Ma décision est prise
OPINION • PRÉSIDENTIELLE 2027
2027 : rendre au peuple des prises
Pourquoi je soutiens Raphaël Glucksmann
Manifeste d’un compagnon de route socialiste, républicain, écologique et européen — sans carte de parti, mais non sans choix.
Par Audren Lombardini — 6 août 2026
Je ne suis pas adhérent du Parti socialiste. Je n’écris depuis aucun appareil et je ne sollicite aucune place. J’écris en compagnon de route d’une gauche qui doit retrouver le pays réel, le courage de gouverner et l’ambition d’agrandir la vie. Pour 2027, ma décision est prise : je soutiens Raphaël Glucksmann et je souhaite qu’il porte une candidature de gouvernement, de transformation et de rassemblement.

Ma décision est prise
La gauche française n’a pas besoin d’être plus bruyante. Elle doit être plus vraie.
Elle a trop souvent pris ses indignations pour des politiques, ses mots pour des preuves, ses fidélités de camp pour des fidélités morales. Elle a parfois parlé au nom des travailleurs sans parler assez de leur travail ; célébré les services publics sans entendre le silence des guichets fermés ; invoqué l’écologie sans prendre au sérieux le coût de la transition pour ceux qui vivent loin, roulent beaucoup et comptent chaque euro ; défendu l’universel tout en laissant prospérer des assignations, des haines et des doubles standards.
Pendant ce temps, le pays s’est rétréci. Le salaire s’épuise dans le loyer, l’énergie et le crédit. L’école promet moins qu’elle ne trie. L’hôpital tient par l’abnégation de ceux qu’il use. Des territoires entiers vivent l’État comme une distance, une plateforme ou un dossier sans réponse. Le citoyen vote encore, mais il doute que son vote atteigne les forces qui gouvernent réellement sa vie : rentes patrimoniales, chaînes industrielles lointaines, plateformes, prix de l’énergie, marchés financiers, concentrations médiatiques.
Nous n’avons pas seulement une crise sociale. Nous avons une crise de la prise : trop de Français ne savent plus sur quoi agir, où décider, à qui parler, comment infléchir le cours de leur existence. Le programme de 2027 doit commencer là : rendre des prises.
Marx comme méthode, jamais comme maître
Revenir à Marx aujourd’hui ne signifie ni restaurer un catéchisme ni absoudre les désastres commis au nom du communisme. Le XXe siècle nous a retiré le droit à l’innocence révolutionnaire. Aucun parti, aucune classe, aucune nation, aucune cause ne peut transformer l’être humain vivant en matériau d’un avenir radieux. Aucune idée ne mérite qu’on lui sacrifie ce qu’elle prétend sauver.
Mais Marx demeure une méthode irremplaçable : demander qui possède, qui décide, qui travaille, qui capte la valeur, qui supporte le risque et qui dépend. Ne pas moraliser la souffrance ; en modifier les conditions de production. Ne pas inventer des marionnettistes cachés ; suivre les flux, les droits de propriété, les rentes, les contrats, les monopoles et les chaînes de valeur.
Cette méthode conduit à un socialisme républicain et humaniste. La République lui donne sa forme commune. Le socialisme lui donne son contenu matériel. L’humanisme lui impose sa limite morale. La liberté réelle lui donne son horizon.
La liberté réelle, ce n’est pas seulement choisir entre des marchandises. C’est pouvoir refuser un emploi abusif sans tomber dans la misère ; quitter un logement indigne ; se soigner sans renoncer ; apprendre même lorsque l’on naît pauvre ; participer aux décisions qui engagent son métier et son territoire ; vieillir sans terreur ; aimer son pays sans haïr l’étranger.
Voilà la boussole. Il faut maintenant en tirer des preuves.
Première preuve : rendre sa dignité et son pouvoir au travail
Le peuple ne demande pas seulement qu’on l’aide. Il demande que son travail compte.
La gauche doit reparler de la fiche de paie, mais aussi du geste empêché, du temps volé, du trajet, de la cadence, du corps usé, du métier dont on retire la maîtrise à celui qui l’exerce. Aide-soignante, enseignant, chauffeur, ouvrière, agriculteur, livreuse, technicienne, artisan, agent d’entretien, cadre épuisé : le travailleur réel ne ressemble pas à une fresque militante. Il veut un salaire digne, une retraite juste, de la sécurité, de la considération et du pouvoir sur son activité.
Cela exige une revalorisation prioritaire des métiers essentiels ; des négociations de branche renforcées ; une codétermination réelle dans les grandes entreprises ; une sécurité sociale professionnelle qui maintienne le revenu et les droits pendant les reconversions ; une protection effective des travailleurs de plateformes et des indépendants placés sous dépendance économique.
La transition écologique ne sera juste que si aucun travailleur n’est jeté seul dans une mutation décidée ailleurs. Toute filière transformée doit garantir formation, maintien du revenu, solution territoriale et participation des salariés. Nous ne bâtirons pas le monde d’après sur les vies brisées de ceux qui ont fait tourner le monde d’avant.
