Congratulazioni! Il tuo sostegno è stato inviato con successo all'autore
avatar
Et moi, mon enfance, je la voudrais soustraite au monde
Fiction
Poetry and Songs
calendar Pubblicato 18 giu 2026
calendar Aggiornato 18 giu 2026
time 10 min
ECIRTAP verified
Ecirtap 3 ore fa

Bonsoir Noème.
Quel regard sur l'enfance ...
Vos métaphores, pelouse peau de souvenir par exemple, facilitent, induisent l'immersion et l'interprétation.
Votre oxymore, conjuration d'un secret par exemple, fait regretter de ne pas l'avoir pensé mais suscite le plaisir dans sa découverte.
Votre sens du détail dans la description de l'environnement est minutieuse et s'attache peu à peu aux détails.
Peut-être intégrer votre dernier paragraphe de façon éparse aurait créé des allers retous plus intégrants pour le lecteur.

... ''une table pauvre sans pain visible mais déjà prête au partage des voix...'' ici pour le partage des voix, faudrait-être lu et compris ...
Continuez, prolongez et merci pour ce texte.
Trés sincèrement merci !

Fuir l'enfance pour la gloire - Stéphane MALLARMÉ

Creative Transparency Label
15+
Image / Human image
Text / Human creation

Et moi, mon enfance, je la voudrais soustraite au monde

Et moi, mon enfance, je ne voudrais pas tant la soustraire au monde que la rendre à ce qui, dans le monde, sait garder sans posséder. Je la confierais au lierre, aux mousses, aux ardoises mouillées, aux pierres lentes, non pour l’enfermer derrière une muraille de feuilles, mais pour qu’elle repose dans cette mémoire plus sûre que la mienne, cette patience des terres où rien de ce qui fut aimé ne se perd tout à fait. Je la voudrais retirée, certes, mais non close : une maison forestière reprise par les sous-bois, une présence verte et basse, une chambre d’humus où les rires anciens continuent de travailler la nuit comme une braise sous la cendre.

Ici, le potager se fait complice. Il rabat ses couleurs sans les nier, amortit ses feux sans les éteindre, retient sous un voile de silence l’insolence de ses fruits, la lente justice des graines, l’éclat fragile des corolles. Les buissons décharnés y gardent encore leur ombre maigre ; les fleurs, gonflées de parfums lourds, inclinent sur les talus leur charge de stupeur, non comme des recluses, mais comme des veilleuses. Tout consent à la retenue, tout s’ordonne au secret hospitalier. Les hautes herbes elles-mêmes, quand le vent les visite, ne font qu’incliner la tête vers la clairière, dociles et graves, comme instruites de cette loi ancienne : ne rien prendre, ne rien forcer, laisser passer la lumière.

Plus loin, le verger s’approfondit dans sa propre nuit. Vert encore, mais déjà tirant vers l’ombre, il n’est plus traversé que par le pas feutré d’un gardien nocturne, quelque forme obscure qui ne se hasarde qu’aux heures où le monde consent enfin à se taire. Car c’est la nuit que les lieux se dessaisissent de leur réserve et livrent, avec lenteur, ce qu’ils avaient tenu caché sous le jour. Alors les pelouses, douces comme des peaux de souvenirs, gardent au creux de leur fraîcheur l’empreinte des courses folles, des culbutes heureuses, des chutes riantes ; alors les saules, sous la pluie fine, se lavent longuement les bras et pleurent sur eux-mêmes une monnaie d’argent. Rien pourtant ne s’y fige : tout circule, tout retourne, tout prépare dans l’ombre une reprise. Le fruit tombé n’est pas seulement perte : il devient offrande au sol, alphabet brun de l’humus, promesse lente d’un recommencement.

Alors le puits, au fond de sa margelle obscure, recueille les confidences, les éclats de rire étouffés, les serments jetés à mi-voix, tout ce qui tomba jadis dans l’eau noire avec le bruit menu des cailloux d’enfance. Il garde cela, intact, au frais de sa pierre, avec des lunes brisées, des reflets errants, des souhaits murmurés de lèvres tremblantes. Mais il ne garde pas pour posséder : il recueille comme la terre recueille, afin qu’un jour, sous une autre forme, quelque chose remonte vers les lèvres. Chaque seau tiré de sa nuit rapporte un peu de cette mémoire sans archives, une eau plus ancienne que nos visages, fraternelle à nos soifs les plus secrètes.

Près de lui, la porte rouillée, à demi ensevelie sous les herbes folles, ne grince plus que pour les vents complices, ceux qui savent tourner la poignée sans alerter ni la poussière ni ceux qui trop tôt se sont écartés. Elle ne s’ouvre sur rien de visible, ou plutôt sur ce qui n’a nul besoin d’être montré : l’écho d’un pas qui s’éloigne, la marque d’une main sur le bois usé d’une rampe d’escalier, l’odeur tenace des pommes volées, des cerises écrasées sous les pieds nus, tout cet humble trésor de larcins heureux et de ferveurs sans témoin. Elle est moins clôture que seuil, moins défense que passage : une planche fatiguée par laquelle l’enfance apprend que tout lieu vraiment aimé ne se possède pas, mais se traverse avec gratitude.

