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Chapitre I: La veille du solstice
Fiction
Conte
calendar Publié le 11 mai 2026
calendar Mis à jour le 11 mai 2026
time 7 min
Label de transparence créative
Tous publics
Image / Image humaine
Texte / Création humaine

Chapitre I: La veille du solstice

Le village de Valneige portait bien son nom. Niché au creux des collines, il semblait chaque hiver disparaître sous un manteau blanc. Les ruelles étroites s’illuminaient de lanternes suspendues, et les maisons de pierre, coiffées de toits enneigés, dégageaient une chaleur rassurante. Les habitants, une petite communauté soudée, vivaient au rythme des saisons. Sur la place, les enfants s’amusaient à sculpter des bonhommes de neige et riaient, leurs gants trempés de neige, pendant que les parents les rappelaient à l’intérieur. Les artisans préparaient des jouets en bois, les boulangers enfournaient des pains aux épices et la chorale répétait des cantiques.


À Valneige, Noël était plus qu’une fête : c’était un rituel qui rassemblait tout le monde. On décorait les fenêtres de houx, on chantait au pied de l’église, et on racontait des histoires au coin du feu. Chaque maison brillait d’une lumière particulière, comme si le village entier retenait son souffle avant la nuit magique.

Mais derrière une fenêtre entrouverte, une jeune fille restait éveillée : Lia.

Elle avait quinze ans, des cheveux sombres qui lui tombaient sur les épaules, et ce regard curieux qui semblait toujours chercher plus loin que les autres. Elle avait grandi ici, mais elle n’avait jamais vraiment trouvé sa place. Les autres jeunes parlaient cadeaux, repas, jeux. Lia, elle, préférait les histoires. Elle s'attardait, rêveuse, sur les détails que personne ne remarquait : la façon dont la neige dessinait des arabesques sur les vitres, ou comment le vent semblait porter des messages murmurés par des voix anciennes.


Elle aimait les récits qu’on lui avait racontés quand elle était petite, des contes dans lesquels les animaux devenaient des guides et où la nuit du solstice ouvrait des portes invisibles. Sa grand-mère lui parlait du Cerf aux bois d’or, qui apparaissait une seule fois dans l’année, la nuit de Noël, pour montrer aux enfants courageux le chemin vers une clairière aux étoiles. Elle lui racontait aussi l’histoire de la Chouette des neiges, gardienne des secrets, qui pouvait offrir une plume scintillante à ceux qui savaient écouter le silence de l’hiver.


Ces récits, Lia les connaissait par cœur et les gardait comme des trésors. Chaque fois qu’elle y repensait, elle ressentait la même chaleur, la même impression. Celle que l’univers était plus vaste qu’il n’y paraissait. Ils nourrissaient son imagination et lui donnaient la certitude qu’il existait une autre réalité, juste derrière celle que chacun percevait.

Pour les autres adolescents de son âge, ces histoires n’étaient que des contes pour enfants, bons à oublier en grandissant. Mais pour Lia, elles étaient des promesses. Elle croyait que les animaux pouvaient être des messagers, que la neige cachait des passages secrets, et que la nuit du solstice n’était pas seulement une fête, mais une porte vers l’invisible.


Ce soir, Lia percevait une atmosphère différente. La neige ne tombait pas comme d’habitude : elle semblait porter un mystère, comme si chaque flocon chuchotait une vérité cachée. Une tension douce lui serrait la poitrine. Son cœur battait plus vite, partagé entre l’envie de sourire et une inquiétude qu’elle n’arrivait pas à nommer.

Depuis toujours, elle avait le sentiment que sa vie ne se limitait pas aux ruelles de Valneige. Qu’au-delà des collines et des chemins familiers, une aventure l’attendait. Et ce soir, cette intuition devenait presque une certitude.


La forêt, au bout du sentier, paraissait plus sombre, plus dense. Les arbres se dressaient comme des gardiens silencieux, et Lia avait l’impression qu’ils l’observaient. Pas avec hostilité, mais avec une sorte d’attente. Comme si ce monde figé sous la neige retenait son souffle, prêt à lui révéler quelque chose.

Un souffle passa dans l’air. Le vent ne se contentait pas de gémir entre les branches : il portait une mélodie. Fragile, étrange, mais insistante. Lia ferma les yeux un instant. Ce n’était pas un bruit ordinaire. C’était une note qui vibrait en elle, une musique qui semblait l’appeler. Elle sentit un frisson courir le long de son dos. Et au fond de son être, une conviction grandissait : cette nuit n’était pas comme les autres.


À la lisière des bois, deux silhouettes se dessinaient. Un renard argenté, au pelage luisant, observait le village avec des yeux perçants. Sur une branche, une chouette blanche déployait ses ailes, attentive, comme si elle guettait un signal. Lia sentit un frisson courir le long de son dos. Elle ne comprenait pas pourquoi, mais elle était certaine que ces animaux ne regardaient pas le village… ils la regardaient elle. Et dans leurs yeux brillait une attente silencieuse.

Elle hésita. Elle pensa à ses parents, endormis dans la pièce voisine, à la chaleur rassurante de la maison et à l’odeur des biscuits aux épices qui flottait encore dans l’air. Tout cela était familier, sûr et réconfortant. Pourtant, une force plus grande la poussait à se lever. L’envie de découvrir ce qui se cachait derrière cette nuit était plus forte que la peur.

Sans réfléchir davantage, Lia enfila son manteau, glissa ses pieds dans ses bottes et sorti. La porte se referma derrière elle dans un léger grincement. Lia s’arrêta un instant sur le seuil, le souffle court. Le froid la saisit aussitôt, mordant ses joues, mais elle se sentit étrangement vivante. Chaque pas qu’elle faisait dans la neige résonnait comme une décision. Le silence amplifiait le moindre bruit : le craquement de ses semelles, le souffle de son propre cœur.


Lorsqu'elle arriva à la lisère du bois, le renard s’avança, ses yeux croisant les siens avec une intensité troublante. Lia eut l’impression qu’il la connaissait déjà, qu’il savait pourquoi elle était là. La chouette, depuis sa branche, lança un cri doux, presque comme une note de musique. C'était une invitation à aller plus loin, le top départ pour cette nouvelle aventure. Et au loin, Lia entendait une mélodie. Pas tout a fait un ululement, mais quelque chose de plus musical.

Lia inspira profondément. Elle sentit son hésitation se transformer en certitude. Cette nuit n’était pas comme les autres. La forêt l’attendait. Et bientôt, elle franchirait sa frontière.


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© Texte principal Cendrevale
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