Deuxième preuve : bâtir la République qui répond
Un droit inaccessible n’est plus un droit. C’est une promesse décorative.
La République doit redevenir une présence : une classe où l’on apprend, un hôpital qui soigne, un tribunal qui juge dans un délai humain, un train qui relie, un guichet où quelqu’un répond. La dématérialisation ne doit jamais signifier disparition.
Je propose une garantie territoriale des services publics, définissant des délais et des distances maximales d’accès à l’école, aux soins de proximité, à la justice, aux transports essentiels et à l’accompagnement administratif. Je propose un droit opposable à la réponse publique : délais garantis, décision motivée dans une langue compréhensible, recours simple, médiateur doté de pouvoirs réels, maintien d’un accueil humain pour les démarches vitales.
Cette République qui répond doit concentrer ses premiers efforts sur cinq réparations : l’école primaire et le collège ; le recrutement et la fidélisation dans la santé, le soin, l’enseignement, la justice et la police ; le logement social et intermédiaire ; la protection de l’enfance ; la lutte contre les déserts de services publics.
Il faudra financer. Donc frapper les rentes, les patrimoines excessifs, les successions dynastiques, les profits d’aubaine et l’évasion fiscale, tout en protégeant l’épargne de sécurité, les transmissions modestes et l’outil de travail réellement employé. La dépense publique doit être généreuse dans ses fins, rigoureuse dans ses moyens et vérifiable dans ses effets.

Troisième preuve : produire autrement pour répartir justement
Une gauche qui ne parle que de redistribution abandonne les lieux où la richesse est produite et le pouvoir organisé. Une gauche qui célèbre toute production oublie les corps, les territoires et les limites planétaires.
Il faut tenir les deux : produire et répartir. Cartographier nos dépendances vitales ; relocaliser des chaînes complètes dans la santé, l’énergie, le rail, l’eau, l’agriculture, les composants critiques et le numérique ; investir dans une industrie utile, réparable, décarbonée ; planifier l’énergie sur le temps long ; soutenir les coopératives et les reprises par les salariés.
Tout argent public doit désormais appeler une contrepartie vérifiable. Aides, crédits, commandes, garanties et sauvetages doivent être conditionnés à l’emploi, à la formation, à la décarbonation, à l’ancrage territorial, à la participation des salariés et à la transparence fiscale. Si l’engagement n’est pas tenu, l’aide doit être récupérée. Lorsque la collectivité sauve une entreprise stratégique, elle doit pouvoir entrer au capital et peser sur les décisions.
Une banque publique d’investissement social et écologique doit apporter le crédit patient que les marchés financiers refusent aux bifurcations longues. La commande publique doit cesser d’acheter seulement le prix le plus bas : elle doit intégrer le coût social, écologique, sanitaire, industriel et territorial.
Cette souveraineté ne peut être solitaire. Face aux empires, aux multinationales et aux plateformes mondiales, l’Europe est l’échelle de la puissance démocratique. Elle doit protéger ses infrastructures, investir, décarboner, défendre l’Ukraine, résister aux ingérences, imposer des normes sociales et environnementales, et redevenir capable de choisir son destin. L’Europe ne doit plus être le marché qui interdit ; elle doit devenir la démocratie qui rend possible.
Quatrième preuve : démocratiser sans désarmer l’État
Un État faible livre les pauvres aux puissants. Un État fort sans contrôle devient lui-même une puissance séparée. La question n’est donc pas : davantage ou moins d’État ? Elle est : quel État, contrôlé par qui, responsable devant qui, capable de quoi ?
Il faut renforcer le Parlement, ses moyens d’enquête et son contrôle sur l’exécution des lois ; introduire une dose de proportionnelle qui représente sans condamner à l’impuissance ; rénover le référendum d’initiative partagée ; organiser des conventions citoyennes dont le pouvoir reçoit une réponse obligatoire ; rapprocher les décisions des territoires sans rompre l’égalité nationale.
Surtout, il faut réinstaller la démocratie dans l’économie. Les syndicats, les branches, les représentants des salariés et les collectivités doivent participer aux choix de production, aux reconversions et à la planification. La démocratie ne s’arrête ni à la porte de l’entreprise ni au lendemain du scrutin.
La gauche de gouvernement devra aussi accepter ce mot difficile : choisir. Tout ne peut être premier, immédiat, gratuit ou non négociable. Gouverner, c’est hiérarchiser, financer, négocier, évaluer, corriger. La radicalité véritable n’est pas celle qui conserve tous ses slogans ; c’est celle qui transforme durablement les structures.
Cinquième preuve : refaire un peuple politique sans fabriquer d’ennemis
La nation civique n’est pas l’ennemie de l’universel ; elle est l’une de ses formes concrètes. Les solidarités vivent dans des lois, des écoles, des hôpitaux, des impôts, une langue commune et une histoire disputée. Une gauche incapable d’aimer la France sans exclure la laisse à ceux qui l’aiment mal.
