Arbre de vie
Comment vit-on dans un pays où il n’y a pas d’arbres ? Pas de troncs fermement plantés. Pas de branches tendues vers le firmament, flexibles et graciles dans les mouvements du vent. Pas d’écorce sculptée qui convoite le toucher. Pas de bras chauves gelés dans une pantomime dramatique d’hiver. Pas de bruit d’air dans les tendres feuilles au printemps. Pas l’once de cette présence feutrée et fraîche aux abords des géants. À la place mousses, herbe, plantes rabougries. Sinon pierres, caillasse, roches, lave. Terre et eau, ou neige et glace. Des plaines à perte de vue, des collines, des monts. Vertigineuse solitude laissée aux vents. En tant qu’humaine j’y serai des plus hautes créatures terrestres. Car si pas d’arbres - pas de forêt. Je ne pourrais plonger mon regard dans les chevelures vertes ni observer leurs mouvements dansants. Je ne pourrai contempler les titans de croissance et me sentir entourée par leur bienfaisante protection. Héros des contes et des légendes, de nos balades de bien-être, nourriciers des humains au palais doux.
Alors comment ? Quel y sera mon statut ?
Étourdie par la singularité du pays, je peine à croire mes considérations. Et pourtant, je sais que cette différence et ce vide ne sont que présumés et qu’ils sont féconds.
« Maman a été la première à essayer de planter un arbre dans le quartier et, au tout début, il fallait être timbré pour tenter le pari. Pendant que les autres se contentaient d’essayer de faire pousser du gazon et, au meilleur cas une haie entre les jardins pour pouvoir prendre des bains de soleil dans la brise de trois jours de beau temps de l’été, elle plantait un cytise, un érable, un frêne et un arbuste à fleurs à l’abri de la maison’ Auður Ava Ólafsdóttir ‘Rosa candida »
Bozena Le Talludec.2026
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