inconnus me traversent du dos jusqu’à la nuque. Je crois déceler une subtile fragrance de violette émanant de son cou, de ses cheveux. Est-il possible qu’une femme prenne l’initiative de m’embrasser, moi ? Est-il possible que cette jeune et charmante collègue soit attirée par moi ? Je me prends alors à rêver que ce baiser n’a rien d’anodin !

Puis Valérie recule, mettant fin à notre échange intime. Elle arbore un sourire complice, presque malicieux, et me lance :

— Qu’est-ce que tu fais demain soir ? C’est notre jour de congé. Tu as prévu quelque chose ?

— Euh, non, je n’ai rien de prévu pour demain…

Qu’est-il encore en train de se passer ? Tout s’embrouille dans ma tête. Qu’essaie-t-elle de me dire, de me faire comprendre ? Elle poursuit :

— Et si tu me donnais rendez-vous chez toi, vers 18 heures ?

— Euh, d’acc… D’accord ! 18 heures chez moi…

Waouh, je vais décidément de surprise en surprise !


*


Je passe ma journée à me demander ce que Valérie a derrière la tête. Je ne sais pas ce qu’elle a prévu. Après notre baiser, elle s’est éclipsée sans un mot, comme une étoile filante, et depuis, c’est le trou noir ! Je me sens perdu dans mon univers, à la fois excité et angoissé.

Depuis 9 heures ce matin, je balaie, je range, je nettoie, je frotte, je récure partout dans mon appartement. Et je regarde sans arrêt ma montre, mon téléphone, les horloges… Les minutes passent tantôt trop vite, tantôt trop lentement. Je ne sais plus où j’en suis. Des questions sans réponses me torturent l’esprit.

S’est-elle invitée seulement pour dîner chez moi ? Dois-je préparer un repas ? Si oui, lequel ? Sobre, flamboyant ou romantique ? Champagne et petits fours, ou frites et burgers ? Ou bien va-t-elle me proposer d’aller au cinéma d’à côté ? Et comment dois-je m’habiller ? À moins qu’elle soit férue d’opéra ?

Il se peut aussi, mais j’ose à peine y penser… Non, impossible, ce serait trop tôt, précipité. Pourtant, ce dernier baiser, là, hier soir, il signifiait bien quelque chose ! À moins que je me fasse encore des idées...


Pour être honnête, je n’ai jamais eu de relation intime avec une femme. En clair, ma verge est vierge. Elle n’a connu que la complainte du poignet droit, les plaisirs solitaires de ma main débridée. Valérie le sait-elle ? L’a-t-elle pressenti ? Les filles ont peut-être un sixième sens pour percevoir ces choses-là. Si ça se trouve, mon comportement, mon attitude, mes mots ont déjà trahi ma virginité ! Et que faire si jamais on en venait à… Je ne saurais même pas par où commencer ! Je crois bien que, finalement, j’aurais moins peur de faire l'amour avec elle que de la décevoir, de ne pas être à la hauteur.

Cette journée n’est ainsi qu’une suite ininterrompue de questions, d’espérances, d’angoisses et d’excitation. En milieu d’après-midi, je réalise finalement que Valérie ne m’a rien promis. En fait, elle m’a simplement proposé de venir chez moi. C’est tout. Et c'est déjà beaucoup.

J’ai encore le temps de préparer un dîner à la fois simple et chaleureux. Sans chandelles ni foie gras, mais suffisamment élaboré pour contenter mon invitée. On travaille tous deux dans le même restaurant : elle serveuse, moi commis de cuisine. Elle sait que je suis capable de concevoir un petit repas agréable, et vient donc pour manger avec moi. Point final. À moins que…

17 h 59. Je transpire, j’ai chaud comme dans un four. La sonnette retentit. La belle est ponctuelle. Mais je ne sais toujours pas ce qu’elle mijote vraiment. Je crois bien que je suis cuit…




Suite et fin dans Valérie, mode d'emploi - 5/5 : "Cerise sur le gâteau"




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