Acte I Scène 3
Acte I Scène 3
Acte I Scène 3
”Maudits” proférait Jacques de Molay au front
Des rois mortels. Moi, je le crie pour l’abandon 395
Des hommes, des cieux, pour la mort des idéaux,
La fin de la sagesse et la laideur des mots,
Aux vœux de n´néant, à la santé de l’utile
Au trône du moi, exalté, morne et puérile
Sur nos crânes baissés n’ayant que notre image 400
Pour unique voie, pour unique paysage
Et des flots incessants, lourds, blêmes, enfantins
Pour nos lèvres couvrir des douceurs d’un embrun.
Ah ! Les yeux ´égarés sur de lourdes raideurs
´Etouffés de confort, effrayés du labeur 405
Ils crient au rien, abrutis et privés
De sentir, de penser, de guérir ou d’aimer
Parmi les enseignes colorées du destin.
Comment ? grandir, vieillir pour passer son chemin
Ne garder point d’amour et détester les hommes, 410
N’être qu’un besoin cru, qu’un idiot en somme
Pour mieux vomir encor, jouir, hurler ou craindre
Est-ce ainsi, donc, pour vous, que chacun doit se peindre ?
Vous soufflez des longueurs mais n’en cueillez le fruit
Mutilant des pensées pour détruire la vie. 415
Oh non, votre bonheur, votre science bafouée,
Vos ivresses, vos arts, vos rires, vos baisers
Vos grandeurs, vos familles et vos religions
N’ont de vérité que la perversion
Et honteuse, à jamais, la raison abandonne 420
Meurtrie, tuméfiée, ses fils qui l’empoisonnent.
Dois-je donc accepter, accablé d’un sourire
Que marchent sur mes vœux les légions d’un empire ?
Ces bataillons d’idées, à la traîne de fange
Leurs nuques distordues pour un baiser étrange 425
Me faut-il les tenir, les serrer, les comprendre
Et faire de mon humanité un tas de cendres
M’accrocher à la hart, périr en équilibre
Et attendre la chute, afin, oh, d’être libre ?
Me faut-il ignorer ce que je tiens pour vrai 430
Si fermement que mon esprit devient violet
Et fond et se dilue dans la cire nacrée
Coulant du feu abscons de ce cierge éthéré ?
Cette angoisse crue, cette incandescente peur
Qui trace sous mes yeux des fragments de l’horreur, 435
(Oui, fragments seulement, car non, nul n’imagine
Que des crimes abstraits, des douleurs orphelines
Des visages floutés à la place des corps
Et des chiffres muets pour figurer les morts),
D’une reine brisée à chercher l’oxygène 440
Et n’aspire dans l’air que l’ombre du graphène
Et sa peau décharnée, la dartre sur ses flancs
Qui crachent des lambeaux emportés par le vent ?
Et son sang moribond, plein de songes obscurs
Dans ses veines draguant le strident des saumures, 445
Et ses cheveux épars, gris, naguère si beaux
Qui claquent sur son front comme un morne drapeau
Vidant son crâne blanc, par leurs tombes stériles,
Et ses yeux, et ses reins, et ses rondeurs fertiles
Devenues maintenant désert, marasme et nuit, 450
Une terre sanglante, une vallée sans pli,
Cette reine debout à l’amour torturé
Où tout, un jour fut précieux, où tout est souillé ?
Les yeux vers des cieux plus beaux, blasée et meurtrie
Elle frappe d’un pas un horizon de pluie 455
Déferlant sur ses pieds et cette laideur nue
Qui hante les cerveaux et recouvre les rues.
Un univers brûlant dévore ses pensées
Un lieu d’angoisse, de cris, de fragilité
Qui tient place de vie, de gloire et de linceul 460
Et sa course pressée ne tend que vers le deuil.
Oh marche jeunesse, à l’éclat de tes mystères
L’espoir est dans le vent et les pleurs à la Terre,
Marche, s’il faut, debout, une vertu au cœur
Déchirer dans ta course un avenir d’horreur 465
Et rendre aux coupables, aux frêles victimes
Les leçons d’un honneur et d’un courage sublimes.
Puisqu’il faut tout détruire, écroule donc ces murs
Qui torturent l’oiseau et ferment l’écriture
Élimine les noms, mais garde les visages 470
Renversant les dieux, jure d’aimer dans ta rage !
