un paysage des origines
Je me suis éveillé dans le murmure d'une aube blanche. Le jour tintait aux rideaux avec l'insistance d'une rengaine. J'ai frotté la vitre du bout des doigts, soufflant un peu d'air chaud sur la face à peine visible des heures. Sans le vouloir, l'effleurement avait posé sur le verre le tracé indistinct d'une terre qui semblait l'écho de cette île improbable dont vous étiez le double existentiel. D'une main malhabile, un peu tremblante, je complétais de vous les formes inaperçues que la photographie avait dissimulées à mon regard. C'était étonnant cette confusion avec le règne minéral, cette presque disparition dans un paysage des origines. Vous étiez cette convulsion de laves sombres qu'éclairait le soleil de minces renoncules, cette toundra d'herbe vert-de-gris, ce fleuve d'argent aux coulures de ciel, cette colline de pierres proches de l'obsidienne, le bleu des montagnes au loin que l'air teintait du reflet des longues mélancolies.
L'hiver était déjà là et les platanes de la place se desquamaient lentement, pareils à des pachydermes usés. J'ai enfilé un manteau, chaussé mes doigts d'une paire de gants. Dans le miroir, mon image était celle d'un explorateur surpris par un blizzard soudain. J'ai ouvert la porte. Le vent du nord soulevait des nuages de poussière. L'air était coupant comme la lame. Mais pourquoi donc avais-je eu l'idée de venir me confronter à ces latitudes sibériennes ? Dans la brume montante Wrangel Island prenait des allures fantomatiques. Il me faudrait m'habituer à ces mirages. Peut-être y verrais-je les belles draperies des aurores boréales ? Il suffirait d'un peu de patience. Oui, d'un peu de patience !
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Commento (1)
Bozena Wisniewska-Le Talludec 7 ore fa
Mystère. Une superposition d’images, des temps, des réalités… La palette est belle.