Gérard et la pénurie de papier toilette
Gérard et la pénurie de papier toilette
Chère Charlotte,
Tout a commencé par un battement de cils.
J’ai soudain entraperçu les tréfonds de mon âme, le sens de la vie et une araignée que j’ai appelée Gérard. Gérard marchait au plafond en narguant Newton et sa pomme depuis longtemps pourries.
J’ai décidé que je m’en foutais.
Je me suis levé pour prendre une douche et mon miroir m’a parlé. Je n’ai pas reconnu l’évidente virilité qui caractérise habituellement les contours de mon athlétique silhouette. Le pèse-personne a confirmé mes soupçons : au cours des deux dernières semaines, j’ai perdu trois kilos.
Inquiet face à un tel constat, j’ai effectué quelques recherches sur l’alimentation dans le but de me remplumer au plus vite. Sitôt fait, je suis parti faire des courses. J’ai acheté plein de trucs bizarres et bio avec du vert et des produits qui avaient tous le défaut impardonnable de n’être pas des chips.
Une fois le frigo rempli, je me suis rendu chez un libraire pour m’offrir un livre condensant l’intégralité de mon programme scolaire. J’avais pour projet de l’apprendre par cœur pour pouvoir dédier mon temps de présence en classe à des activités plus importantes qu’étudier.
Hélas, l’ouvrage n’était pas disponible.
En quittant le magasin pour rejoindre ma voiture, j’ai dû affronter des pluies diluviennes.
J’ai traversé le parking d’un pas tranquille, la tête haute. Mes boucles humides et ruisselantes m’offraient un surplus de charisme qui aurait certainement poussé Laura, si elle avait été présente, à mobiliser le peu d’oxygène que ses poumons encrassés sont capables de contenir pour tenter une attaque frontale sur ma personne. Par chance, elle n’était pas là.
Et de toute façon je cours plus vite qu’elle.
Au cours d’une opération que la pudeur m’oblige à passer sous silence, j’ai pris conscience d’une baisse notable de mon stock de papier toilette.
Après ça, j’ai mangé. Enfin non. D’abord, je me suis lavé les mains.
À 14 h 37, je me suis gratté le nez et un doux frisson m’a parcouru l’échine.
Je viens peut-être de découvrir une nouvelle zone érogène. Je l’ai baptisée : « le point N ». J’espère que tu auras un jour la chance de localiser ce point. C’était pas mal.
Ensuite, j’ai fini de trier mes notes, fait quelques recherches en vue de remplacer ma machine à laver et, à un moment, j’ai rien fait. C’était bien.
Je n’envisage rien de plus pour ce soir. L’oisiveté est une activité assez plaisante quand on la pratique avec sérieux.
J’espère que ta journée se passe bien.
Cordialement,
Un ami chevelu et maigrichon
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