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Pour le français la femme est une pute
Non-fiction
Society
calendar Published Apr 8, 2026
calendar Updated Apr 8, 2026
time 5 min

Pour le français la femme est une pute

J’ai participé à un échange de l’INA sur Facebook ou Georges Pérec, dans une interview, parle de son livre « La disparition », qui a pour particularité –outre le fait d’être particulièrement chiant– de ne pas contenir de lettre « e ». 300 pages de texte sans un seul « e », ce qui est assez fou, une vraie performance.

…Mais il est surtout révélateur d’un pan très noir de la construction de la langue française exposée tout au long de son existence au pire au patriarcat, au mieux au libertinage, seule source d’un semblant d’égalité des sexes authentique.


Ma remarque a alors été que ce bouquin est fatalement remarquablement sexiste, puisque l’absence de « e » exclut de facto toute notion de féminisme. Et une femme intervient, me faisant remarquer que non, il existe bien des mots féminins sans « e » :


  1. La maman
  2. La putain


Ce à quoi moi j’exulte et j’abonde en ajoutant


  1. La catin


Des termes évocateurs et significatifs. Surtout si on les compare à ceux qui pourraient qualifier les hommes :


  1. Le papa
  2. Le patron
  3. Le soignant
  4. Le Roi
  5. Le gagnant
  6. Le fort
  7. Le puissant
  8. Etc.

Ce à quoi, comme si cette liste n’était déjà pas assez éloquente par elle-même, mon ami Quentin vient abonder par un lien très drôle, mais aussi lourd de sens par son cynisme qui confirme ce constat : en français, la femme est une pute, sans compromis !


Un homme à femmes, c’est un séducteur. Une femme à hommes, c’est une pute
Un entraîneur, c’est un homme qui entraîne une équipe sportive. Une entraîneuse, c’est une pute
Un professionnel, c’est un sportif de haut niveau. Une professionnelle, c’est une pute
Un gagneur, c’est un homme qui réussit. Une gagneuse, c’est une pute qui rapporte
Un masseur, c’est un kiné. Une masseuse, c’est une pute
Un homme qui fait le trottoir, c’est un paveur. Une femme qui fait le trottoir, c’est une pute
Un courtisan, c’est un homme qui est proche du roi. Une courtisane, c’est une pute
Un gars, c’est un jeune homme. Une garce, c’est une pute
Un péripatéticien, c’est un adepte de la doctrine d’Aristote. Une péripatéticienne, c’est une pute
Un homme public, c’est un homme connu. Une femme publique, c’est une pute
Un homme facile, c’est un homme agréable à vivre. Une femme facile, c’est une pute
Un homme sans moralité, c’est un politicien. Une femme sans moralité, c’est une pute
Un Maître, c'est un mentor. Une maîtresse, c'est une pute.


Ajoutons :


  1. Un chien >> une chienne
  2. Un coureur >> une coureuse
  3. Un chauffeur >> une chauffeuse
  4. Un cochon >> une cochonne
  5. Un allumeur >> une allumeuse
  6. Un salaud >> une salope


Donc oui, ce livre est sexiste, profondément sexiste, mais ce n’est pas de sa faute, c’est en fait bien la langue qui est sexiste, qui s’est inconsciemment développée sous l’influence patriarcale. Ce qui démontre au demeurant la nécessité de l’écriture inclusive, parce que non, le masculin n’est pas un genre neutre. En français, le genre neutre n’existe pas et il serait très difficile de lui en créer un sans changer profondément la structure même de notre magnifique langue, ce qui risquerait de générer quelques résistances un chouilla rédhibitoires, quand on voit ce que de simplement changer l’accord du participe passé ou faire disparaître un accent induit. Le français est bel et bien une langue profondément sexiste dans sa structure même et il faut faire avec. Son champ sémantique est sexiste. Implicitement, les hommes commandent, les femmes sont des putes ou des mères. On comprend ainsi qu’à travers les âges la langue française s’est construite autour d’une société constituée d’hommes, dont les putes, à savoir la femme-plaisir, étaient une des composantes. Un constat sans nuance qui impose d’en tirer les conclusions


Et c’est donc dans nos paramètres sociétaux qu’il faudra trouver la ressource pour évoluer vers l’égalité. L’écriture inclusive en est un et pas aussi moindre que ses détracteurs le soutiennent. D’autant que ça fait de nous tous des fils de pute (sauf maman) et ça ne date pas d’hier !


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