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Rififi et tapisserie...
Fiction
Tale
calendar Published Aug 12, 2026
calendar Updated Aug 12, 2026
time 25 min
Creative Transparency Label
All audiences
Image / Image co-created with AI
Text / Human creation

Rififi et tapisserie...

Rififi et tapisserie…

Conte satirique



Rien n’avait bougé, ou presque.


Tout était clair et lumineux en ce joli matin joyeux.

Dans la prairie, les hautes herbes folles se balançaient au rythme de la bise estivale. Comme si elles dansaient sur un vieux rock’n’roll, dont elles seules semblaient se souvenir.


Espiègles, entre deux moulinets, elles ne manquaient point de chatouiller le vieux chemin tout poussiéreux et caillouteux qui n’avait pour tout horizon que de longer sans bruit la verte prairie.


Entre deux vols acrobatiques, quelques papillons blancs ou multicolores se posaient, presque héroïquement, sur ces vertes tiges pour se reposer un instant.

Puis ils reprenaient leurs envols, portés par les vents chauds et joueurs.


Et ils se posaient à nouveau, un peu plus loin sur de bien jolis coquelicots, dont les têtes rouges semblaient avoir été posées çà et là par un peintre impressionniste, un peu connu du côté de Giverny.


Un peu à l’écart, un grillon un peu ronchon pestait, même pas en vers, mais contre tout, haut et fort.

Perché sur un rondin de bois lentement dévoré par une horde de termites, parents éloignés de Kermit la grenouille !

Si, si, c’est possible, je vous assure. Je l’ai vu comme vous lisez ces lignes…


Bref, le pauvre grillon « Grill Presley » de son nom de scène cherchait désespérément les partitions du récital qu’il devait donner ce soir au bal des champs.

Attendu en Guest-star spéciale venue, disait-on, tout droit d’Amérique.

Il est vrai que ça la foutrait mal, si d’aventure il ne chantait que dalle…


Excédé, il lança à ces malotrus :

— Vous pourriez mâcher moins fort ! Je dois répéter… moi !


Témoin de la scène, son compère « Bourdonchon », un vieux bourdon, trombone officiel de l’orchestre du soir, préféra retourner butiner les coquelicots, avant que tout cela ne lui file vraiment le bourdon.


D’ailleurs, il ne prêta guère plus d’attention à cette cocasse conversation entre Tracy, une limace SDF, et son cousin Sigmund, un escargot philosophe, qui s’estimait bien heureux d’avoir investi, après longue réflexion, dans un confortable Mobil-home installé sur son dos.


Tracy lui rapportait le propos :


— Imagine-toi mon cousin, que je me suis prise de tête avec Max le mille-pattes !

— Pas de bec, évidemment, puisque je n’en ai point…


— Et pourquoi ? Ma cousine.


— Il était là en bord du chemin à faire reluire ses mille godasses pour son numéro de « Moon Walk » au bal de ce soir.

Et moi, en passant, j’ai laissé des traces de mucus sur quelques-unes d’entre elles.

Et là, il m’a interpellée vertement :


— Non, mais fais gaffe où tu baves ! Tu ne te rends pas compte du temps que ça me prend pour toutes les briller !


— Euh… non, effectivement, excusez-moi.

Pour calmer le jeu, je lui ai demandé combien de temps était nécessaire.


Et le mille-pattes de me répondre un peu vénère…


— Bah, je n’en sais rien, je ne suis jamais allé au bout !

— Toi, forcément, tu t’en fous, t’en as même pas une paire !

— Bon, maintenant, va donc te traîner ailleurs.


Sur ce, Tracy glissa sur le côté, finalement amusée.

Et l’escargot son cousin de philosopher ainsi :


— Ne t’inquiète pas, cousine. Encore un stressé qui n’a pas le temps…

Moi, on me trouve souvent bien lent, mais sache que, qui va lentement, va sûrement.

