Ils rêvent d'Europe, ils rêvent d'avenir...
Ils rêvent d'Europe, ils rêvent d'avenir...
Consigne #PanodysseySpark de la semaine :
"Une porte en bois usée, entrouverte sur un ciel qui n'existe pas encore..."
--------------------------------------------------------
Il fait encore nuit quand le passeur ouvre la vieille porte usée en bois pour dire à tout le monde de se réveiller et de monter dans le camion.
Seïdou se réveille avec les autres, tout le monde en vieux survêtement. Comme les autres, il se lève, péniblement, perclus de courbatures, secoue la mince couverture sur laquelle il a dormi, qui l'a protégé de la terre battue, et en fait un rouleau. Comme tous les autres, il ouvre le sac de sport qui lui a servi d'oreiller et dans lequel il a coincé quelques vêtements, des chaussures et du nécessaire de toilette, y fourre sa couverture, puis le saisit par les anses et sort dans la cour. Comme tous les autres, il marche en silence vers le camion. Tous s'entassent, toujours en silence, à l'arrière sous la bâche blanc sale.
Le moteur démarre, le camion s'ébranle et s'engage sur la piste cahoteuse. Au creux de cette nuit commence un long voyage à travers toute une partie de l'Afrique, un voyage qui les mènera à travers plusieurs pays jusque Nador, où un marin tentera de leur faire traverser la Méditerranée jusqu'en Italie.
Tout le monde a déconseillé à Seïdou de faire ce voyage. Il s'en moque éperdument. Ça fait bien longtemps que plus personne ne croit que les trottoirs d'Europe sont pavés d'or. Ou qu'à New York, tout le monde a une baignoire en or massif, sauf peut-être Donald Trump. Ça, on y croyait il y a un siècle, quand les gens étaient encore ignorants. Maintenant, on le sait bien, que beaucoup d'immigrants en Europe sont clandestins, sans domicile fixe, exploités par des négriers – c'est le cas de le dire – et que les régularisations se font rares. Au bled, au moins, il a ses papiers, sa famille, sa culture, ses repères, ses souvenirs. Mais tout cela ne pèse pas bien lourd quand on n'a ni travail, ni argent, ni relations, ni avenir, mais une famille qui galère. Alors oui, certes, l'émigration, c'est un coup de poker. Mais ne l'a-t-elle pas toujours été ? Quoi qu'il en soit, c'est toujours mieux de tenter le coup que de ne rien faire. De toute façon, dans sa situation, Seïdou n'a pas le choix.
Même s'il échoue, il aura au moins essayé.
Sur la piste poussiéreuse, le ciel pâlit lentement sur ses espoirs.
Crédit image : © Erik Mclean | Unsplash
© Jackie H, 2026
Tous droits réservés selon toutes législations et conventions nationales et internationales en vigueur, qu'il s'agisse d'individus humains, d'organisations ou d'intelligences artificielles
Texte entièrement rédigé par un être humain
Contribuisci
Puoi sostenere i tuoi scrittori preferiti

