Dévolution
C’est l’histoire d’un gros porc dégoûté par la sueur poisseuse de l’idéologie consumériste. Jamais content, mal dans sa peau et sans confiance en lui. La création l’attire mais il ne le sent pas. Obnubilé par l’érotisme, il finit par confondre les mondes du rêve et l’univers de vie.
Il aurait pu devenir journaliste, pilote ou avocat, que sais-je encore ? L’avenir était tracé mais il l’a refusé. L’obscurité était sensuelle mais rien ne lui souriait, alors il préféra vivre avec des clochards au lieu de rester prisonnier d’une cage invisible. Rien n’était clair. Alors il décide de partir, voir ce que la vie offre au loin. Tout l’indiffère. Extasié, planant les autres avec déviance sans jamais se demander où est l’origine de l’arrogance.
Il vivait dans un milieu aseptisé, sans affection de la part d’un milieu autiste où, très jeune déjà, il s’écorchait et se défigurait. Moins d’emprise sur l’apparence que l’existence. Le rêve et la réalité étaient emprisonnés dans une sagesse dont il aurait aimé scier les barreaux sans oser les briser. Lassé qu’on lui ordonne d’être soumis à des lois irrationnelles. Il refuse qu’on lui formate l’ego en lui pourrissant la conscience.
Ici rien n’a eu de sens.
Insomnie, paranoïa.
Rien ne parle et l’incompréhension domine jusqu’à l’égarer sur des sentiers où il n’aurait dû aller. Frustration de n’être qu’une figuration de l’idée. Pâle exagération d’une pensée qui condamna celui qui voulait exister. On l’a brisé, dépecé puis on l’a éparpillé… Je ne m’en suis jamais relevé.
Je n’ai pas demandé mes compétences et mes défauts. Chimères et matérialisations malades d’une conscience qu’il m’était impératif de soigner…
Ce que je fais l’est dans les limites de l’intellect.
Le monde est clair. La ville reste un mystère. J’ai déménagé tant de fois sans conserver de relations que je n’ai jamais été sincère là où je me suis rendu. On m’a vu gentil, généreux, peureux ou stupide. Ce n’était qu’un masque. Les apparences sont trompeuses. Jamais je ne pourrai oublier qu’on m’a menti. Humilié et infecté. Rien ne sera plus comme avant. Je le sais. J’ai traversé le miroir et jamais je n’en reviendrai.
J’ai anéanti mon esprit à travers la confusion, la dévotion puis la destruction. Traversé différentes influences sans parvenir à m’y fixer. Cela m’a pris des mois pour retrouver une stabilité fragile qui est le fruit d’efforts surhumains pour maîtriser le comportement d’une conscience déréglée.
J’ai fait l’expérience de visions troublantes que n’explique pas la raison. Des lianes et des ronces qui m’étouffaient. Je suffoquais… Des spectres en inertie flottaient entre notre monde et le vôtre. Ils semblaient m’inviter à les rejoindre dans un univers où la conscience n’a d’autres limites que celles de l’imagination…
J’ai connu une sorcière, j’ai vécu la misère. J’ai baisé son esprit, elle s’est vengée du mien. J’ai vécu l’éphémère, j’ai volé le mystère.
Alors il s’est vengé.
Le ciel s’est fendu et l’esprit d’y apparaître tel une spirale enfumée. Le temps semblait s’être arrêté. J’étais seul en sa présence. Je ne le connaissais pas mais il semblait tout savoir de moi jusqu’aux secrets voilés. Tout m’était révélé.
J’ai capté des présences immatérielles dans la pénombre. Alors j’ai su que jamais plus je ne serais seul. Je me suis senti surveillé puis arraché sans espoir de retour à l’univers que je connaissais, alors l’esprit m’a emmené. La lumière scintillait. J’y voyais des courants d’ondes comme l’on représente l’ADN entrelacé. À ce moment j’ai su que j’avais une vision sans en saisir l’importance. Je la ramenais à la simplicité d’une illusion. C’était plus que cela… Bouleversé, je pensais être en état de démence avancée. L’apparition insensée était troublante face à mes jeux dégénérés… Je croyais devenir fou.
Alors j’ai arrêté de penser. Quatre années de lutte magnifique contre le néant maléfique… J’y divaguais des débats sans importance. J’avais perdu la connaissance et le miroir était brisé.
Mon intellect bridé par des substances psycho-actives s’est dilué dans des efforts décharmés.
Je finissais par retrouver une forme de conscience personnelle, je ne l’explique pas. C’est arrivé.
Les signes se présentaient de façon aléatoire. Je sentais une force m’appeler sans avoir la possibilité de l’identifier. Alors je la niais tout en étant fasciné par les fantaisies qu’elle évoquait : les songes vindicatifs des idéaux merveilleux. L’impermanence se découvrait. Je n’avais pas d’emprise et j’en étais malade. L’esprit m’inondait de suggestions faussées. Il y avait du vrai dans ces chimères. Il m’était impossible de l’ignorer. J’appris silencieusement comment les exploiter. Ce ne fut pas facile et il fallut d’abord les interpréter avant d’explorer l’éternité.
L’esprit n’a pas de limite. La connaissance est infinie.
Je crois en l’éphémère et la puissance des multitudes.
J’en suis la preuve car je suis homme qui marche sur une planète qui est ma mère… Son énergie me porte et sa beauté exhale des émanations magiques qui me protègent. Alors je ne souffre plus.
Lecteur, entre dans le royaume du merveilleux.
Il n’est aucun dieu, alors fais ce que tu veux.
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