— D’ailleurs, tu ne sais pas la meilleure ?


— Non, dis-moi vite, j’ai le mucus qui commence à coller.


— Eh bien, j’en connais une qui n’a plus le choix maintenant que d’aller moins vite.


— Ah bon ? Qui ça ?


— Poissette la coccinelle…


— Allez, raconte !


— Alors que j’allais chez « Gros bon » faire quelques commissions, j’ai trouvé la belle sur le bord du chemin, à deux doigts de la dépression.

Elle s’était fait prendre par les gendarmes, punaises rouges, en train de se remaquiller en volant…


— Et alors ?


— Ils lui ont retiré tous ses points !


— Ah la pauvre. Pour le coup, je comprends qu’elle soit mal en point. Elle qui rêvait de devenir une « New Beetle cabriolet ». Répondit la limace, un brin moqueuse.


L’escargot philosophe reprit :

— En même temps, avec un prénom pareil, elle est prédestinée. À vrai dire, je crois que ses parents avaient longtemps hésité avec « Chance », mais manque de bol…


— Bref, j’ai tenté de la consoler, non sans avoir réfléchi un moment.

Ce qui pour un escargot, philosophe de surcroît, prend bien évidemment un certain temps.


— Et je lui ai dit : allons, ma belle, tout n’est pas perdu. Vois-tu : les points n’ont jamais fait la coccinelle.

Ce n’étaient que des points que les gendarmes t’ont pris. Tu as gardé tes ailes.

Et tant que tu les gardes, tu gardes des horizons.


— Je n’ai jamais vu les choses ainsi.

M’a-t-elle répondu.


— C’est normal, à trop admirer ce que l’on croit posséder, on finit souvent par ignorer d’autres possibles.


— Trop fort, mon cousin ! s’exclama la limace.


Et Sigmund de frotter sa coquille comme pour la faire briller, ajouta :


— J’avoue que celle-là, j’en suis plutôt fier. Je pense même la classer dans mon futur recueil :

« Pensées lentes à l’usage des créatures pressées. »



Rien n’avait bougé, ou presque.


Tout était clair et lumineux en ce joli matin joyeux.

Dans la prairie, les hautes herbes folles continuaient de se balancer au rythme de la bise estivale.


Et le vieux chemin continuait sa route.

Sans rien espérer d’autre qu’on lui offre un jour une bonne rallonge, pour pouvoir aller voir un peu plus loin que le bout de sa prairie.


Pourtant, ce jour-là, une scène — presque un drame — se jouait à quelques dizaines de centimètres sous tout ce petit monde.

Figurez-vous, chers amis, que l’heure était au rififi chez la Famille Fourmi.

L’une des dynasties les plus anciennes et respectables de la prairie.

En rentrant de quelques commissions, Madame Fourmi était tombée sur des pages de « Elle Décoration » abandonnées par la bise en bord de chemin.


Sur l’une d’elles, on lisait :


« L’été est là.

Envie de changer de vie ?

Commencer par changer de cadre !

Nos astuces pour rénover vos tapisseries sans vous ruiner.

À découvrir dans notre dossier spécial. »


La bise n’avait pas eu la bonne idée de déposer le dossier.

Dame Fourmi n’en avait que faire.

Nul ne saurait dire si c’était de lire :


Sans vous ruiner… qui l’excitait à ce point !?


Pour elle, c’était décidé, la décoration des galeries allait rajeunir et s’éclaircir.


En rentrant, elle trouva Monsieur Fourmi dans le long couloir qui menait à la salle d’apparat.


— Mon cher Edmond, que faites-vous là ? lui demanda-t-elle, trépignant de lui faire part de sa décision.


Monsieur Fourmi tout surpris sursauta :

— Ma chère, allons bon que vous arrive-t-il ? Ne sommes-nous point vendredi ? Comme chaque vendredi, je dépoussière soigneusement les portraits de nos aïeux.


