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WP-7
9-La prison
Fiction
Science fiction
calendar Published May 15, 2026
calendar Updated May 15, 2026
time 15 min

9-La prison

— Il fait quand même un peu froid, disait Coralie.

— Ça me rappelle mes classes.

— Tout te rappelle tes classes. C’est même ton plus gros problème. D’ailleurs, pourquoi il fait froid ?

Le dôme 687 avait été nommé ainsi à cause de la loi le mettant en place : la loi 687, créant le premier dôme-prison du système solaire. Pas bien grand, à peine capable d’accueillir entre 10 et 15 millions de prisonniers, ce dôme faisait partie des vestiges de l’Empire idéal où il était bon de penser que regrouper tous les problèmes en un seul point était plus efficace. L’avenir démontra que non.

— Pour que les prisonniers ne puissent pas s’échapper. Le sol est gelé et tous les détenus sont pieds nus. Ils s’arracheraient la peau à courir.

— Mais… c’est horrible.

— Faut pas s’enfuir.

Otis et Coralie n’étaient pas présents sur 687 de gaîté de cœur. Il y a encore deux jours, ils étaient en mission non loin d’Ukrainia, mais un appel urgent du haut commandement leur avait ordonné de tout arrêter et de rejoindre l’un des endroits les plus dangereux du système solaire, en stationnaire autour d’Io, lune de Jupiter. Ils avaient même dû, au préalable, refaire leur garde-robe. Si cela avait mis en joie Otis, Coralie détestait faire les magasins, mais il fallait bien ça pour venir dans le dôme le plus froid du système solaire.

La porte du bâtiment 687-ZE-23 s’ouvrit dans un bruit épouvantable. Une porte d’un autre âge, tout en dur, lourde, et dont les moteurs hydrauliques peinaient à leur tâche. De l’autre côté, une grande femme vêtue d’un simple uniforme. En comparaison avec les doudounes et les gants d’Otis et Coralie, on aurait dit que la neige avait rencontré le soleil.

Tous se regardèrent, aucun ne parlèrent.

— Le caramel a cuit trop longtemps, dit Coralie. Sans déconner, c’est un code à la con. On peut rentrer, il fait un peu froid.

— -_-… Oui, je vous en prie.

Et Otis et sa partenaire mirent pied dans l’enceinte du bâtiment avant que les portes ne se referment derrière eux.

— C’est par ici.Les deux espions de l’Empire suivaient sans trop se poser de questions cette personne qui connaissait les lieux comme sa poche.

— C’est un beau bâtiment, remarqua Otis.

— J’en sais rien, je ne suis pas guide touristique. Silence.

Otis et Coralie se regardèrent un peu gênés, puis plus aucun ne dit mot durant les 200 mètres qui les conduisirent à la rotonde du bâtiment principal.

— Mon chemin s’arrête ici. Voici le passe, dit-elle en tendant un bâtonnet magnétique.

— Parfait. Et pour la coupure des caméras ?

— Elles sont déjà coupées et ne se remettront pas avant une heure.

— OK, merci à vous.

La gardienne voulut partir, Otis la retint.

— Vous ne savez pas ce qu’on est venu faire, je me trompe ?

— Et je ne veux pas le savoir. Mon travail était de vous faire entrer et de couper les caméras pendant quelques minutes. Le reste ne me regarde pas.

— Vous devez quand même avoir une petite idée.

— Les petites idées, c’est bon pour les petits cons, et des petits cons, j’en ai plein mes cellules. Qui sait, un jour vous en ferez partie. Au revoir.

Et la grande dame s’en alla sans demander son reste.

— Je la trouve charmante, dit Otis à Coralie.

— Oui, t’as toujours eu mauvais goût. Allez, viens. L’ascenseur est là-bas.

La cage métallique mangeait les étages. Si Coralie regardait les numéros défiler, Otis, lui, la regardait avec un grand sourire à peine voilé. À un moment, elle n’en pouvait plus. Elle se retourna vers son coéquipier et dit :

— Quoi ?

— Je te trouve particulièrement en joie pour cette mission.

— Mais pas du tout. Qu’est-ce que tu racontes ?

— D’habitude, tu préfères la justice à nos méthodes, et ici, rien. Pas un mot. Je ne t’ai pas entendue râler une seconde.