Les haleurs du cœur ne seront l’Ignorance
La Douleur et la Mort, la Haine et la Vengeance,
Mais les lieux de l’esprit et les lieux de la chair
Puisant dans la liberté l’autorité suprême, 475
Flairant sur un autel l’odeur des chrysanthèmes
Que déposent en nous les forces d’un vestige
Les gloires d’un trait et le verbe d’un vertige.
Nous ferons des jardins, aux fraîcheurs de la pluie
Des larmes, des rosées au début de la nuit 480
Pour abreuver la Terre et là, bénir l’aurore,
Étreindre nos effrois et entendre les morts.
Il est des saisons sans fin, qui enflent les cœurs
Et des amours fous à s’éteindre de douleur ;
Il est des sabliers qui passent impassibles 485
Et des yeux qui cherchent un abri invisible,
Des mains nues sans douceur qui déchirent une peau,
Des calleuses idées qui flattent nos héros,
Il est des regards fuis, des moineaux sur les cimes,
Il est une humanité au cœur de l’intime. 490
Et nous, fils du soleil et d’un siècle à genoux
Nous, oiseaux sans augure, étincelants de boue
Épris de vérité, nos muscles trembleront
Pour faire de la Beauté l’unique horizon ;
Non des spéculations, toujours, sur des blessures 495
Des supériorités livrées mais sans dorure
Mais ce lieu puissant, ce regard infini
Pour être à jamais, l’hymen des yeux attendris.
Nous serons des penseurs, du passé les prophètes
Clamant que chaque époque connut sa tempête 500
Mais conscients, tristes, au regard de la nôtre
Que ces cieux troublés, non, n’en valent pas d’autres
Puisque tout s’effondre et qu’il n’est qu’un vœu à faire :
Que nos luttes soient les pires, pas les dernières.
Mais il est des murs qu’un cœur ne sait plus gravir 505
Et des chemins qu’un mot ne peut plus parcourir
Quand ils ne sont de chair mais produits d’irréel
Qu’ils font mentir Ovide à ne plus voir le ciel.
Ce ciel, cette immensité maintenant vaincue
Puisqu’il brille moins d’astres que de détritus, 510
Lui, cette toile bleutée, qui devient abîme
Tant il semble crier la laideur de nos crimes,
L’as-tu touché, une fois, sans arme ni peur
Lui, aux jours brûlants et aux nuits de noirceur
Qui fut pourtant baiser, danse, chant, voix et âme, 515
Pour le sentir gémir sous l’horreur de vos flammes ?
Car rien ne résiste aux dos courbés sans fin
Et au monde hideux, tenu entre tes mains !
Va chercher, si tu veux, au profond des virtuels
Un avenir perdu, chargé d’artificiels 520
Une route t’emmène au loin de l’Atlantique
Puisqu’il n’est plus d’eau qui ne supporte un plastique.
Va, le fruit du labeur, écrire sur une plage
Ces mots trop usités que balayera l’orage,
Ces mots d’amants, clamés, sans un amour profond, 525
Mais si d’aucuns l’ont fait, d’autres le feront.
”Les pensées reculent quand les marées s’en viennent”
S’il fallait commenter l’horreur de cette peine
Cette larme qui se tient là, pour un regard
Un peu d’amour voulu, demandé au hasard. 530
Puis, quand viendra à toi, et ta marche rapide
Notre monde fini, le silence et le vide
Quand tout s’effondrera, l’individualité
Saura vivre des peurs de la communauté.
Et loin des bras tannés, loin des grands fronts d’airain 535
Loin des amours perdus des plaines de Verdun
Loin de mon cœur qui bat et crie comme un tambour
Ces perles de tendresse aux parfums de velours,
Il restera dans l’air, disséqué par l’étude
La tristesse de nos fleurs sur des solitudes. 540
Dussiez-vous d’un futur ignorer la conscience
Il n’est d’homme sans temps, de raison sans souffrance,
Dussiez-vous avancer, forcer l’être à la mort
La fin des esprits devance celle du corps
Et rien n’excusera vos troupes sans révolte 545
Incapable foule d’assurer la récolte,
Et j’ai perçu, parfois, au secret de la nuit
Un châtiment pour l’abandon des poésies.
