Tout va bien...En surface.
Tout va bien...En surface.
Tout va bien… En surface.
On disait de lui qu’il était un homme calme.
Pas du genre à hausser la voix facilement.
Et encore moins à se plaindre, même quand ça n’allait pas.
Au bureau, ses collègues l’appréciaient pour le discernement dont il faisait toujours preuve.
Et dans l’entreprise, beaucoup le connaissaient davantage sous son surnom « le métronome » que sous son nom de baptême.
Depuis de nombreuses années, il était élu représentant du personnel et secrétaire du CSE.
Dans les réunions parfois houleuses avec la direction, il écoutait beaucoup.
Il parlait peu, mais toujours à bon escient.
Il gardait une distance calculée avec les agitations du monde, dont il n’ignorait rien pour autant.
La direction et l’encadrement savaient qu’il n’était jamais simple de négocier avec lui.
Mais ils reconnaissaient, dans un sourire arrangé :
— On peut compter sur votre sang-froid, M. le métronome.
Lui acquiesçait poliment. La vérité, c’est qu’il avait appris à vivre en surface.
Ses journées suivaient leur cours dans cette régularité rassurante.
Pour son entourage, et pour lui.
Le matin, les salutations rapides dans le couloir, le café partagé, puis les dossiers.
Et le soir, le retour chez lui à pied à travers le parc et les rues paisibles.
Rien d’extraordinaire. Aucune extravagance.
Dans son existence bien tenue, parfaitement orchestrée.
Comment aurait-il pu en être autrement pour « le métronome » ?
Pourtant, certains soirs, lorsqu’il se posait dans le silence réconfortant de son salon,
il lui semblait entendre des bruits étranges.
Comme des murmures sourds et assez lointains.
Pendant assez longtemps, il n’y porta pas attention.
Pensant avec pragmatisme que l’immeuble vivait autour de lui.
Les bruits de tuyauteries, les ascenseurs, les voisins.
Mais les bruits devinrent de plus en plus distincts.
Ils ressemblaient étrangement à des cris. Des cris étouffés.
Comme si quelqu’un hurlait de douleur et de rage derrière un mur épais.
Alors, un soir, il leur prêta davantage attention.
Pour se concentrer, il ferma les yeux et chercha d’où cela pouvait venir.
Ces bruits ne venaient ni du plafond, ni des voisins, ni de la rue.
Ils étaient bien plus profonds. Ils venaient de l’intérieur, du bas.
De très loin, comme d’un vieux sous-sol oublié.
Il resta longtemps ainsi, immobile et silencieux.
Puis, il comprit et ouvrit enfin les yeux.
Depuis tant d’années, il avait tout soigneusement rangé là-dessous.
Les colères toujours contenues.
Les injustices qu’il s’était contraint à accepter en silence.
Les blessures non refermées qu’il avait tenté d’oublier.
Marche par marche, tout avait été descendu et enfoui.
Dans ce sous-sol intérieur où l’on entrepose ce qui encombre.
En se promettant qu’un jour, on s’en débarrassera définitivement.
Puis il avait éteint la lumière et fermé soigneusement la porte du sous-sol.
Et il pensait vivre tranquillement au-dessus.
Mais ce soir-là, la porte semblait avoir cédé et laissé remonter tous ces cris étouffés.
Toujours égal à lui-même, il soupira doucement.
Puis murmura avec un humour un peu forcé :
— Quelqu’un a oublié d’éteindre les cris du sous-sol !
Mais dans son for intérieur, il savait parfaitement bien qui était cette personne…
C’était lui, « M. le métronome ».
PascalN ©
« Chroniques d'un pas de côté »
Notice :
Pascal Nicod alias "PascalN" est l'auteur et seul proriétaire de ce texte "humanuscrit"
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L'illustration a été créée avec IA-ChatGpt.
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Pascaln hace 1 minuto
Encore merci Line, même si je n'aime pas faire pleurer... Comme je disais dans une réponse à LaPil'àfolie, ces larmes là je les reçois comme des compliments 🙏 et... gredin aussi dans ce cas 😊🥰
Lapil'à'folie hace 2 horas
J'ai versé une larme et je reste sans voix.
Est-ce par le simple fait que je me vois au travers de cet écrit ? Possible. "Quelqu’un a oublié d’éteindre les cris du sous-sol, que les mots ont fini par libérer."
Line Marsan hace 58 minutos
Comme dit Gabriel, il fait regulièrement verser une larme le Pascal, il a un don pour ça, le gredin ! 😉
Lapil'à'folie hace 35 minutos
Une larme qui fait grand bien, qui n'est pas là pour nous entrainer dans les bas-fonds, bien au contraire.
Pascaln hace 8 minutos
merci beaucoup pour ce temps de lecture et ce retour. J'avoue que la larme me chagrine quelque peu, mais je la reçois quelque part comme un joli compliment, juste et rien qu'humain... C'est ce qui rend un écrit plus touchant et vivant qu'un autre peut-être. Comme on peut être un peu chahuté à la lecture de " premières heures avec elle " 🙄🙃
Line Marsan hace 3 horas
Une interprétation très humaine et profonde de la phrase proposée pour le #PanodysseySpark #3 ! Bravo pour cette belle partition 👏👏👏❤️❤️❤️
Pascaln hace 3 horas
merci beaucoup Line.
Quoi de plus naturel qu'une belle partition pour ce M. métronome et pour l'amoureux de la musique que je suis...
Gabriel Dax hace 3 horas
Je réitère mon commentaire dont le cri d'agonie ne s'est pas fait entendre.
C'est avec la même régularité de Monsieur Métronome que Pascal publie ses textes. Régularité également dans la qualité de son écriture.
On en vient forcément à penser que ce monsieur porte le prénom de Pascal. Mais il n'est pas le seul. Je gage que de nombreuses lectrices et lecteurs pourront voir en ce monsieur Métronome, un reflet dans le miroir de la salle de bain.
Je gage aussi que si l'on écoute bien, on entendra également ces cris que l'on a oublié d'éteindre.
Merci Pascal pour le divertissement littéraire que tu nous offres.
Pascaln hace 3 horas
Et bien pour le coup, je veux bien voir gravé ce magnique commentaire sur la bidoche de M. Métronome, même si ça doit faire mal quand même... Mais ça fait tellement chaud au coeur que Pascal tiendra le choc.
Un grand merci Gabriel, et heureux de te retrouver ici en meilleure forme.