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Neuf
Fiction
Horror
calendar Pubblicato 26 apr 2026
calendar Aggiornato 26 apr 2026
time 7 min
PascalN verified
Pascaln 5 ore fa

J'avoue qu'il m'a fallut plusieurs lectures pour comprendre ou penser comprendre, peut-être, la fin...
Ce qui rend finalement l'histoire encore plus pénétrante et j'aime bizarrement cette etrange sensation d'après... Merci Wallas pour ce moment.

Neuf

C’était le genre d’histoire qu’on se raconte autour d’une table quand le vin a fait son travail et que les enfants dorment depuis longtemps.


Mathieu en avait entendu des dizaines de variantes depuis l’automne dernier, chacune un peu plus élaborée que la précédente, chacune ajoutant un détail que la précédente avait omis, comme si la légende se construisait elle-même à mesure qu’on la répétait. Ça devenait presque éreintant.


Ce soir-là, c’était chez les Ferrand. Sandrine racontait avec cette façon qu’elle avait de baisser la voix au mauvais moment, et les autres penchaient la tête vers elle comme si le volume changeait quelque chose à la vérité de ce qu’elle disait.


« Il arrive toujours la nuit, murmurait-elle, et on l’entend avant de le voir. Le bruit de la cuillère dans la tasse, dans le silence de la maison. Ceux qui l’ont entendu ont disparu. »


Mathieu reposa son verre.


« Disparu comment », dit-il, et ce n’était pas vraiment une question. Tout le monde sentait dans sa voix l’agacement de quelqu’un fatigué d’entendre différentes versions d’une même histoire. Quelqu’un qui n’y croyait plus.


Mais Sandrine le regarda plutôt avec l’expression qu’on réserve à ceux qui posent des questions à côté.


« Ils ne sont plus là. Leurs affaires, leur voiture, tout était encore là. Eux, non. »


« Marcel Voss avait des dettes, dit Mathieu. Sa femme l’a confirmé après coup à la police, elle n’en avait simplement pas parlé au quartier parce qu’elle avait honte. Quant à la Berthet, elle avait de la famille en Belgique, elle est à tous les coups partie sans prévenir, ça ne date pas d’hier comme habitude. »


Il marqua une pause.


« Et le fils Kacem était suivi pour une dépression sévère depuis deux ans. Ces gens ne sont pas en lien entre eux et ne se sont pas volatilisés. Ils ont juste disparu à quelques mois d’intervalle dans le même quartier, et quelqu’un en a fait une histoire pour faire peur aux enfants. »


Il y eut un silence. Gilles, le mari de Sandrine, regardait la table.


« N’empêche », dit Denis Borela, un ami du voisinage, mais personne ne développa.


Mathieu rentra à pied ce soir-là. L’air était froid, les trottoirs mouillés d’une pluie récente, et il pensa à autre chose, à un dossier qu’il devait rendre le lendemain, à ce carreau de salle de bain qu’il repoussait depuis trois semaines. Ce genre de légende prospérait parce que les gens voulaient que le monde soit plus mystérieux qu’il ne l’était, parce que disparaître sans explication satisfaisait quelque chose dans l’imaginaire collectif qui n’avait aucun appétit pour la réalité des dettes et des dépressions.


Il dormit mal, mais il dormait mal depuis un moment. Il ne voulait pas se l’avouer, mais tout ça le marquait plus que ce qu’il ne l’admettait.


Les jours suivants, il continua de compiler. C’était devenu une habitude depuis l’automne, presque un jeu, noter les noms qu’on lui citait et trouver l’explication qui traînait juste en dessous de la surface, là où personne ne regardait parce que chercher était moins agréable que croire. Huit noms en tout. Huit départs dont sept s’expliquaient parfaitement, et le huitième concernait une femme de soixante-deux ans dont le fils avait confirmé qu’elle était en maison de repos depuis le mois de septembre, simplement loin, simplement ailleurs. Et pourtant elle avait été invitée dans la liste des disparus.


Il nota tout dans un carnet qu’il gardait sur le bureau.


Après le repas, un café, une habitude qu’il avait prise chez lui depuis l’automne, depuis que ces histoires avaient commencé à circuler. Il passait aussi plus de temps aux fenêtres, pas à guetter quelque chose, juste à regarder la rue, les façades d’en face, les lumières qui s’éteignaient une à une. Il était noctambule, il l’avait toujours été.


C’était un mercredi soir, il s’installa dans le bureau après dîner avec l’intention d’aller jusqu’au bout, mais il resta longtemps sans travailler, à écouter l’immeuble. Ce n’était pas de l’inquiétude, se dit-il, c’était simplement cette qualité particulière du silence nocturne qu’on n’entendait jamais le reste du temps, les tuyaux, le bois qui travaillait, les bruits étouffés des voisins à travers les murs. Est-ce qu’on l’entendrait lui aussi ?


Il prit son carnet et alla se faire un autre café.


Dans la cuisine, il s’arrêta sur la boîte de café, une marque qu’il ne reconnaissait pas, l’étiquette bleue qu’il n’aurait pas choisie, puis il haussa les épaules. Chacun ses goûts.


Il retourna cette fois dans la chambre à coucher avec sa tasse, la posa sur le carnet tel un presse-papiers, et commença à tourner la cuillère distraitement en relisant ses dernières notes.


Il était éclairé par la lumière discrète du couloir, jaunâtre, filtrée sous la porte. Une porte un peu étrange, se dit-il, le bois était semble-t-il plus foncé que les autres pièces, mais il faisait nuit et les détails changeaient la nuit.


Il tournait la cuillère sans se presser. Dans cette pénombre, le bruit de la cuillère tournant dans la tasse était devenu le battement de cœur de trop de la maison.


Face à lui, Denis bougea dans son sommeil.


Mathieu leva les yeux de son carnet, le referma doucement, sourit, et se leva.


« Enfin. »




Ce texte est né du défi #PanodysseySpark de la semaine et dont la consigne était :


« Il a éteint la lumière du salon et, dans la pénombre soudaine, le bruit de la cuillère tournant dans la tasse est devenu le seul battement de cœur de la maison. »


~


Photo : Joyal Thomas @ Pexels.

Commento (1)

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PascalN verif

Pascaln 5 ore fa

J'avoue qu'il m'a fallut plusieurs lectures pour comprendre ou penser comprendre, peut-être, la fin...
Ce qui rend finalement l'histoire encore plus pénétrante et j'aime bizarrement cette etrange sensation d'après... Merci Wallas pour ce moment.

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E C Wallas verif

E C Wallas 4 ore fa

Intéressant comme commentaire ! J’ose vous demander comment vous pensez comprendre la fin du coup ?

PascalN verif

Pascaln 1 ora fa

Je me prète à l'exercice en espérant toute ta clémence si je suis à côté de la plaque...😇

Je pense que Mathieu est responsable de ces 8 premières disparitions. Comment je ne sais dire, mais que le neuvième (Neuf étant le titre) est Denis... Voilà ,voilà🤔

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