5 janvier 2026
5 janvier 2026
De l’autre côté du téléphone, je trouve toujours le même silence. C’est vous qui avez demandé, pourtant, et je m’efforce de vous répondre. Je m’y prends sans doute mal. Je raconte de travers, je n’ai pas les bons mots, je parle trop vite, trop fort, juste trop. Par moments je n’entends plus rien du tout à l’autre bout de la ligne et je songe que vous dû raccrocher ou que le réseau s’est coupé, qu’on vous a volé votre portable ou que les martiens ont débarqué. J’imagine n’importe quoi, tout sauf la vérité, n’importe quoi pour me permettre de respirer. En réalité je sais bien que vous êtes là et qu’au temps dont je parle, vous l’étiez déjà. Vous ne dites toujours rien et ça laisse toute la place, alors un souvenir en appelle un autre et c’est le défilé des images, j’ai six ans à nouveau, monstre d’enfant pas sage. Peut-être que j’étais vraiment peste, polissonne ou terrible. Peut-être que j’en demandais trop, que je manquais de patience. Peut-être que déjà, j’étouffais du silence. Alors j’ai fait beaucoup de bruit, c’est vrai, j’avais peine à me taire. Quelque part en chemin, pour ne pas être seule, j’ai mis du bruit jusque dans ma tête. La petite voix vient de là, vous comprenez, elle se blottit au fond de mon ventre et m’empêche d’oublier. Parfois elle crie, menace ou trépigne de colère, parfois elle se contente de commenter ou de me dire ce que je devrais faire. D’autres fois encore elle se met à compter sans raison, dans mes gestes du quotidien. Elle compte et peu importe quoi, au fond, c’est toujours mieux que rien. C’est toujours mieux que le silence qui s’entortille autour de moi, toujours mieux que cette solitude que je connais trop bien, toujours mieux que les cris contenus et les litres de chagrin. De l’autre côté du téléphone, je trouve toujours le même silence. Alors je finis par fatiguer, même la petite voix n’a plus rien à dire, je souffle bref, c’est compliqué, et ça a l’air de vous suffire.
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