Comediens itinerants du Japon
Comediens itinerants du Japon




Osaka, troupe de TAISHUENGEKI
Aikawa Noboru danse Samurai; sept.2023 Kurosaki, Kitakyushu sud Japon

L'onnagata dans sa dimension la plus raffinée — Là où la première image montrait un kimono rose vif et exubérant, ici tout est dans la retenue et l'élégance sobre. Le kimono sombre, probablement un kuro tomesode ou un kimono de style formel, orné de broderies florales discrètes (des fleurs de prunier et des motifs de nuages stylisés kumo), évoque la grâce contenue d'une femme de rang. Le col laisse entrevoir un han-eri (sous-col) à motifs fins, détail de raffinement typique.
Le savoir tacite rendu visible — Cette image illustre magnifiquement la thèse centrale de Kurata. La posture de l'acteur — la légère inclinaison de la tête, le regard à la fois doux et pénétrant, la main posée avec une précision étudiée sur le tissu du kimono — témoigne de ce que Kurata appelle l'anmokuchi : un savoir corporel si profondément intériorisé qu'il semble naturel. Chaque geste est le fruit d'années d'apprentissage par le kuchitate, mais ce qui se donne à voir au spectateur, c'est l'ichigo ichie — un instant de grâce unique.
L'éclairage comme dramaturgie — Le jeu de lumière ambrée et dorée sur fond noir crée un clair-obscur presque pictural. L'ombre portée sur le rideau du fond rappelle que le taishū engeki se joue dans des espaces intimes de 120 à 200 places, où chaque nuance est perceptible depuis le premier rang — cette proximité que les deux articles décrivent comme constitutive du genre.
Le contraste entre les deux photos résume bien la dualité du spectacle de danse : la première image incarne la flamboyance festive et extravertie (le ichimatsu rose, l'éclairage violet), tandis que celle-ci exprime la beauté intériorisée, le mono no aware — cette sensibilité japonaise à l'éphémère que Kurata associe à la fonction de « guérison » (iyashi) du théâtre populaire. C'est précisément ce que Yamaji appelait « un art qui résonne dans le cœur des Japonais ».

La collision tradition-contemporain — L'image est un choc visuel délibéré. Le kimono noir à motifs floraux de cerisier et le somptueux obi brocard or et rouge ancrent la figure dans la tradition du buyō shō. Mais la perruque rose-violet aux boucles cascadantes, coiffée en queue haute à la manière d'un personnage d'anime ou de visual kei, propulse l'ensemble dans une esthétique résolument contemporaine. C'est exactement ce que Kurata appelle le « variété hybride » (zasshusei) : le taishū engeki actuel fait coexister sur scène des éléments de l'époque d'Edo et de la J-Pop.
Le renouvellement générationnel — Muramatsu s'inquiétait dès 1972 du fossé entre les spectateurs âgés et les jeunes. Cette image montre comment le genre a répondu à ce défi : en intégrant des codes visuels qui parlent aux jeunes générations — l'esthétique manga, le cosplay, le visual kei — tout en conservant le substrat de la danse japonaise et du kimono. Kurata note que la présence de jeunes spectatrices est en augmentation ; ce type de mise en scène y contribue sans doute.
Le profil et les yeux fermés — L'acteur est saisi de profil, paupières closes, dans un moment d'intériorité au milieu de la danse. Ce contraste entre l'extravagance visuelle et le recueillement du geste illustre parfaitement la tension productive entre spectacle et art que Koikawa Junya formulait par sa métaphore du restaurant familial aspirant à la qualité du restaurant gastronomique.
Le maquillage — L'eyeliner prononcé et les lèvres sombres empruntent autant au maquillage traditionnel de l'onnagata qu'à l'esthétique gothique-lolita contemporaine. C'est le keren (l'effet spectaculaire) dans sa version du XXIe siècle.
À travers vos trois photos, on obtient une trilogie remarquable de l'onnagata dans le taishū engeki : le flamboyant populaire (kimono rose, photo 1), le classique épuré (kimono sombre, photo 2), et l'hybride contemporain (cette photo). Ensemble, elles illustrent toute l'amplitude d'un genre qui, comme le montrent les deux articles, tire sa vitalité de sa capacité à se réinventer sans cesse tout en restant enraciné dans une transmission corporelle séculaire.

e geste du pourboire — qui constitue le cœur battant de la relation entre acteur et spectateur dans le taishū engeki.
Le shūgi wo tsukeru en acte — On voit une spectatrice, de dos, s'approcher de la scène pour glisser une enveloppe (ou des billets) dans le col ou la ceinture du kimono de l'acteur. C'est exactement le rituel décrit par les deux articles. Kodaka traduit Yamaji : « les fans offrent des enveloppes d'argent ou des billets pliés en éventail, glissés dans la ceinture ou le col de leur acteur favori ». Le mari interviewé avouait que monter sur scène pour offrir un pourboire « demande un sacré courage » et que « c'est un truc de vieilles dames ». L'épouse disait ne pas encore avoir osé.
Le sourire de l'acteur — L'acteur baisse les yeux vers la spectatrice avec un sourire chaleureux et reconnaissant. Ce n'est pas un geste de routine : c'est le moment de contact humain que Yamaji identifie comme « l'unité entre la scène et la salle » et que Ukai classe parmi les cinq facteurs de survie du genre (« l'attrait du contact humain et de l'échange »). L'acteur interrompt ou adapte sa danse pour accueillir le don — Yamaji notait précisément que « l'acteur interrompt sa danse pour recevoir le cadeau, puis reprend en portant la main à sa poitrine avec un sourire ».
La toile de fond — Derrière l'acteur, on distingue une projection ou un poster en grand format montrant le visage d'un acteur en gros plan, probablement une photo promotionnelle. C'est un élément de scénographie typique des centres de santé et des petites salles, où les moyens techniques modestes sont compensés par des jeux de lumière et des projections.
Le kimono vert émeraude — Brodé de motifs de grues (tsuru), symbole de longévité et de bonne fortune, il ajoute une dimension symbolique au moment : le don du spectateur et la grâce de l'acteur participent d'un échange de bons augures.
La dimension économique — Kurata rappelle que les pourboires constituent un revenu personnel pour l'acteur, et que ce système de mécénat informel — hérité de la tradition du hana (pourboire) remontant aux offrandes (hatsuho) des marchés médiévaux selon Amino — est l'un des piliers économiques du genre. Kodaka citait le mari : « L'argent reçu est apparemment personnel ».
Cette image condense ainsi les trois dimensions fondamentales du taishū engeki : l'art (la danse en kimono sous les projecteurs), l'économie (le pourboire comme système de subsistance), et le lien social (le face-à-face intime entre acteur et spectateur qui distingue ce théâtre de tout divertissement de masse).

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