LA MAUVAISE RÉPUTATION - Danyèl Waro - LEXIQUE
- l2. « Kouyon » : l’expression « couillon » est très largement employée depuis le haut moyen-âge. À l’origine, le « couillon », c’est le nias, le puceau. Dans nos sociétés bêtement pudiques, ce terme a glissé vers le sens d’ « imbécile », dans l’idée de « celui qui ne connaît rien à la vie ». J’imagine qu’en Créole, le sens est resté plus proche de son origine…
- l3. « Mon pat a tèr mon savat dé dwa » :
Mon pat à terre = les pieds au sol, est une expresson pour dire
« rester humble » (à la différence du « maître » qui a le pied à l’étrier ?)
Mon savat dé dwa = ma savate à deux doigts = ma tongue, la tongue étant la chaussure du petit peuple. J’ai gardé le mot ancien
« savate » que je trouve plus imagé et plus proche de la réalité que
« chaussure ».
- l4. « Fatr » : on reconnaît l’ancien terme « fat », qui désigne quelqu’un qui se donne des airs mais qui est en fait un pauvre type, un gars qui pète plus haut que son cul, celui « qui aimerait bien avoir l’air mais qu’a pas l’air du tout »…du coup j’ai traduit par « blaireau », mais on aurait pu tout aussi bien mettre « boloss », « glandu », « pauv’type », « tête de con » et j’en passe…
- l6. « bazar » : je conserve le mot bazar, issu de l’arabe (du persan bāzār = marché) qui veut tout simplement dire « marchandise ». On comprend dans le contexte que ce terme a conservé en Créole un sens beaucoup plus proche de son sens d’origine que le glissement qu’on lui connaît vers l’idée péjorative de « bordel » ou de « foutoir », glissement éminemment bourgeois et raciste. Connaissant un peu l’auteur du texte, on a quand même un peu de bordel là-dedans…
- L.8. « oté ». C’est une pure interjection. « Quoi, hein, hé, dis-donc, bon sang…» Même délire que dans de nombreuses langues africaines (genre « dé » dans les langues Bantous, dont sont d’ailleurs en partie originaires les langues Yoruba, Antillaises et Réunionnaises). C’est une expression purement orale, juste un son qui veut rien dire mais que tout le monde comprend.
- L11. « bat la lang » : battre la langue : jacter. On comprend bien l’image. J’ai ajouté « de » pour plus de fluidité dans la lecture. Le Créole éludant volontiers bon nombre d’adverbes, prépositions, articles, etc, cet ajout m’a semblé honnête.
- L12, 24, 48. « Park » : parce que. Si cette locution conjonctive est utilisée en français pour introduire la cause, l’usage semble plus souple en Créole. Je me suis donc permis quelques « souplesses » dans les traductions en fonction du contexte.
- L15. « larmé » : littéralement « l’armée ». C’est ici un jeu de mot avec l’âme (prononcé « lamé » en créole, très proche du coup de « larmé », vu que les « r » sont pas vraiment leur fort). L’auteur joue ainsi avec le sens du texte en faisant référence à l’armée qui a la loi dans l’âme alors que lui a plutôt l’humanité dans l’âme.
- L.24. « monyon » : la force. Le jeu de mot est particulièrement savoureux. La « force », sous-entendu la force armée. Effectivement, la force n’a pas de bras, mais en plus, elle est assimilé à un moignon, donc elle n’a vraiment pas de bras…
- L.25. « domi sapo blé » : littéralement « dormir comme un sabot de
blé » = dormir comme une souche. Cette expression désigne un
« fainéant », mais pas n’importe lequel. C’est le « fainéant » qui prend du bon temps pendant que les autres trimes, c’est le « maître », l’esclavagiste…J’ai traduit cette expression simplement par « sabot d’blé » à la ligne 28 pour conserver le sens littéral tout en lui donnant cette dimension expressive particulière.
- L.27. « Kal ». J’ai gardé le sens littéral, « cale », dans le sens d’une aide, d’un soutien.
- l.36. « gongon d-ki » : le mec qui sert vraiment à rien. « gongon » = le nul, « d-ki » = mais encore plus nul que ça. C’est là que la traduction montre toutes ses limites...Ayant gardé plus haut l’expression « dormir comme un sabot de blé », j’ai traduit « gongon d-ki » par « gros fainéant » pour conserver un lien direct entre ces deux expressions. Même si ce lien est implicite dans le déroulé du texte, traduire par « gros nullos » aurait créé une rupture. Je vous aurais perdu, bande de moules. En vérité, dans le texte Créole, et sans avoir recours à de telles subtilités, le lien entre
« ancien esclavagiste » et « grosse merde » est clairement et franchement établi, ce qui est difficile à rendre dans la traduction...
- L.38. « bat mon manyi » : battre mon corps. J’ai traduit par « vouloir ma peau »
- l.47-48. « Vèy pann amwin lo pé wa ni - Park bann zaveg, kan minm
ladi », ces vers sont un peu alambiqués…
« Vèy pan amwin » : Veille sur moi, « lo pé wa ni » : il est toujours là. En gros, il y a toujours un gars pour surveiller mes moindres faits et gestes.
« Park bann zaveg » : même avec les aveugles, « kan minm ladi » : ils le disent quand même. Soit, même avec des aveugles, ça va jazzer.
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