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Le reflet dans la vitre
Fiction
Horreur
calendar Publié le 26 mars 2026
calendar Mis à jour le 26 mars 2026
time 7 min
Line Marsan verified
Line Marsan il y a 1 heure

J'adore la fin avec ces rideaux qui se ferment !
👏👏👏

Le reflet dans la vitre

Elle remarqua la différence un soir de janvier, alors qu'elle préparait le dîner dans sa cuisine qui donnait sur la cour intérieure.


Son reflet dans la fenêtre faisait les mêmes gestes qu'elle, découpait les légumes avec les mêmes mouvements précis, mais quelque chose dans l'arrière-plan ne correspondait pas. Le mur derrière elle, dans le reflet, était d'une couleur légèrement différente, un beige plus foncé que le blanc cassé qu'elle avait repeint l'année dernière.


Elle se retourna pour vérifier, regarda le vrai mur qui était bien blanc cassé, puis se tourna à nouveau vers la fenêtre. Le reflet montrait toujours ce beige sombre, et maintenant qu'elle y prêtait attention, elle voyait d'autres détails qui ne collaient pas. Les étagères sur le mur du fond avaient une disposition différente, les objets posés dessus n'étaient pas exactement les mêmes. Un cadre photo qu'elle ne possédait pas, et un vase qu'elle avait jeté il y a des mois.


Elle s'approcha de la fenêtre, puis observa son reflet de plus près. Son visage était le sien, ses vêtements identiques, ses gestes parfaitement synchronisés avec les siens. Mais la pièce derrière elle, cette cuisine reflétée dans le verre, ressemblait à une version alternative de son propre espace, comme un appartement parallèle qui existait juste derrière la surface du verre, une vie qui se déroulait dans les mêmes volumes avec de légères variations.


Les jours suivants, elle surveilla le reflet dans toutes les fenêtres de l'appartement. Celui du salon montrait un canapé d'une couleur différente, des rideaux qu'elle n'avait jamais achetés. La chambre reflétée avait un lit plus grand, une disposition des meubles légèrement décalée. Parfois les différences étaient minimes, un coussin en plus, une lampe dans un autre coin, d'autres fois c'était plus frappant, un mur qui n'existait pas, une porte à un endroit impossible.


Elle essaya de photographier les reflets, mais sur les photos tout apparaissait normal, son appartement reflété exactement comme il était réellement. C'était seulement à l'œil nu, dans la vision directe, que les différences se manifestaient. Elle se demanda si c'était une question de perception, un trouble visuel qu'elle devrait faire vérifier, mais tout le reste lui paraissait parfaitement net, et c'était seulement dans le reflet des fenêtres que le monde se dédoublait.


Un soir, alors qu'elle se tenait devant la fenêtre du salon à regarder la cour du haut de son septième étage, elle vit quelque chose bouger dans le reflet, dans l'appartement derrière elle. Une ombre qui traversait le champ de vision, rapide, furtive, qui disparut avant qu'elle puisse se retourner. Elle resta immobile, les yeux fixés sur la vitre, attendit que le mouvement se reproduise. Rien pendant plusieurs minutes, puis à nouveau, cette silhouette qui passait dans la profondeur du reflet, qui semblait habiter cet espace parallèle.


Elle se retournait brusquement chaque fois, espérant surprendre quelque chose, mais son appartement était toujours vide, silencieux, exactement comme elle l'avait laissé. C'était seulement dans le reflet que cette autre présence se manifestait, cette vie qui se déroulait dans la cuisine beige sombre, dans le salon au canapé différent, dans tous ces espaces légèrement décalés qui existaient de l'autre côté du verre.


Elle essaya de ne plus regarder les fenêtres la nuit, et tirait les rideaux dès que l'obscurité tombait pour ne plus voir les reflets. Mais elle savait qu'ils étaient là, derrière le tissu, que cette autre version de son appartement continuait d'exister dans le verre, que quelqu'un ou quelque chose y vivait en miroir de sa propre existence. Parfois elle écartait légèrement le rideau malgré elle, jetait un coup d'œil rapide au reflet, et elle voyait les changements progresser, de plus en plus de détails qui divergeaient, de plus en plus de différences qui s'accumulaient.