Car, chaque chair meurtrie, chaque frère battu,
Chaque réel trahi et chaque mot perdu 550
Sont autant de croix, de pieux comme des morsures
Sur l’épaule à vif qui soutient votre nature.
Ce gigantesque Atlas, blotti dans les papilles
Ne chérissant que la voix d’une âme qui brille
N’a qu’un ciel de son, de paroles, qu’une toile 555
Où d’immenses couleurs font office d’étoiles
Et sans dieu, sans faute, a choisi l’humanité
Dans son unique expression : la libre Beauté.
Mais quand les voix sont crues, évidées de leurs sens
Quand les peuples n’ont de glorieux que la souffrance 560
Vaniteuse, affichée, brandie comme un poème
Sans comprendre pourtant le noir des chrysanthèmes,
Quand la grandeur n’est qu’ombre et le rire sacré,
Qu’il n’est plus que le bruit des bouches décharnées
D’une ironie féroce aux tendresses du sage, 565
À ces ailes tendues des oiseaux de passage,
Notre Atlas infléchi lutte contre le mot
De rendre aux gravités ce qui devient fardeau.
Ce mot malheureux, grimé par de mornes vers,
Dessiné par l’absence, aux nues sur la Terre, 570
De ce qui nous fut beau, de ce qui nous fut bon
N’est que le poids visqueux d’une putréfaction :
Celle de nos printemps, brûlés dans nos entrailles
Ces soldats oubliés sur le champ de bataille.
Oh pourtant, que d’espoir ont fait du tableau long 575
Un rêve d’infini, que des mains sans soupçon
Ont tiré un fil d’or sur la tapisserie
Pour voir sourdre un motif au travers de l’ennui.
Mais l’histoire s’énonce au creux de l’énergie
Et des monstres noirs ont reçu notre génie, 580
Sans appas, sans armée, mais la voix des promesses
De ces discours en peine au parfum des largesses ;
Sans conquête mais loin des ornements subtils
Qui font d’une idée l’œuvre et l’amour d’un idylle
Au profit (Oh, que l’échange fut misérable) 585
D’une grossière maille aux nœuds inextricables
Et des pesants retours, des cerveaux en miroir.
Quand tout revient `a soi, l’aurore devient soir.
Et tout s’éteint, tout fond, sous les coups des blessures
Ne formant qu’un amas noir, hideux, sans futur 590
Et s’ébattent les cœurs dans la fange des plaines
À noyer leurs envols dans l’ardeur de leur peine.
Triste génération sans rien à conquérir !
Quelques êtres debout ont détruit des empires
Et jurant, fabuleux, de briser les mitrailles 595
Affutèrent le grandiose des tenailles
Et pour que l’idéal jamais ne soit vaincu
Ont répandu leurs sangs sur des pierres repues.
D’autres, lâches, vénaux, ont trahi le combat
Pour engendrer l’enfer et tu choisis ceux-là 600
Et ton crime est plus grand que les croix du passé !
D’aucuns, pétris de peur, tentent de parfiler
Par des crochets rouillés la toile universelle
Pour l’insertion, enfin, d’une voix personnelle.
Mais les cieux sont d’étain et l’horizon de cuivre. 605
Sur les mots désuets il n’est plus rien `a vivre
´Ecorchant leurs pensées sur des roches de feu
Un maigre fil d’Ariane, là, traînant derrière eux
Les rassure et les unit. Le secours devient guide
Au creux des vérités qui lentement se vident 610
Et en fières processions, ils vont, terrifiés
Se renfermer encore dans l’odeur des charniers.
Mais le poète seul, qui, la torche `a la main
Trace sur le néant des fleurs et des jasmins
Sait qu’il lui faudra, calciner jusqu’au sang 615
Ces liens monstrueux, à l’esprit gémissant,
Ne rien épargner, des regrets trop faciles
Et affronter debout les vapeurs des bacilles.
Le crépuscule flambe et l’aurore se lève
Et la plume toujours courra après ses rêves, 620
Ces rubans d’infini, dessinés sur la toile
Pour écrire un ailleurs et parfois des étoiles.
