Une Cosmonaute sur Terre.
Une Cosmonaute sur Terre.
Elle est arrivée hier.
Comme si c'était hier.
Cela fait des années.
Mais dans le cosmos il n'y a pas de temps linéaire.
Il n'y a donc pas d'hier.
Il n'y aura pas de demain.
Il n'y a qu’ici et maintenant.
L'incarnation était difficile, l'intégration aussi.
Elle est tombée de façon brusque et turbulente.
Elle a tout oublié.
Qu'est ce qu'elle fait là ?
Pourquoi est-elle ici ?
Quelle est sa mission ?
Il doit en avoir une. Ou pas ?
Elle l'a oublié.
Elle n'a pas retrouvé ses outils, ses appareils, sa trousse de secours.
Rien.
Elle doit donc se débrouiller seule, sans technologie habituelle, sans collègues ni amis. Seule sur Terre.
C'est sa 33me fois. Mais c'est tout ce qu'elle sait. A quoi lui servirait ce détail ?
Elle est déjà venue sur cette Planète.
Cela ne doit pas alors être trop compliqué.
Elle ne se sentait cependant pas rassurée.
Elle avançait en aveugle, dans le noir, avec sa petite torche cachée dans la poitrine. C'est la seule chose qu'elle a pu retrouver. Mais elle est essentielle.
Essentielle pour elle, pour sa vie et pour les vies des autres qu'elle éclaire en passant, pour la Planète aussi.
Elle a beaucoup souffert.
Elle a oublié ce que c'était.
Au début des émotions fortes l'amusaient, puis l’épuisaient plutôt.
Elle recherchait du calme et de l'équilibre sur cette Planète où l'énergie est très dense et il y a beaucoup de chaos.
Elle a fait beaucoup d'erreurs.
Elle savait qu'en réalité elles ne les étaient pas.
Elle tombaient et cela faisait très mal.
Au corps et au cœur.
Heureusement, sa torche était toujours là.
Parfois elle prenait de l'eau à cause de ses larmes.
Elle fonctionnait alors moins bien.
Sa lumière devenait petite, très petite par moment.
Mais elle continuait son chemin sans se rappeler de sa mission, sans retrouver une fréquence de sa famille galactique.
Elle se souvenait qu'elle était venue de très loin, de très haut. Impossible de s'y reconnecter pour elle.
Chaque soir, elle regardait par la fenêtre en espérant apercevoir un signe dans le ciel.
Chaque matin elle jouait avec les fréquences de sa radio en cherchant la bonne.
Des années passaient et elle n'avait pas d'autres informations. Rien de plus.
Elle a dû apprendre la gravité, la dualité, la densité.
Elle tentait d'y échapper.
Pour cela, elle remontait un peu au-dessus de la terre.
Ce n'était pas visible à l'œil nu mais les autres remarquaient qu'elle étaient ailleurs dans ces moments là.
Elle l'était réellement.
C'était comme une bouffé d'air frais.
Elle se rappelait de pouvoir voler, planer, disparaître et apparaître au même moment.
Puis elle revenait pour paraître normale, comme les autres, pour pouvoir continuer sa vie ici.
Elle ne savait plus combien de temps dure sa mission.
Alors il y a eu un moment où elle s'est senti tellement fatiguée de faire semblant d'un côté et de tenter de s'échapper de l'autre.
Elle a décidé de ne plus remonter dans l'air. Elle a décidé d'habiter ce corps pleinement, sans vouloir le quitter, sans espérer quelque chose d'éphémère...
Elle a pris une décision de ne plus se sentir prisonnière ici.
Elle a consenti de ressentir pleinement cette lourdeur, corporelle et gravitationnelle.
Un miracle s'est produit alors.
Elle a commencé à prendre du plaisir à être dans ce corps qu'elle considérait comme son scaphandre avant.
Elle ne voulait plus l'enlever.
Elle n'essayait plus de s'en voler.
Elle a réappris à marcher.
Doucement comme sur une terre inconnue.
Elle levait le pied, puis le reposait lentement en s'amusant à ressentir la gravité, cette force magnétique.
Elle a appris à jouer avec la dualité en transformant ses faiblesses en forces.
Ainsi, son côté éphémère lui a permis d'avancer en légèreté sans voler pour autant.
Elle a enfin compris que la densité permettait de réaliser ses rêves, de les rendre matériels et tangibles.
C'est ainsi que le temps s'est mis à courir. Il passe vite quand on se sent bien, n'est-ce pas ?
L'heure est venue enfin de repartir chez elle.
Elle était ravie et un peu triste.
Il fallait laisser les personnes qu'elle aime et si belle nature.
Elle s'est habituée à la gravité, à la densité et à la dualité.
Elle s'en sortait très bien.
Elle se demandait comment faire à présent sans tous ses sens qui lui permettaient de vivre une vie si riche et magique.
Quelle était sa mission, me demanderas -tu sans doute. Je garderai le silence.
Elle l'a découverte et tu le feras à ton tour. C'est la même.
Comment s'appelait - elle ?
Elle s'appelle Anaïel. Sa Maison est Elkaari.
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