Et puis il y a le banc, ce vieux banc de bois gris, tordu par les hivers, poli par l’attente, que les saisons ont tant de fois battu qu’il semble avoir pris figure de vieux serviteur. Il est là, immobile et fidèle, offrant encore son dos courbé aux songes qui s’y sont assis, aux silences qu’on y partagea, aux larmes qu’on y retint jusqu’au soir. Sous les fissures de sa peinture écaillée, on devine les initiales blessées d’un couteau suisse, les noms d’amoureux d’un jour, les promesses d’amitié éternelle, toutes ces inscriptions fragiles où les enfants déposent l’éternité avec des mains maladroites. Parfois, quand le vent se lève, on croirait l’entendre gémir, non de douleur, mais de mémoire, comme s’il se souvenait, lui aussi, de ces veillées où l’on demeurait là jusqu’à ce que la nuit vînt boire un à un les contours du monde. Il n’est pas seulement le témoin des absences : il demeure une chaise offerte à ce qui revient, une table pauvre sans pain visible, mais déjà prête au partage des voix.

Tout, dans ce royaume de l’entre chien et loup, respire la complicité. L’air même y paraît plus épais, plus nourri, chargé de ces senteurs indécises qui ne montent qu’à l’heure où le jour se défait : odeur de terre retournée, musc des fleurs fanées, douceur âcre des fruits trop mûrs tavelurés, tombés dans l’herbe. C’est l’instant des ombres étirées, des bras invisibles tendus vers un passé si peu fait pour mourir ; l’instant où chaque souffle de vent accompagne un fragment de mémoire, un rire, un cri, un chuchotement, une fuite de robe, un heurt de sabot, une voix qui appelle et s’efface. Et si l’on prête l’oreille à cette grande économie du silence, l’on perçoit, sous l’apparente immobilité des choses, le battement sourd d’un cœur enfoui, l’obstination d’un rythme ancien qui pulse encore dans la nuit des lieux, dans la sève des arbres, dans le sommeil des pierres. Ce cœur n’appartient à personne : il passe de feuille en feuille, de seuil en seuil, comme une lampe basse que les vivants se remettent sans bruit.

Même la ferme rouge, sous ses longs toits d’ardoise grise, semble participer à cette conjuration du secret. Elle baisse ses fenêtres comme on baisse les yeux ; elle courbe son faîte comme un grand corps las qui, venu au crépuscule, cherche à mieux se fondre dans la nuit naissante. Ses vitres, voilées de buée, de poussière et d’anciens hivers, ne laissent filtrer qu’une lueur tremblante, pareille à ces souvenirs qui remontent parfois du fond des songes sans qu’on sache de quelle saison ils reviennent. Et si d’aventure un bruit traverse ce domaine — cri d’oiseau nocturne, craquement de branche, heurt bref d’une chaîne ou d’un volet —, il se brise aussitôt contre l’épaisseur des murs, contre la vigilance des arbres, contre cette loi tacite qui veut qu’ici rien ne trahisse l’enfance, rien n’en disperse la réserve, rien n’en livre au dehors la part sacrée. Pourtant cette maison ne ferme pas le monde : elle le filtre. Elle garde seulement ce qu’il faut de nuit pour que la lumière demeure humaine.

Car l’enfance, quand elle se cache, n’est pas absente. Elle ne déserte pas : elle se diffuse. Elle passe dans l’odeur de la terre après l’orage, dans le frisson des herbes sous la rosée, dans le colloque obscur des feuilles entre elles. Elle est dans le puits qui murmure, dans la porte qui résiste, dans le banc qui attend. Elle est ce souffle invisible qui soulève les rideaux des fenêtres closes, qui fait trembler la flamme des bougies, qui glisse entre les doigts au moment même où l’on croit la saisir. Et moi, je la vois, je la sens, je l’entends, non comme un écho lointain déjà presque perdu dans l’éboulement des années, mais comme une présence vive, ramassée, tapie dans chaque repli du paysage, prête à se dévoiler seulement à ceux qui savent encore écouter le silence, et regarder l’ombre avec des yeux demeurés fraternels à la nuit. Je ne veux donc plus la soustraire au monde comme on retire un trésor au partage : je veux la confier au monde assez doucement pour qu’elle y continue son œuvre, dans l’humus, dans la lampe, dans le pain rompu des souvenirs, dans ce peu fidèle qui sauve encore ce que nous avons craint si souvent de perdre.


Intellectual property & credits
© Author's name / pen name Noème Elhaz

Commento (1)

Devi effettuare l'accesso per commentare Accedi
ECIRTAP verif

Ecirtap 3 ore fa

Bonsoir Noème.
Quel regard sur l'enfance ...
Vos métaphores, pelouse peau de souvenir par exemple, facilitent, induisent l'immersion et l'interprétation.
Votre oxymore, conjuration d'un secret par exemple, fait regretter de ne pas l'avoir pensé mais suscite le plaisir dans sa découverte.
Votre sens du détail dans la description de l'environnement est minutieuse et s'attache peu à peu aux détails.
Peut-être intégrer votre dernier paragraphe de façon éparse aurait créé des allers retous plus intégrants pour le lecteur.

... ''une table pauvre sans pain visible mais déjà prête au partage des voix...'' ici pour le partage des voix, faudrait-être lu et compris ...
Continuez, prolongez et merci pour ce texte.
Trés sincèrement merci !

Fuir l'enfance pour la gloire - Stéphane MALLARMÉ

Hide answers Show answers
Noème ELHAZ verif

Noème Elhaz 3 ore fa

Merci de m'avoir lu. Et compris. Je l'espère. Sourires.

ECIRTAP verif

Ecirtap 3 ore fa

Lu, c'est sûr - plusieurs fois
Compris, ce n' est possible à cause du nuancement qui est l' un des mes principaux traits.
Interpreté, imaginé, sûre renchérit, extrapolé, c'est sûr aussi.
La citation de fin est l' expression de mon constat sociétal et non ma compréhension de votre écrit.
Désolé ce n' est plus des post ...

Proseguire l'esplorazione dell'universo Poetry and Songs

donate Puoi sostenere i tuoi scrittori preferiti

promo

Download the Panodyssey mobile app