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Refugee blues
Non-fiction
Culture
calendar Published Apr 14, 2026
calendar Updated Apr 14, 2026
time 3 min

Refugee blues


W.H. AUDEN (1907-1973)

REFUGEE BLUES


Voilà une ville avec dix millions d’âmes dans ses murs,

De belles demeures pour certains, pour d’autres une masure

Pourtant, chérie, nous n'avons pas notre place ici, nous n'avons pas notre place ici.


Nous avions un pays autrefois que nous trouvions très beau

Cherche dans l’atlas, tu le trouveras, mais là-haut,

Impossible d’y aller maintenant, chérie, impossible d’y aller maintenant.


Dans le cimetière du village pousse un vieil if qui refleurit,

À chaque printemps, mais maintenant, chérie,

Les vieux passeports ne peuvent en faire autant, ne peuvent en faire autant.


Le consul a tapé sur la table: « vous n’avez pas de passeports

Dit-il, vous êtes officiellement morts »:

Mais nous sommes bien vivants, chérie, nous sommes bien vivants.


Je me suis rendu au comité; ils m’ont dit de m’asseoir;

M’ont poliment prié d’attendre l’année suivante pour les revoir:

Où irons-nous donc aujourd’hui, chérie, où irons-nous?


Je suis allé à une réunion publique; l’orateur parlait bien;

« Si on les laisse entrer ils vont nous manger notre pain quotidien »:

Il parlait de toi et moi, chérie, il parlait de toi et moi.


J’ai cru entendre l’orage dans le ciel;

Hitler faisait trembler l’Europe: « il faut que meurent les enfants d’Israel »:

C’est à nous qu’il pensait, chérie, c’est à nous qu’il pensait.


J’ai vu un caniche, une belle aiguille tient la veste qu’il porte,

Et pour laisser entrer le chat, ils ont laissé ouverte la porte:

Car ce ne sont pas des juifs allemands, chérie, ce ne sont pas des juifs allemands.


En descendant au port près d’un quai déserté,

J’ai vu des poissons nager en totale liberté:

À seulement trois mètres, chérie, à seulement trois mètres.


J’ai traversé un bois, vu dans les arbres les oiseaux;

Leur peuple n’a pas d’élus, et libres, ils chantaient sans repos:

Ils n’étaient pas de la race des hommes, chérie, pas de la race des hommes.


J’ai cru voir en rêve une immense tour apparaître,

Elle avait mille étages, mille portes et mille fenêtres:

Pas une n’était la nôtre, chérie, pas une n’était la nôtre.


Debout sous la neige qui tombait, je me tenais

Sur une grande plaine où dix mille soldats allaient et venaient:

Toi et moi ils nous cherchaient, chérie, toi et moi ils nous cherchaient.


(W.H. Auden, 1939, « Ten Songs », Another Time, N.Y., Random House, 1940)


[Photo: BreakingHomeTies_street-market_copyright-National-Center-for-Jewish-Film-copy.jpg]


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