— Je ne vois pas de quoi tu parles…

— …

— Bon, OK. Ce type est un enfoiré, il mérite ce qu’on va lui faire. Putain de pédophile qui emmenait des filles sur son île privée, dans un dôme privatisé par des riches. Il mérite de mourir. Je suis pour une justice équitable, il n’a rien d’équitable.

— Mouais… (en imitant Coralie) Non, mais la justice, c’est mieux. Blablablabla…

— Pas pour lui. Et arrête de m’imiter, je ne parle pas comme ça. Quand je pense que ce connard a une cellule pour lui tout seul…

L’ascenseur arriva.

— C’est nous qui l’avons demandé, pour ne pas être dérangés. Après toi.

Le couloir était long. De chaque côté, des portes de cellules en plastique permettant de voir à travers. Les pièces exiguës étaient remplies avec plus de gens qu’il n’était possible d’en mettre. Certains étaient allongés par terre, d’autres faisaient du sport, enfin certains se soulageaient. La vie privée n’était plus un droit quand on était prisonnier de l’Empire.

Ils arrivèrent devant la cellule, mais un parfum de déjà-vu annonçait de mauvaises nouvelles. Dans la cellule, un homme vieux était allongé dans son sang. Il ne respirait plus, son visage était bleu et ses mains pendaient le long du corps.

— Quoi ? Mais qui ? Il y aurait une autre équipe WP ? On nous aurait prévenus !

— Non, c’est… C’est… Puis il comprit.

— La gardienne. Celle qui nous a fait entrer, elle est du bloc commun.

— Quoi ?

— Il faut y aller. Ça sent mauvais.

Mais à peine avait-il dit ces mots qu’un gros bourdonnement résonna, suivi de cliquetis multiples. Toutes les portes de l’étage s’ouvrirent, laissant un peu perplexes Otis et Coralie.

— Et merde.

Les deux agents se dirigèrent vers l’ascenseur en passant entre les détenus sortis de leurs cellules pour comprendre ce qui se passait. Leur pyjama bleu d’une pièce et leurs pieds nus contrastaient avec les vestes rembourrées et les chaussures molletonnées des deux agents. Si au début aucun détenu ne les remarquait, juste après avoir eu le goût de la liberté, l’un d’eux attrapa le bras de Coralie. Il était grand, musclé, probablement qu’il passait ses rares temps libres à la salle de sport.

— Où vous allez, vous deux ?

Mais ni Coralie ni Otis ne répondirent. À la place, Coralie frappa dans l’entrejambe tandis qu’Otis poussa le visage d’un autre prisonnier contre un mur. En même temps que le costaud mit un genou à terre, Otis frappa un jeune prisonnier à lunettes, et tous les deux sortirent une lame de leur poche et la passèrent sous la gorge de leur prisonnier respectif.

— Les premiers qui nous emmerdent passeront de la cellule au vide spatial. Compris ?

Tous regardèrent tandis que les petites mains de l’Empire reculèrent jusqu’à l’ascenseur avec leur assurance-vie à bout de lame. Ils rentrèrent dedans et, au dernier moment, poussèrent dehors ceux qu’ils avaient martyrisés. Les portes se refermèrent.

— Eh merde. Mais pourquoi le bloc commun s’en prend à notre cible ?

— Parce qu’il avait aussi des liens, je suppose.

— Et les caméras ? On est dessus.

— Non, je ne crois pas. Elle les a coupées pour une longue durée afin qu’elle puisse s’occuper de la cible. Je ne pense pas qu’elle les a remises. Je n’ai rien vu qui bougeait.

— On devait faire passer ça pour un suicide.

— Oui, je sais. On verra les détails plus tard. On doit dégager. Je m’occupe de la gardienne, retourne au vaisseau et… Otis regarda le plan du batiment.

— Retrouve-moi à la sortie 239, d’accord ?

— T’es sûr ? Elle a déjà de l’avance.

— Il n’y avait aucun autre vaisseau où on était. C’est le seul autre endroit accessible. J’y vais direct, tu fais le tour. On se recroise de l’autre côté. Vas-y.

Et Otis quitta l’ascenseur par le couloir de droite, laissant sa collègue retourner au vaisseau. Il courut à toute vitesse. Son holonette à l’oreille, il traversa les couloirs sans se retourner. Parfois, il fallait ouvrir des portes (merci le passe), mais heureusement, personne ne lui demanda ses papiers, trop occupés à courir pour renfermer les prisonniers en liberté à l’étage.