Il faudra, pour les voir, des milliers de bras
Qui briseront leurs os sur de sombres éclats ;
Il faudra, pour sentir le souffle des rosées 625
Recouvrir la plaine d’innombrables baisers ;
Il faudra, pour entendre le chant des puissances
Que des verves unies acceptent le silence ;
Il faudra, pour aimer, (ultime prophétie)
Des mains par millions dans le grand incendie ; 630
Oh, mais, il faut un cœur au soufre du trépas,
Heureux de prendre part au dernier repas
Pour liquéfier le plomb sur la teinte des hommes
Et vaincre toujours l’exil par une paume.
Si le monde n’offre qu’une larme orpheline 635
Sous le chant du basson, moi, j’offre ma poitrine,
J’offre un muscle sanglant qui a perdu son âme
Et une vie réduite à des lunes en flammes.
Puisse une escarbille sourdre au ciel de ma peau
Ce triste soleil noir servira de flambeau 640
Qu’il soit brandon, falot, feu de paille et de feurre ;
Qu’il soit gorgé de sang et sans une couleur ;
Qu’il soit éternité ou souffle d’un instant
Coulant, entre deux pluies, dans l’ombre et dans les champs
Qu’importe ! Il est des secondes d’absolu 645
Qui emportent loin ce qui devait n’être plus
Et tout s’embrasera, sous l’acte des puissances,
Et j’ouvrirai ma peine `a verser mon essence,
Pour sublimer de feu cette horde de fer
Et rendre le futile aux gardiens de la Terre. 650
Oh, je sais que rien ne donne et qu’il faut rendre
Cette dépouille crue que l’ennui ne veut prendre.
Mais d’un sort plus clément puis-je avoir les faveurs
Pour des nerfs attifés de toutes les noirceurs ?
Et d’un espoir lucide aux forges du travail 655
Puis-je avoir d’autres choix que les eaux de l’aigail
Déposées au matin, attachées sur les feuilles
Des ramées nouvelles pour ronger mon linceul ?
Non, sans distraction, imbécile géhenne,
Maudissant le sommeil d’interrompre ma peine 660
J’exercerai mon arc à percer des mystères
Pour que jaillisse enfin l’obscur éclat solaire !
Ah, si le mot est pur, le geste devient sombre
Et mon âme s’agite au profond des pénombres
S’il en est quelques uns, en soldat de l’espèce 665
Pour tenir une vie aux chaînes des prouesses
Ces géants de vertu à mépriser le vice
Conduisant la paresse au noir des précipices,
S’ils peuvent s’élever, rester debout, bien droit
Et sans crainte avancer sur ce chemin de croix, 670
Si tout peut donc brûler, sous leurs pas sur le roc...
Mais l’altière fierté abandonne l’époque
Et nul n’arpente plus les sentiers de la gloire
Puisqu’il faut être roi sans l’horreur de se voir.
Si les vœux d’horizon reviennent `a partir 675
Pour tracer son chemin juste avant de mourir,
Oh qu’importe l’homme et qu’importe les ténèbres
La lumière s’accroît le long des voies funèbres
Puisque j’en ai le cœur, j’en obtiendrai le corps.
Et s’il n’est d’amateur du parfum de l’effort 680
Pour des fleurs en bouquet, de ronces ou lilas
Je déploierai ma vie aux affres du combat.
Mais l’envie d’une main n’a des roses des yeux
L’enivrante longueur des déclins voluptueux
Ni du repos cherché l’admirable fraîcheur 685
Celle des noirs tombeaux propices aux rêveurs.
Oh, quand viendra sur ma peau, s’écouler l’orage
Répandant de ses feux le chagrin du naufrage
Sans cadole en abri j’irai chercher fortune
Au hasard des amis sous les roues de la lune, 690
Puisqu’il faut être homme, avant d’être prophète
Et répandre sa vie sans penser aux conquêtes
Qu’emportent les ruisseaux nos heures vagabondes,
Dans leurs flots impétueux les rubis de la fronde,
Quand l’heure jaillira d’épandre les serments 695
Les regards acérés au fureur de nos rangs
Sur des monts calcinés pour occuper ma peine
J’irai grossi d’une humanité lointaine.
Mais à graver ainsi, en ma chair des tableaux
De vérités, loin des luttes ou idéaux 700
De longues avenues, pour biguer des fuites
Et d’immenses bâteaux sous des cieux de graphite
À sillonner sans voir les ivresses du temps
Où chacun se conçoit aux reflets des courants,
Les ronces déchirées n’auront plus pour écume 705
Que l’odeur surchauffée du goudron sous l’enclume !