Un matin, elle ouvrit les rideaux et vit dans le reflet de la fenêtre un appartement qu'elle ne reconnaissait presque plus. Les murs avaient une autre couleur, les meubles étaient disposés différemment : tout l'espace semblait avoir été réorganisé pendant la nuit. Et debout au centre de la pièce reflétée, tournant le dos à la fenêtre, il y avait une silhouette immobile qui ressemblait exactement à la sienne. Elle leva le doigt et tapota doucement le verre, comme pour l'appeler.


La silhouette se retourna lentement. Elle reconnut son propre visage dans le verre, mais quelque chose dans l'expression n'était pas tout à fait la sienne, une légère différence dans la façon dont les traits se composaient, comme une photographie légèrement surexposée. La silhouette inclina la tête, puis leva le doigt à son tour et tapota doucement le verre depuis l'autre côté.


Elle retira sa main et recula d'un pas.


La lumière du salon avait changé. Elle s'en rendit compte progressivement, cette clarté qui n'était plus tout à fait la même, plus froide, plus blanche, différente de celle qu'elle connaissait. Elle regarda autour d'elle et vit les meubles dans des positions qui n'étaient pas exactement les siennes, le canapé décalé de quelques centimètres, une lampe dans un coin qu'elle n'aurait jamais choisi. Sa main chercha la poignée de la porte d'entrée et la trouva à l'endroit exact où elle devait être, mais le métal semblait différent sous ses doigts, trop lisse, trop froid, comme celui d'un appartement qu'on visite pour la première fois.


De l'autre côté du verre, dans ce qui était peut-être son appartement, les lumières s'allumèrent normalement. La silhouette se retourna et contempla la pièce avec l'expression satisfaite de quelqu'un qui rentre chez soi.


Elle frappa sur la vitre. Personne ne se retourna.


Elle frappa encore, de plus en plus fort, et les rideaux de l'autre côté se fermèrent doucement, l'un après l'autre, jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien à voir.



Photo : pukarr @ Pexels.

Commentaires (6)
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Line Marsan verif

Line Marsan il y a 1 heure

J'adore la fin avec ces rideaux qui se ferment !
👏👏👏

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Darcy Mendy verif

Darcy Mendy il y a 2 heures

Première fois que je te lis. Belle histoire, je vais devoir te suivre si je ne veux pas rater d'autres merveilles.

A part ça, j'avais un peu peur que ce soit répétitif dans le vocabulaire du fait des changements subtils et du personnage sans nom mais pas du tout. 🫶

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E C Wallas verif

E C Wallas il y a 1 heure

Merci pour ce retour sincère !

Si je dois être totalement transparent, j’ai moi-même peur d’être répétitif à chaque histoire/nouvelle. Mais ça reste entre nous. 😉

Commentaires (6)

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Line Marsan verif

Line Marsan il y a 1 heure

J'adore la fin avec ces rideaux qui se ferment !
👏👏👏

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Darcy Mendy verif

Darcy Mendy il y a 2 heures

Première fois que je te lis. Belle histoire, je vais devoir te suivre si je ne veux pas rater d'autres merveilles.

A part ça, j'avais un peu peur que ce soit répétitif dans le vocabulaire du fait des changements subtils et du personnage sans nom mais pas du tout. 🫶

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E C Wallas verif

E C Wallas il y a 1 heure

Merci pour ce retour sincère !

Si je dois être totalement transparent, j’ai moi-même peur d’être répétitif à chaque histoire/nouvelle. Mais ça reste entre nous. 😉

Gabriel Dax verif

Gabriel Dax il y a 3 heures

Il est des plateformes où l’on passe des heures à chercher quoi lire ou quoi regarder. Puis, lorsque finalement on a trouvé son bonheur, il est simplement l’heure d’aller se coucher.

Et puis il y a Panodyssey. Et sur Panodyssey, il y a E.C. Wallas. Plus la peine de chercher pendant des heures, Wallas apparaît, on clique, on lit et on est certain de passer un bon moment littéraire.

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E C Wallas verif

E C Wallas il y a 2 heures

Waow, merci beaucoup Gabriel !

Je suis flatté que ça vous plaise toujours.

Il y a quelque chose d’inspirant sur Panodyssey, avec vous tous. Je me retrouve à écrire bien plus souvent que je ne le pensais. Chaque petit échange m’inspire pour de nouvelles nouvelles et j’ai l’impression de ne pas réussir à m’arrêter pour le moment.

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