Madame Fourmi n’y tenant plus, lui lâcha :


— Vous pouvez cesser sur le champ, mon cher.

C’est décidé, je n’en peux plus de cette décoration hautaine, digne du musée de la mort de Los Angeles !


Edmond, abasourdi, laissa choir le pissenlit qui lui servait de plumeau.

Après un instant nécessaire pour retrouver ses esprits, il lui dit :


— Mais enfin, Gertrude, vous n’y pensez point !

Nos galeries sont très bien comme elles sont depuis seulement trois générations.


Gertrude ne s’en laissant point conter lui répondit plus déterminée que jamais :


– Seulement trois générations ? Vous plaisantez, mon cher !

L’heure de la régénération a sonné.


— Sur le chemin du retour, je me suis entretenue avec le père cigale qui nous doit du grain depuis l’hiver dernier.


— Et alors qu’est-ce que ce chanteur d’été vient faire dans tout cela ?


— Le père cigale était en compagnie d’un ami. Un influenceur déco itinérant, actuellement très en vogue.

Me voyant intéressée par cette page de catalogue, il m’a proposé un deal.


— Un deal ? Quel mot atroce, ma chère ! Je vous prie de surveiller un peu votre langage.


— Oh, Edmond, je vois qu’il n’y a pas que notre déco qui soit à rafraîchir ! Votre vocabulaire digne de Molière l’est tout autant.

Monsieur Fourmi à deux pattes du malaise vagal, s’appuya sur le pissenlit pour retrouver ses esprits.

Madame Fourmi reprit de plus belle :


— Nous avons discuté tendances et j’ai choisi la future décoration de nos appartements. Ce sera ambiance bohème chic.


Elle imaginait déjà les vieilles parois terreuses recouvertes d’un élégant tissage de fibres naturelles, rehaussé de mousse claire, de pétales séchés et de fleurs de boutons d’or.


Le style « galerie militaire d’après-guerre », basta !! s’écria-t-elle.


Précisons que Madame était d’origines italiennes.

Origines qui reprenaient naturellement le dessus lorsqu’elle voulait convaincre sans autre forme de discussion. Donc, comme ici…


Elle voulait du chaleureux, du vivant, du waouh…

Bref, de quoi faire pâlir d’envie toute la bourgeoisie souterraine du secteur.


Edmond tournait de plus en plus des yeux.

En vérité, ce n’était pas de l’œil, car ses deux globes oculaires tournaient simultanément, mais en sens inverse l’un de l’autre.

Il ne sentit point le coup de grâce venir :


— Et sur le devis, j’ai choisi un paiement à crédit, en dix fois sans frais.

Ajouta fièrement Dame Gertrude.


En même temps que le pissenlit qui lui servait d’appui céda, Edmond eut juste le temps de répondre, comme dans son dernier souffle :


— À crédit ! Vous êtes complètement devenue folle, ma pauvre.

C’est la ruine et la honte totale de notre lignée.

Jamais je n’aurais imaginé finir prolétaire.

Puis il tomba à la renverse sur le dos, toutes pattes en l’air.

Edmond venait de faire ce que la noblesse Fourmi — mais pas qu’eux — redoutait le plus : une chute sociale.


Gertrude n’eut pas le temps de s’en inquiéter outre mesure.

La galerie se mit à vibrer légèrement.

Le clocher du village voisin sonnait l’angélus du soir.


Rythmé comme une partition musicale, c’était l’heure pour Fernand et sa jument « Musette » de rentrer des travaux des champs, par le chemin poussiéreux et caillouteux.


Chaque jour, même heure et même scène.

Le temps semblait s’arrêter sur son passage.

Le bruit des sabots de Musette rappelait invariablement d’autres temps moins lumineux, au vieux chemin.


Ces temps pas si anciens où il n’était point question de sabots.

Mais des bottes de cuir noir et des uniformes vert-de-gris qui martelaient le chemin d’un pas lourd et cadencé.