Oh non, quand une marche veut devenir vol,
Nul pas ne se doit perdre au vent des farandoles,
Nulle lueur ne doit réduire la clarté
D’un soir couchant, hormis les songes étoilés 710
D’un Pierrot éprouvé au chagrin des fortunes
À chanter Colombine aux sanglots de la Lune,
Et nulle mollesse s’offrir aux bras martyrs
Quand leur vigueur ne croit qu’`a l’envie d’en finir
De jouir, la rage au sang, d’un dernier coup d’estoc 715
Porté sur les flancs graisseux des poisons viscéraux.
Si détruire est bien peu, bâtir demeure tout
Et d’une main nervée, loin des feux et des fous,
Il faudra aux passants de diaphanes semelles
Pour contempler la Terre et regarder le Ciel. 720
Je sens s’appesantir mes membres d’un air grave
À la vue du sentier que des idéaux pavent
Oh quelques fois, d’effroi, de larmes et de doutes
Mais rien de plus abject qu’un monde qui dégoûte
Du chant des printemps aux frais accents des grillons 725
D’un automne assiégé sous l’assaut des flocons,
Qui écœure à vingt ans des fertiles rosées,
De pleurer galibot, creusant dans sa tranchée,
Pour constituer l’épargne aux princesses modernes
Qui croquent la pierre et disent ”oui”, d’un oeil terne ! 730
Oh malheur, suis-je Cassandre à mes propres bras
Si ma fureur échoue aux portes du combat ?
Quel dieu moqueur crache entre le corps et l’âme
Et, scellant son tableau, me scella dans les flammes ?
De geindre cessons donc ! De filandreux venins 735
Percolent sur tes nerfs, paralysent tes mains
Et égarent tes pas sur des sphères réduites !
Mais le nom que tu veux, pour régir ta conduite
Couarde et hypocrite aux coups d’un mauvais sort
Porte le sombre écho de ton triste remords 740
De mon triste remords, vieux lâche arrogant !
Tu le porteras jusqu’`a ton souffle expirant !
Tes poignets se ceignent d’un bandeau de brocard
Par tes mains agitées dansant sous ton regard
Et cet étroit serpent, par Hercule apeuré, 745
Rampe jusqu’`a mon cou sans peur de s’y loger
Et entre dans ma bouche, à brûler l’oxygène
Et insuffle aux idées la laideur des gangrènes !
Ah, est-il donc un bien qui ne soit point fatal
Qui peut être choisi sans décider un mal ? 750
D’invisibles passés planent sur l’amnésie
D’une terre enchâssée d’un immense ennui.
Ces ténébreux corbeaux, aux atours du mystère
Ont pour mes yeux vivants le contour des lumières
Mais l’antique vertu, aux exemples pugnaces 755
N’est qu’une opprobre, aujourd’hui, sans gloire d’Horace.
Mon être fatigué, plus usé aux genoux
Ne partage rien, ni le rire, ni le goût
Et aspire à garder, au fond de sa poitrine
Son sang préservé des efforts et de la ruine. 760
Là, fut-il contraint d’entendre, aux rayons du Soleil
Les longs cris de sa mort amputés de sommeil !
Que frappe donc ce cœur, quels mots s’illuminent
Aux sueurs des idées, seules et orphelines
À chercher sans espoir ce bras armé d’un glaive 765
Peignant une vérité qui ressemble au rêve ?
L’inutile est précieux, mais la douleur est pure
Et inscrit en mes os la sentence ”parjure”
Si profondément que, de ma vie la poursuite
N’est plus qu’un vaste exil en priant la fuite. 770
Fuir, si des tremblements gauchissent ce rasoir
Il me faut l’horizon pour seule trajectoire.
Que la route s’ouvre au roulement de mes pneus
Voici ma liberté, le succès de mes vœux,
Voici le chant obscur qu’entonne ma voix, 775
Rejetant le silence et recherchant ses droits.
Si le monde n’est plus, est-ce donc l`a un crime
Que refuser d’être Dieu ou d’être victime,
D’égarer sa conscience en égarant son nom,
D’oublier son dégoût dans l’océan profond ? 780
Et j’irai enterrer un être artificiel,
”Plus vite, plus vite, plus vite” me dit-elle.
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