Autoportrait
Fatras
Engoncé dans mon uniforme,
Je me suis vu tel que je suis.
Engoncé dans mon uniforme,
Bouffon risible en haut-de-forme,
Je me dérobe dans la nuit.
Mais la lanterne me transforme,
Lâchant, dans un éclat informe,
Une ombre horrible qui me suit !
Dans un reflet vague et fortuit,
Je vois un monstre au nez énorme,
Et cette image me poursuit :
Laid, bedonnant, affreux, difforme,
Je me suis vu tel que je suis !
***
Le fatras est une forme poétique médiévale dérivée de la fatrasie.
Il se compose d’un distique suivi d’un onzain : le premier vers du distique ouvre l’onzain, tandis que le second le referme. Le poème compte ainsi treize vers, dont deux sont répétés, construits sur seulement deux rimes.
Traditionnellement voué au non-sens, à l’impossible et au burlesque, le fatras se prête ici à un autoportrait grotesque dans lequel le reflet du poète — ou plutôt son ombre — déforme plaisamment la réalité.
Qui me rendrait visite avec soif ou dédain :
Pitié, ne rendez pas ma Muse furieuse
En vous appropriant les fruits de mon jardin !
Venez vous imprégner d’une douce atmosphère,
Goûtez sans retenue à mon émotion,
Mais sachez que jamais je ne laisserai faire
Si vous vous en prenez à ma création !
Ne me dérobez rien, soyez sincère, honnête
En respectant toujours le travail du poète.
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