Eth Miscuàth : Daniel V2
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Le réveil
Dans la nuit artificielle, des sons familiers commencèrent à se frayer un chemin. Tout d’abord, lointains, feutrés, puis progressivement plus près et plus aigus. Des odeurs aussi, qui virent s’ajouter à des bips répétitifs, dans une résurgence de conscience. Et c’est très probablement ces souvenirs olfactifs qui furent le plus marquant et qui, de ce fait, prirent les rênes du réveil.
Daniel ouvrit les yeux, juste avant de ressentir cette gêne imposée par les bandages autour de tête. D’autres ceignaient son bras gauche, un plâtre emprisonnait sa jambe droite et surtout ce fichu cathéter, planté dans une veine sur sa main droite, faisait office de menotte chimique. C’est dans ce réveil au milieu d’un brouhaha aseptisé que les odeurs caractéristiques de l’hôpital lui sautèrent alors à la gorge. Tout l’univers stérilisé de sa chambre l’assaillait, tandis qu’il se retrouvait perdu au milieu de souvenirs imprécis.
Comme il essaya de se redresser, sans y parvenir, une alarme se déclencha quelque part dans la carcasse d’un boîtier relié à son crâne. Le bloc de métal bleu, sponsorisé par Gascq Medical Therapeutic, affichait ses constantes. L’autocollant publicitaire, mal collé sur le nom réel de l’appareil, aurait pu le faire sourire, mais sa mâchoire était engourdie et ses zygomatiques jouaient aux abonnés absents. Le seul mot que l’association conjointe de ses cordes vocales et de sa langue sur la voûte palatine fut : « Fhtagn ! ». Dans la tête de Daniel, ça voulait dire « Putain ! », normalement suivit de « C’est quoi ce bordel ? Où suis-je ? ». Toutes ces petites questions sans leurs réponses. Pour d’autres oreilles, cela ressemblait plus tôt au mot rêve avec une certaine notion de sommeil et d’attente. Et, surtout, dans une langue totalement inconnue des profanes.
C’est à ce moment-là qu’une jeune infirmière fit son entrée.
— Bonjour Monsieur, je suis ravie de vous revoir dans le monde des vivants.
Renseignements tout à fait pertinents, lors d’un réveil de ce type et la présence subite d’un ange à côté de soi.
— Vous ne pouvez pas encore parler, c’est normal, mais je vous rassure, vous pourrez bientôt le faire. Le docteur Moreau va passer ce matin et nous allons voir pour cette histoire de bandages et de mâchoire.
L’infirmière, dont un badge faisait mention du patronyme Shelley, virevoltait d’un appareil à un autre. Elle coupa l’alarme, modifia le capteur sous le bandage crânien, rectifia l’électrode sur le torse et celle du bras, puis ajusta le goutte à goutte de la perfusion pendue à son crochet. Elle approcha un thermomètre électronique, releva la mesure, s’assura de la position de la pince digitale pour la saturation et nota un roman sur une feuille coupée sur une tablette de carton rigide.
Daniel ne perdait pas une miette de tous ces gestes qui lui firent presque oublier d’obtenir des réponses à ses questions. Quand M. Shelley IDE lui sourit, il manqua un battement, qui s’inscrivit sur un papier, et retrouva ses idées embrumées.
— Fhtagn ? Fhtaaagnn fhta ?
L’infirmière lui décrocha un nouveau sourire « L’île de la tentation » et lui assura d’un passage du médecin dans la matinée. Elle allait le prévenir de son réveil. Apparemment, ça n’était pas un coma, juste un gros somme en raison des antalgiques, un peu costauds, qu’il avait reçu. Ç'aurait pu être pire. La branche, ou plutôt l’arbre qui avait coupé en deux son capot, et déchiré le toit de sa voiture, était passé à quelques centimètres de son crâne. Sa voiture était morte, mais pas lui. Ha oui, il n’avait pas s
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