Archibald et le Royaume Royal - 3
Archibald et le Royaume Royal - 3
Le ciel était dépourvu de nuages, une lumière chaude guidait nos pas à travers les plaines. Nous avions déjà passé le pont de la Cordeline. Le paisible paysage du royaume de Katam s’éloignait petit-à-petit.
Le tintement métallique de l’armure de Grat rythmait notre marche - mais commençait aussi à me peser sur les nerfs. Concentré sur notre objectif, je fixai l’horizon d’un air de défi et dis :
Je parviens presque à apercevoir la Forêt Hantée.
Gart frissonna. L’évocation de ce lieu semblait inquiéter le jeune chevalier. Je l’imaginais déjà crier de terreur dans la Forêt Hantée, ce qui serait une très mauvaise idée. Faire du bruit est le meilleur moyen d’attirer toutes sortes de bêtes sauvages, comme d’ignobles Dévoreurs ou des Trancheurs. Pire encore : les Lidulorfs, des monstres semblables à des loups de dix pieds de haut.
Il fallait réconforter ce pauvre bonhomme, alors je lui dis :
Contrairement à ce que tout le monde pense, cette forêt n’est pas hantée. (Son visage s’éclaircit un peu.) Le peuple qui habite au cœur de ces bois leur a donné ce nom effrayant pour dissuader les visiteurs de s’en approcher. C’est tout.
Eh bien… souffla Graf. Ça me rassure.
Je lui ai menti, bien sûr. Je n’ai aucune preuve que la Forêt Hantée n’est pas hantée. Que vouliez-vous que je lui dise, après tout ?
Pendant la traversée de la plaine qui nous séparait de notre destination tant attendue, nous discutions de magie et d’autres choses. Gart me posa de nombreuses questions à propos des sorts que j’ai utilisés. La discussion tournait beaucoup autour de moi. C’était un moment fort agréable.
Je lui appris également l’existence de plusieurs pratiques de la magie, en dehors de Katam : la magie émeraude et la magie noire. Chacune a ses singularités, ses avantages et ses faiblesses.

La nuit tombée, nous arrivâmes près de la lisière de la Forêt Hantée. Nous étions certes épuisés, mais notre détermination était intacte.
Gart semblait prêt à tomber de fatigue mais moi, même si mon dos me démangeait affreusement, je me portais très bien !
Nous décidâmes de monter un campement hors des bois : il fallait dormir le plus loin possible de cette forêt prétendûment-et-très-probablement-même-si-on-n’en-a-pas-la-preuve hantée. Gart avait une mine terrible et semblait prêt à s’écrouler à tout moment. S’il ne résistait pas à dix heures de marche sans pause, je ne pouvais rien pour lui ! Des myriades de légendes parlent de monstres dans la Forêt Hantée. Je choisis donc d’utiliser un sort pour construire un abri. Deux sorts par jour, cela demandait une énergie considérable mais, comme vous l’avez remarqué, je suis généreux.
Fiston, je sais que tu aimerais passer la nuit dans un véritable château fort pour avoir un sentiment de sécurité. Je te comprends mais nous devrons nous contenter d’un abri plus modeste. (Je saisis mon Livre des Sortilèges et mon Bâton Magique.) Une maison de paille où l’on rit vaut mieux qu’un palais où l’on pleure.
Une lumière vive et bleue accompagna mes paroles et, soudain, un bruit sourd se fit entendre. Nous nous retournâmes et vîmes une maison de paille fort accueillante, tombée du ciel. Gart n’en croyait pas ses yeux :
Elle vient de… d’apparaître, comme par…
Comme par magie, complétai-je avec un clin d'œil. Entrons dans notre nouvel abri, mon garçon.
Deux lits de paille trônaient au centre de l’unique pièce. Ni une ni deux, je me jetai dessus ; rien de mieux qu’une bonne nuit de sommeil. Cependant la paille n’allait pas arranger mon dos, qui me grattait toujours affreusement !
Gart s’assoupit en un instant. Je me retournai une seconde pour voir à quel point il était jeune. Il faut dire que c’était une longue marche pour un garçon de quatorze ans (ou bien quinze… ou plutôt seize, je ne sais plus). Le plus dur restait à venir, et je m’inquiétais un peu pour ce môme. Mais je savais qu’il ne voulait voir disparaître la cyanomancie pour rien au monde. Et j’étais persuadé que ce chevalier (même débutant-amateur) avait le sens de l’aventure ! Il y aura certainement des Béliarocs à affronter, des Sanglyaks à débusquer et des Lidulorfs à terrasser.
Ah… comment pouvais-je m’endormir paisiblement, alors qu’une soudaine envie d’action me démangeait ? (Maintenant que j’y repense, ce n’était peut-être que mon dos.)
Un terrible grondement nous réveilla tout-à-coup.
Une créature pouvait se tenir devant notre abri, prête à nous déchiqueter.
Gnarp et moi nous levâmes d’un bond, prêts à en découdre. Après huit heures de sommeil réparateur, nous étions au taquet ; pas le moindre Trancheur ne pouvait nous effrayer. Je brandis mon Bâton Magique et dis au chevalier :
Prépare une potion, au cas où l’ennemi serait plus coriace que prévu. À en juger par ses grognements, c’est sûrement un gigantesque Lidulorf… Restons vigilants !
Gafff acquiesça et dégaina vaillamment son épée. Nous attendîmes un moment. De longues minutes s’écoulèrent… jusqu’au second grondement : celui-ci était plus puissant que le premier. Il était affreux. Je sentais mon corps trembler jusqu’à ce que le bruit s’arrête. Tout-à-coup, je compris ce qui était en train de se passer :
Je sais d’où vient cet affreux grognement, fiston. (Gart me regarda avec stupeur.) Ce n’est que mon ventre. J’ai affreusement faim.
Le jeune chevalier fut rassuré ; je saisis aussitôt une poignée de gâteaux aux pépites de cristaux.
Ch’est mieux comme çha… soupirai-je, avant d’avaler les deux kilos de biscuits d’un seul coup. L’équilibre du monde est rétabli. Bien. Il est temps de jeter un coup d'œil à la carte pour savoir comment traverser la Forêt Hantée sans se perdre. (Je fouillai dans le sac avec étonnement et poursuivis.) Alors, tu vas rire… Figure-toi que j’ai oub… hum ! Figure-toi que nous n’avons pas besoin de carte !
Gart me scruta d’un air perplexe.
Je sais parfaitement quel chemin nous emprunterons. Suis-moi, mon garçon, il est temps de partir à l’av…
Grrrrrrggrgrgrggrgr
Un nouveau grondement terrifiant retentit. Cette fois-ci, j’étais persuadé qu’il s’agissait d’un Lidulorf mais Grarrr m’a vite rassuré : ce n’était que son ventre. Et qu’il avait affreusement faim. Je lui tendis les restes de biscuits mais le garçon refusa. Il était sacrément exigeant : les pépites de cristal étaient trop dures pour ses petites quenottes…
Je sais ce qu’il te faut, le rassurai-je. De délicieux fruits de la forêt ! La cueillette est ma plus grande passion après la magie bleue. Suis-moi !
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