Vendredi 20 février 2026
Vendredi 20 février 2026
Dans l’effervescence du grand départ, je n’ai trouvé ni l’espace, ni le temps nécessaires pour évoquer tout ce que la date du jour charriait de souvenirs douloureux , de trouille et de chagrin contenus. J’y pense chaque année, célébrant pour moi-même l’anniversaire du jour où j’ai fui, laissant derrière moi presque tout ce que je possédais encore et qui habillait mon quotidien. Il fallait partir, sauver ma peau trouée ou ce qu’il en restait, jeter mes dernières miettes d’énergie et de courage dans ce grand saut vers l’inconnu qui me terrifiait mais semblait valoir mieux que tout ce que je connaissais. Des centaines de kilomètres plus loin, l’effondrement était venu vite et m’avait cueillie avec une violence terrible, me laissant vide et épuisée, exsangue. J’ai continué à me faire mal longtemps, malgré les mains tendues, je me suis aventurée très loin dans l’obscurité. J’ai maltraité mon corps et fait taire ma pensée, j’ai renoncé un temps à toute dignité. Quelque part en chemin, même les bras les plus solides ont failli renoncer, résignés, et j’ai souhaité très fort qu’ils le fassent. Le froid s’était invité jusque dans mes os las, la fatigue immense me maintenait clouée au sol. J’aurais voulu qu’on me laisse tomber, au sens propre comme au figuré, qu’on autorise la terre à m’avaler toute entière.
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