Inceste : ces livres qui tentent, en vain, de faire cesser le déni (Partie 1)
Inceste : ces livres qui tentent, en vain, de faire cesser le déni (Partie 1)
Introduction : Ma prise de conscience du déni
Le 13 novembre 2025, l’émission de France 5 “C à vous” consacrée à l’inceste était intitulée :“Inceste : Le grand déni ?” Un titre tout sauf anodin.
Si l’ouvrage de Camille Kouchner ( 2021) a « fait parler », si Triste tigre de Neige Sinno (2024) a été encensé, les préconisations de la CIIVISE dans son rapport de 2023 (Commission Indépendante sur l’Inceste et les Violences Sexuelles faites aux Enfants) restent lettre morte. Or, les chiffres estimés sont affolants : 160000 enfants victimes de violences sexuelles chaque année. Selon Juliet Drouar, 80 à 85% des abus sexuels commis sur les enfants sont des incestes (La Culture de l’Inceste, 2022, Seuil). Et le déni reste assourdissant.
Le film belge “On vous croit”, quasiment documentaire, est un huis clos dans le bureau d’une juge. Un père violeur de son fils, une mère dont l’honnêteté et la santé mentale sont mises en doute quand elle veut éloigner son enfant du criminel. La bande-annonce ci-dessous est déjà parlante.
J’ai décidé de lire quelques uns des livres qui tentent de faire cesser le déni.
- Christiane Rochefort, La Porte du fond, Grasset, 1988.
- Christine Angot, Une Semaine de vacances, Flammarion, 2012.
- Christine Angot, Le Voyage dans l’Est, Flammarion, 2021.
- Camille Kouchner, La Familia grande, Seuil, 2021.
- Cécile Sée, Ce que Cécile sait: journal de sortie d’inceste (bande dessinée), Marabout, 2024.
Livres qui se rajoutent au Triste tigre, de Neige Sinno, P.O.L, 2023.
Cet article comportera au moins deux parties, peut-être plus. Il n’est pas achevé. Il témoigne de ma volonté de propager l’alerte lancée par la CIIVISE. Pour que le déni régresse jusqu’à disparaître. Pour que vienne le temps où l’on fera toutes et tous, collectivement, individuellement, tout notre possible pour protéger ou sauver les enfants de l’inceste.
I- Pouvoir absolu et perfidie
Que cherchait-il ? Là aussi, ce n’ est pas si simple. Le plaisir, il pouvait le trouver ailleurs. Non ! C’est l’interdit et la tentation du pouvoir absolu sur un autre être qui exerçait une fascination vertigineuse sur lui. » Niki de Saint Phalle, dans la lettre adressée à sa fille Laura, publiée en 2023 dans un ouvrage baptisé Mon Secret.

Christiane Rochefort use dans son roman d’un ton impertinent pour désigner ce » Roi ». Cela étonne, cela bouscule.
Il lui manquait trop de choses à lui aussi mon père pour être Roi. Ou même chef de guerre ( ça lui aurait diablement plu). Il était seulement chef de famille, ce qui n’exige qu’un tout petit spermatozoïde au départ et de ça il était pourvu. Mais dans sa zone d’activité limitée, il montrait un génie non moindre que les plus grands. Impatienté par de mes accès de mauvaise volonté à répondre à ses invites, il me disait : » Si tu n’es pas gentille, ce sera la guerre.
Ce pouvoir absolu s’abat souvent dans un environnement toxique, de plus en plus toxique. “ Il était un fameux stratège », souligne Christiane Rochefort. Dans ce roman, le père revient à la maison après plusieurs années de séparation avec la mère. Il découvre sa fille. Mais c’est sa femme, la mère, qu’il fait d’abord » tomber sous sa coupe”. Mais, “ il n’avait pas l’air, à l’arrivée, de l’araignée tissant patiemment ses toiles pour sa petite mouche « .
Ce pouvoir absolu reprend les mêmes ficelles perfides. Dans le livre de Christiane Rochefort comme dans Une Semaine de vacances et LeVoyage dans l’Est de Christine Angot, le père incestueux tente de faire croire à sa fille que c’est une relation merveilleuse qu’ils ont nouée. Aucun autre homme ne l’aimera autant et aussi bien.

La perfidie est aussi dans le chantage à la mère. Qu’il s’agisse du père dans La Porte du Fond (C. Rochefort), de celui de Christine Angot) ou bien du beau-père dans La Familia grande de Camille Kouchner (où c’est son frère jumeau qui est incesté) et Triste tigre de Neige Sinno, le chantage s’exerce. Il faut protéger la mère de tout aveu. Elle le vivrait très mal et peut-être se suiciderait.


Pourtant, l’emprise peut s’exercer sur l’environnement de la victime par la gentillesse et une fausse complicité. Ainsi en témoigne Camille Kouchner dont le « beau-père adoré » abuse de son frère jumeau. Après avoir abusé du frère, il vient dans la chambre de la sœur pour acheter le silence.
Il entrait dans ma chambre, et par sa tendresse et notre intimité, par la confiance que j’avais pour lui, tout doucement, sans violence, en moi, enracinait le silence.
Le climat incestuel repose sur la séduction, le charisme, et l’emprise. Ce sont des signaux qui peuvent nous inciter à la vigilance.
à suivre…
Notice : texte de Line Marsan, rédigé sans I.A.
Illustration: L’image de couverture est réalisée avec Canva.
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Harold Cath 2 hours ago
Tellement complexe à exprimer et pourtant un fil très clair et évident à suivre. Excellent.
Line Marsan 2 hours ago
Merci beaucoup Harold. J'avance un peu à tâtons... mais avec deux parties futures en tête.