Jeudi 5 mars 2026
Jeudi 5 mars 2026
Je l’ai écouté longtemps, postée dans l’encadrement de la porte, frissonnant dans l’air frais de la fin de journée. Il m’avait déjà un peu raconté, il y a quelques mois de cela, mais je crois qu’il l’avait oublié. Pêle-mêle, il me confiait sa lassitude et son cœur brisé, ses doutes de parent, la vie empêchée et l’espoir qui disparaît par moments. Je ne m’étais pas vraiment préparée à un tel échange et si je l’avais anticipé j’aurais peut-être renoncé, convaincue que je ne serais pas à la hauteur. J’aurais pensé que je ne savais plus faire et que je n’en avais pas envie, que j’avais perdu tout savoir et toute légitimité, que mon empathie s’était émoussée. Seulement voilà il était là et il fallait décider sur le champ, m’échapper sous un prétexte quelconque ou prendre le risque de la rencontre, répondre à son urgence de dire ou faire le choix de m’enfuir. En quelques secondes, comme tant de fois auparavant, j’ai poussé mes soucis et mes tracas sur le côté, je les ai empilés dans un coin pour faire de la place, j’ai libéré de l’espace dans ma tête pour accueillir ce qu’il avait besoin de déposer. J’ai constaté avec surprise que mon corps avait gardé la mémoire de cet exercice-là, qu’il se souvenait précisément comment faire le ménage à l’intérieur de moi. Au moment de se quitter il m’a semblé un rien plus solide et un rien plus léger, un tout petit peu plus apaisé. Ma pelouse fraîchement tondue respirait mieux, et il m’a semblé que lui aussi.
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