— Otis, tu m’entends ? Je viens de rejoindre la Flèche, je décolle.

— Parfait, j’arrive à la sortie Est dans quelques pas. Récupère-moi là-bas.

Otis poussa une porte et se retrouva face à un mur de munitions arrivant vers lui. La pilote, qui essayait de rejoindre son vaisseau stationné non loin, tira à vue sur la détente. Il eut à peine le temps de se mettre à l’abri qu’une rafale transperça les murs et siffla à ses oreilles. Otis attendit. Il n’avait rien, ni arme, quoi que ce soit. D’ailleurs, comment était-ce possible de faire entrer une arme pareille dans l’enceinte d’un dôme pénitentiaire ? C’était plus qu’un indic ou un espion du bloc commun. Ici, il devait être haut placé.

Elle continua à tirer tout en reculant pour rejoindre son vaisseau. Elle voulut encore tirer une salve, mais sa mission était réussie, maintenant, il fallait surtout s’en aller. En fait, elle s’en voulait de ne pas avoir réussit a faire tuer ses deux soldats de l’Empire. Si au début c’était une bonne idée d’ouvrir les cellules, maintenant, elle regrettait de ne simplement pas avoir rebranché les caméras et les faire passer pour les meurtriers.

Otis attendait la bonne fenêtre. De temps en temps, il jetait un coup d’œil rapide, mais ne trouva rien. Pire, elle était presque arrivée à son vaisseau. Il lui fallait une idée, et rapidement. C’est à ce moment-là qu’il entendit un bruit de carlingue qui se déchire. Un peu surpris, il regarda. La Flèche était rentrée et avait foncé dans le vaisseau ennemi. La soldate avait plongé à terre afin d’éviter de se faire écraser. Elle se releva, regarda où Otis se trouvait. Il était en train de foncer sur elle. Elle chercha son arme, ne la trouva pas. Ce serait un corps à corps, plus le choix. Heureusement pour elle, il serait à égalité, car elle avait aussi une lame dans sa poche. Elle la sortit et prit position pour éviter le jeune soldat qui lui fonçait dessus.

Otis courait, la lame à la main. Son ennemi était relevé et avait sorti de quoi se battre. À en juger par sa position, elle n’était pas très forte au corps à corps : main en avant, l’une avec la lame, l’autre avec la paume écartée. Elle devait en être aux bases.

Arrivé à environ deux ou trois mètres, le commandant de l’Empire envoya son couteau à hauteur de poitrine. La femme se protégea, le couteau partit loin. Elle se reconcentra sur l’ennemi du bloc. Il était en train de faire une glissade entre ses jambes, impossible pour elle de le blesser, sa main était trop haute.

Otis se releva en tapant dans l’arrière du genou. Pour lui, c’était déjà fini.

Elle s’écrasa le genou à terre. Elle se sentait en position de faiblesse. Elle lança sa lame vers l’arrière en espérant faire reculer son ennemi, mais quelque chose l’en empêcha. Sa main avait été arrêtée net par Otis. Non seulement sa main était bloquée, mais elle sentit l’emprise autour de son cou. Il ne lui restait plus que ses yeux pour voir la mort arriver en face, à mesure que sa main tenant la lame s’approchait de son torse.

Là, elle se souvint de ce qu’elle avait entendu, des rumeurs concernant l’Empire. Des équipes ultra-réactives, les petites mains de l’Empire qui pouvaient accomplir des miracles. Il n’y avait jamais eu de preuves, que des bruits, mais là, maintenant, elle savait qu’elle avait en face d’elle une WP. Elle leur avait ouvert la porte, et à leur premier regard, elle s’était dit que c’étaient des idiots envoyés par l’armée de l’Empire pour faire ce qu’elle avait fait toute seule. Comment un gosse si souriant et d’apparence si faible pouvait-il se transformer en monstre insensible, en machine à tuer ? Qu’avait-il subi pour en arriver là ?

La lame s’enfonça dans la gorge. C’était fini. Le corps tomba sans faire de bruit.

Otis fouilla les vêtements, mais ne trouva rien. Il s’en doutait, mais voulait être sûr. Alors il se retourna et fonça vers son vaisseau avant que celui-ci ne décolle et ne quitte les lieux.

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