la « pierre philosophale »
« Le bonheur est quelque chose de si vague que nous sommes réduits à le rêver », suggère, sans doute avec « bonheur » le Comte de Belvèze. Mais « le rêver » ne veut nullement dire nous réfugier dans le songe, échapper au réel afin que, devenu une utopie, un genre de paix puisse nous être octroyée. Le rêve dans son acception ordinaire est trop connoté telle une fuite, un refuge dans le seul imaginaire, l’activation du registre de l’inconscient. Au rêve freudien « pur et dur », substituons donc la pratique du rêve éveillé dont l’essence se rapproche de l’état de méditation auquel je faisais référence il y a peu. L’avantage décisif de ce type de rêve - que nous pourrions nommer plus adéquatement « conscientisation » -, c’est qu’il met en jeu notre propre volonté au gré de laquelle nous ordonnerons, à nouveaux frais, l’éventail faussé de nos perceptions, organiserons la hiérarchie de nos sensations. Une certaine façon d’opposer à nos « vices » les plus ordinaires, l’illumination de nouvelles vertus. Nécessairement, beaucoup, fascinés par les « félicités » immédiates de la jungle consumériste se gausseront de cette inclination présentant, par bien des aspects, le visage d’un rigoureux ascétisme. Certes, tâcher de capter une parcelle de bonheur engage la personne humaine dans la totalité de sa nature. Il ne saurait y avoir de bonheur gratuit, de pochette-surprise au fond de laquelle il nous attendrait comme les croyants le Messie. Le bonheur se mérite ou bien alors il n’est que piètre satisfaction, écorce d’un fruit dont on se débarrasserait après l’avoir mangé. Le bonheur, c’est identique à la joie du sportif à l’issue du marathon. Entre la fortune immédiate qui sourit et les souffrances qui en ont permis l’éclosion, il y a toujours une nécessaire tension, la valeur ne résulte que de ceci et serait bien fat celui qui escompterait l’octroi d’un délice qui n’aurait eu, dans ses fondements, la nécessité d’un effort à produire, parfois d’une douleur à éprouver dans sa chair ou bien son esprit.
Nous regardons la comtoise, le paysage, la Fille, nous les soumettons à un long temps de maturation, à une alchimie dont ils seront, chacun à leur manière, la « pierre philosophale » que nous attendions dans l’ombre avec le secret espoir que la lumière, un jour, les atteigne. Jamais clarté ne se donne d’emblée. Toujours le temps est le médiateur de nos avancées les plus franches, de nos progrès les plus décisifs.
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