Être là et être-là…
Être là et être-là…
Être là et être-là… Tel un enfant devant le maigre don qui se déposerait là après un long accordage, tendant les mains vers sa mère, non pour prendre, mais pour consentir à recevoir. L’accepter d’abord, le recueillir ensuite, dans ses deux paumes ouvertes et dans son chant. Être là. Devant cela qui tarde à venir de nos errances inquiètes, de cet amas d’ombre et de trouble que nous traînons derrière nous, cheveux peignés au vent en des sens indémêlables. Être là. Tel un enfant las, qui délaisse enfin ses vieilles histoires, ses récits usés qui fatiguent l’âme. Tel un enfant qui consent à la lumière sans encore vouloir la nommer. Tel un enfant qui ne cherche plus aucun sens aux couleurs de son chant. Car tout chant naît de l’enfance. Il naît de ses saisons, de ses couleurs, de ses musiques. Et ces musiques-là, qui se répètent, qui tissent leur propre rituel, sont elles-mêmes Reliance. Elles suffisent. Elles signifient simplement par le fait même de résonner ici, maintenant, dans l’espace nu de la rencontre. Car tout est symbole avant que d’être sens, et raison d’être dans l’indivis, avant de finir dans la seule permanence d’aimer. Car tout n’est que figure, mythe, passage, sauf le feu de la Reliance, ce feu dont nous devons brûler sans cesse jusqu’à la cendre, et, de la cendre, consentir à renaître. Être là. Tête nue et à hauteur d’enfant, au plus près du réel, devant tout cela qui demeure mystère à jamais, et qui pourtant nous appelle. Non pas pour être compris, mais pour être simplement présent.
Et le Poète, ici, ne dit rien de plus qu’un silence apprivoisé. Il s’est tenu là, sans vouloir comprendre. Juste en présence. Juste en attente. Non pas comme on guette un miracle, mais comme on se laisse habiter par ce qui ne vient pas. Et ce fut une aube très lente, sans mots, sans flamme, sans cri, mais tout entière née de cette absence que nul ne doit forcer. Car il n’y a pas de don sans présence. Il n’y a pas de présence sans dépossession. Et toute offrande commence là, dans le rien qui s’ouvre. Et le Poète, ici, ne cherche plus à nommer. Il consent à ce qui vient. Car là où finit la volonté commence la veille. Et dans la veille, le feu. Non pas le feu de la conquête, mais celui de la Reliance, celui qui ne consume que ce que nous devons perdre, le feu doux et terrible de l’Être-là, tête nue, mains ouvertes, offert au réel sans défroque, et qui ne réclame rien. Et le Poète fut ce feu. Et ce feu fut l’enfant. Et l’enfant ne demandait rien, sinon d’être le lieu même où commence son monde, où commence le monde.
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