Session 16 - à bout de souffle
Je débouchai sur le seuil du cabinet en nage, essoufflée, mais avec une seule minute de retard. Un record, compte tenu de mon peu d'intérêt pour le sport et de ma condition physique digne d'un mollusque emphysémateux. J'éructai mon nom entre deux quinte de toux à la clerc postée au bureau de réception et sortis ma carte d'identité du fond de mon sac à dos en guise de preuve. La jeune femme, impassible, se contenta d'introduire la petite carte de plastique dans un lecteur avant de me la rendre. Ensuite, d'un pas égal, indifférent à ma détresse respiratoire, elle me cornaqua jusqu'à un petit salon où le notaire et mon mari, très à l'aise, échangeaient des joyeusetés en savourant un café fumant.
"Guilaine !"
Joris se leva d'un bond. Son genou rencontra les bords de la table basse et des gouttes de café se répandirent des tasses, formèrent une petite flaque sur le revêtement de bois précieux.
"Tu fais une de ces têtes ! Qu'est-ce qu'il t'arrive ?"
Je secouai la tête. J'aurais voulu avoir l'air rassurant, mais j'étais incapable d'arrêter la toux qui me mitraillait la gorge. Pliée en deux, blême et à court d'oxygène, je continuais d'expectorer. J'étais au bord de l'évanouissement.
Sans aucun ménagement, mon mari me délesta de mon sac et en vida le contenu au sol. Une pluie de tickets périmés, froissés, se répandit sur l'épaisse carpette du salon, suivie de deux serviettes hygiéniques, un portefeuille Pat Patrouille - un de mes nombreux délires - et quatre bics tous épuisés d'encre. En d'autres circonstances, j'aurais sans doute eu honte. Joris aussi, mais en l'état, il continuait d'agiter le sac. Enfin, un petit tube métallique se délogea des replis en toile et roula jusqu'aux pieds du notaire qui le saisit entre deux doigts. Les deux hommes se regardèrent et le notaire, docile, déposa l'objet dans la main de mon mari qui me l'enfonça dans la gorge.
"Respire !" intima-t-il et sa voix grondait presque de rage.
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