Aimer politiquement la France, ce n’est pas l’innocenter. C’est la rendre plus fidèle à sa promesse. C’est dire à chaque citoyen qu’il n’est pas un invité sous condition, mais un copropriétaire de la République. C’est défendre une laïcité fraternelle : ferme contre les emprises, juste envers les croyants. C’est tenir ensemble sécurité républicaine et libertés publiques, car l’ordre juste protège les faibles contre les violences privées comme contre l’arbitraire de l’État.
C’est aussi tracer des lignes rouges absolues. L’antisémitisme, même codé, est la négation de la gauche dreyfusarde et la caricature de toute critique sociale : il remplace les structures par un peuple fantasmé et l’analyse par la haine. Le campisme commet la même trahison lorsqu’il excuse une tyrannie parce qu’elle combat notre adversaire. Les droits humains ne changent pas avec le drapeau de celui qui les viole.
Refaire peuple demande enfin une politique de la langue, de la culture et de la vérité : maîtrise du français comme bien commun ; culture générale populaire exigeante ; éducation aux médias et aux algorithmes ; pluralisme de la presse ; soutien aux auteurs, artistes, libraires, lieux culturels et médias indépendants. Un peuple libre a besoin de pouvoir nommer le monde, débattre sans s’anéantir et imaginer une œuvre commune.
Pourquoi Raphaël Glucksmann
Je soutiens Raphaël Glucksmann parce que son chemin politique permet de tenir ensemble ce que tant d’autres séparent : la justice sociale et la démocratie libérale ; l’écologie et la production ; la France et l’Europe ; l’universel et la protection des peuples ; la puissance publique et le refus de l’autoritarisme.
Je le soutiens parce qu’il refuse le campisme et nomme les tyrannies sans double standard. Parce qu’il pense l’Europe comme une souveraineté à conquérir, non comme une excuse à l’impuissance nationale. Parce que le projet collectif de Place publique remet les travailleurs, l’école, la santé, les territoires, la sécurité dans le droit, la révolution écologique et industrielle et la démocratie au cœur d’une même vision.
Je ne lui offre pas une adhésion sans exigence. Un compagnon de route n’est pas un courtisan. Il marche avec, il alerte, il propose, il rappelle la destination. J’attends de Raphaël Glucksmann qu’il parle davantage encore au travailleur réel ; qu’il fasse de la propriété, des rentes et du pouvoir dans l’entreprise des questions centrales ; qu’il promette peu, hiérarchise fermement et rende chaque engagement vérifiable ; qu’il rassemble les socialistes, les écologistes, les républicains humanistes, les syndicalistes, les associatifs et les citoyens sans parti autour d’un contrat de gouvernement clair.
La gauche perd lorsqu’elle préfère avoir raison seule. Une coalition n’est pas une addition de marques ni une distribution de places : c’est une discipline collective, un calendrier, des lignes rouges et quelques priorités que chacun accepte de servir. Il faut un leadership qui conduise sans posséder, rassemble sans flatter et tranche sans humilier.
Raphaël Glucksmann peut être ce point de passage. Non le sauveur d’un camp, mais le mandataire d’une œuvre. Non le candidat d’une gauche satisfaite d’elle-même, mais celui d’une gauche capable de reconnaître ses fautes, de regarder le réel et de gouverner sans renoncer à l’espérance.
Pour 2027, cinq engagements qui obligent
La campagne devrait s’ouvrir par cinq preuves simples.
Une preuve de vérité : publier les contraintes budgétaires, énergétiques, industrielles et administratives, puis chiffrer et séquencer les priorités.
Une preuve de justice : lancer une offensive contre les rentes et conditionner tout argent public à des engagements contrôlés.
Une preuve de protection : garantir des services publics territoriaux, une sécurité républicaine, une justice accessible et un logement digne.
Une preuve d’avenir : placer l’école, la recherche, la planification écologique et la souveraineté productive au premier rang.
Une preuve d’honneur : ne rien céder à l’antisémitisme, au racisme, au campisme, à la corruption de la vérité et aux politiques qui sacrifient les personnes à leur cause.
Je soutiens Raphaël Glucksmann pour qu’il porte ces exigences et qu’il les soumette au débat du pays. Je le soutiens comme compagnon de route socialiste, non comme adhérent d’un appareil. Avec loyauté, donc avec liberté.
La justice sociale ne vaut que si elle agrandit l’être humain : sa capacité de travailler dignement, d’apprendre, de créer, d’aimer, de transmettre, de se soigner, d’habiter, de participer, de contester et d’espérer.
La gauche ne mérite pas de survivre pour sauver son nom. Elle mérite de renaître si elle rend au pays un instrument d’émancipation.
En 2027, ne promettons pas le paradis. Rendons aux citoyens des prises sur leur vie, à la République la maîtrise de ses moyens, à l’Europe la puissance de protéger, et à la France le désir d’une grandeur commune.
C’est pourquoi je choisis Raphaël Glucksmann.

Contribution personnelle. Ce texte n’engage ni Raphaël Glucksmann, ni Place publique, ni le Parti socialiste.
Pour prolonger
Place publique, L’Acte I — notre vision pour la France en 42 chantiers.
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