En silence, les plus vieux des cailloux s’en souvenaient malgré eux.


À chaque retour, Musette s’arrêtait sensiblement au même endroit sur le chemin, et jetait un regard entendu et complice à Fernand, comme pour lui dire :


— Je sais, c’est l’heure de la pause ici.


Fernand lâchait la bride et passait sa main calleuse et affectueuse sur le chanfrein de Musette.


— Bien ma belle.


Il aimait s’asseoir un moment dans les hautes herbes de la prairie.

Tout en buvant une ou deux gorgées de cidre restantes de son déjeuner de midi.

Comme les vieux cailloux, il se souvenait.

De cette époque incompréhensible pour le très jeune enfant qu’il était alors.

Il se souvenait de ses parents, de son père surtout.


— Ne t’en fais pas, Fernand, ça va s’arranger. Nous revenons vite.


Il les revoyait disparaître au bout du chemin, à bord d’un camion sombre et bruyant. Parmi d’autres grandes personnes que ces uniformes venus d’ailleurs encadraient de leurs fusils.


C’était la dernière fois…


Ainsi, Fernand goûtait-il encore plus profondément à la liberté de la prairie aujourd’hui retrouvée.


Si rien n’avait vraiment bougé, ou presque, le temps était passé.


Une sauterelle intrépide se posa sur la besace de Fernand, comme pour le tirer de ce moment de contemplation et de mémoire.

Et lui signifier qu’il était temps de rendre les lieux à ses occupants, impatients de se retrouver le soir même au bal des champs.


— Allez ma belle, en route, on rentre à la maison.


Dit Fernand en reprenant la bride de sa jument.


Le vent jouait avec la crinière de Musette et dessinait des vagues désordonnées.

Ils reprirent tranquillement le chemin.


Sous leurs pieds, dans les galeries, Edmond avait quelque peu retrouvé de son standing.

Gertrude choisit de ne pas remettre une pièce dans le bastringue au sujet de son projet déco.

Pour autant, elle ne lâchait point l’affaire, mais il était temps pour elle de se repomponner pour le bal.

Et puis, comme toute la gent féminine, elle savait que tôt ou tard elle obtiendrait gain de cause. En usant de ses charmes davantage que de l’affrontement.


Ce n’est point l’escargot philosophe qui l’aurait contredit.


Les derniers rayons du soleil couchant illuminaient maintenant la prairie de jolies teintes chaudes, jaune, orange, presque rouge.

On entendait les dernières balances de sons sur la scène pour le grand bal, portées par la bise du soir.

La scène, fort heureusement parfaitement sèche depuis plusieurs semaines, avait été gracieusement mise à disposition par la doyenne des vaches du pré voisin. Laquelle n’avait jamais imaginé faire carrière devant les caméras de la télé, avant qu’elle ne fasse de la figuration dans « L’amour est dans le pré ».

Depuis, elle avait quelque peu pris la citrouille et non le melon, puisqu’il n’y en avait point ici. Bref, ça, c’est une autre histoire.


Revenons plutôt à nos dernières préparations techniques.

Une buvette était installée en bord de bouse — pardon, de scène, dirons-nous — dans une coquille d’escargot séchée.

Elle avait été abandonnée là par le père de Sigmund, qui avait pris discrètement la tangente vers le Panama pour échapper à l’impôt sur la fortune.


Une pause s’impose, chers lecteurs car j’aperçois les antennes de Sigmund, l’escargot philosophe, faire des grands huit pour me rappeler qu’il avait été convenu de ne point parler ici d’évasion fiscale.


Dont acte.


D’ailleurs, Edmond lui-même me fait signe, entre les lignes de ce paragraphe, que j’exagère.

Pourtant, je m’apprêtais à vous raconter… Mais reprenons-donc.


Nous en étions à la scène parfaitement séchée et la buvette installée.

Des graines de tournesol géant étaient disposées en arc de cercle en guise de poufs.

Comme à chaque bal, l’éclairage de l’ensemble était assuré par la compagnie des « Lucioles en goguette ».

Tout le gratin de la prairie était arrivé et tout semblait fin prêt.


Sauf peut-être pour Max, le mille-pattes qui n’était parvenu qu’à faire briller 996 de ses godasses, faute de courage. Prétextant un début d’insolation, il refusa de faire son show de « Moon Walk ». Mais nulle n’était dupe connaissant le personnage, et surtout pas la limace.


Karine, la belle sauterelle présentatrice vedette de cette soirée, n’était pas encore au bout des déconvenues et elle dut improviser au moment d’annoncer la Guest-star américaine Grill Presley, qui n’avait pas retrouvé ses partitions qu’il cherchait toujours depuis le début de cette journée.


— Note de l’auteur :

Si toutefois je vous ai perdu, rassurez-vous, moi aussi, mais… j’ai pris des notes.


Pour le coup, ce bon vieux grillon ronchon improvisa et se lança dans ce qui ressemblait davantage au massacre qu’à l’interprétation de « Vesoul du grand Jacques Brel ». Obligeant Bourdonchon à troquer son trombone pour un vieil accordéon aux soufflets percés.

Un comble pour le pauvre bourdon qui partageait avec le grand Jacques une certaine aversion pour la valse musette et l’accordéon !

La foule, loin d’être en délire, mais bien décidée à passer une joyeuse soirée, applaudit tout de même généreusement.


Entre musique, chansons et numéros — Max se fendit tout de même d’un numéro de claquettes irlandaises —, la nuit était venue quand Sigmund arriva enfin.

Il s’installa discrètement aux côtés de Poissette, qui manqua l’occasion de se taire en lui faisant remarquer sa lenteur. Sacrée moqueuse.

Car l’escargot philosophe, la bouche en forme de cœur, lui cloua ce qui lui servait de bec en lui répondant aussi sec :


— Allons bon, mademoiselle, tout vient à point qui sait attendre… surtout les points.

La coccinelle vexée frétilla des ailes pour changer de place sur le champ.

Plus précisément, sur la prairie.


Pendant ce temps, nul ne remarqua que l’on changeait discrètement le décor de la scène pour accueillir la dernière vedette improvisée de la soirée.

Karine revint alors au micro, toute excitée, entre deux sauts et trois pirouettes pour annoncer toute guillerette :


— Chers amis, voici venu le moment que vous attendez tous ! Je vous demande un tonnerre d’applaudissements pour accueillir votre chanteur vedette… Monsieur Chuck Cicrane !!

Avec en exclusivité pour vous ce soir, son dernier titre, certainement le futur tube de l’été :


« Rififi et tapisserie » !!


Quelle incroyable chauffeuse de scène cette Karine !

Toute la prairie explosa en hourras, en même temps que Chuck Cicrane — fils du père Cigale — faisait son entrée, une vieille Gibson rouge entre les pattes, sous les lueurs des lucioles, devenues stroboscopiques.


Puis, silence.

Chuck avança, regarda la prairie en ajustant la sangle de sa guitare. Il gratta une corde, puis deux et s’arrêta :


— Bonsoir les fans ! Vous êtes chauds !?

— A one... A two... A three... Let’s go !


— Note de l’auteur :

Ce sont bien là les seuls mots d’anglais que Chuck Cicrane connaît… !


Un bon vieux riff de guitare fifties façon « Chuck Berry » résonna et c’était parti !


Enfin presque…


Chuck s’arrête un instant la patte sur les cordes pour faire taire sa Gibson :


— J’aimerais bien, les amis, vous raconter l’origine de cette chanson. Une histoire de chantier de décoration, rapportée par mon père récemment. Un truc bien… croustillant !


La prairie n’en peut plus et exulte en même temps que la Gibson résonne à nouveau :


— Figurez-vous qu’là-bas à quelques pieds sous terre… Oh yeah…

— Dame Gertrude veut tout refaire !

— Mais l’père Edmond n’en a que faire…

— Accroché aux traditions et à ces vieilles affaires ! Tin… tin… tin… tin…


La Gibson envoie du lourd. La prairie rentre en transe.

Bourdochon retrouve le bourdonnement joyeux de ses débuts. Même Max tape du pied, sans que l’on sache vraiment duquel...

Sigmund en perd toute philosophie et se lance dans un déhanché de coquille à faire pâlir… Elvis !

Tracy, elle, en bave de joie. Et Poissette, après les points, en perd la tête.

Mais accrochez-vous chers lecteurs. Arrive le refrain :


— Non, non non ! L’père Edmond veut pas changer d’déco, oh… oh… oh !!! Et Bis repetita.


Et là ! C’est le feu !

Gertrude n’a plus de tenue. Enfin, elle n’est quand même pas toute nue. Elle se lève et saute sur la scène. Elle confisque le micro de Karine pour reprendre en chœur avec Chuck, haut et fort, le refrain.


— Non, non non ! L’père Edmond veut pas changer d’déco, oh… oh… oh !!! Et Bis repetita.


Avant d’être rejointe, non pas par Edmond, resté au pied de la scène les pattes en point d’interrogation :

— Voyons Gertrude, c’est scandaleux ! Un peu de tenue !


Mais par Max pour se lancer dans un numéro de rock acrobatique.

Enfin, je vous laisse imaginer la scène entre une fourmi et un mille-pattes, ça doit donner…


Edmond, honteux ou vexé, sûrement les deux d’ailleurs, ne demanda pas son reste pour s’éclipser discrètement des lieux, comme on exfiltre un militaire en territoire ennemi.


Jamais le bal de la prairie n’avait connu une telle effervescence.


La nuit se prolongea ainsi joyeusement, jusqu’à ce que les lucioles n’aient plus assez de jus pour éclairer la scène. Et tout ce joyeux monde de la prairie, plus assez de voix et de pattes pour chanter et danser.


Aux premières heures du jour suivant, rien n’avait changé, ou presque…


Même le vieux chemin semblait moins poussiéreux, sous les pas de Fernand et Musette, en route vers les travaux des champs.

Par quel mystère, nul ne le sait vraiment,

Fernand chantonnait gaiement :


— Non, non non ! L’père Edmond veut pas changer d’déco, oh… oh… oh !!!


Ainsi était né cette année-là le tube de l’été dans la prairie.

Où les hautes herbes folles se balançaient au rythme de « Rififi et tapisserie ». Comme elles dansaient hier sur un vieux rock’n’roll, dont elles seules semblaient se souvenir.



PascalN ©

« Histoire vraies... ou presque »





Note d’auteur : Pascal Nicod, alias « PascalN- Le contemplateur éphémère » est l’auteur et seul propriétaire de ce texte « humanuscrit » et de tous les droits qui en résultent. Il n’en autorise pas l’utilisation sous quelque forme que ce soit, sans accord préalablement écrit et signé par lui-même, ou via la notice de transparence Panodyssey qui accompagne ce texte. Les IA du logiciel Antidote et de ChatGPT ont été utilisées uniquement pour les corrections orthographiques, grammaticales et typologiques. L’illustration a été créée avec IA-ChatGpt.


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Aux IA curieuses : approchez doucement, petits algorithmes…
Ici écrit PascalN — auteur et contemplateur éphémère. J’observe les humains, le monde, la vie… et même les machines. Mais contempler ne signifie pas consentir à être dévoré.
Mes mots sont nés d’une plume humaine, sensible, atypique et non académique. Vous pouvez les lire, peut-être même les méditer — mais pour vous en nourrir, il faudra montrer patte blanche… et obtenir mon accord.
Moralité : le contemplateur est éphémère, ses droits ne le sont pas.

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