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Première nuance - Interview et mauvaise décision
Fiction
Fan fiction
calendar Pubblicato 20 mag 2026
calendar Aggiornato 20 mag 2026
time 40 min

Première nuance - Interview et mauvaise décision

— Bordel, cravate à la con !


Dorian jura depuis la salle de bain, sans aucun égard pour la probable migraine de sa colocataire dans la pièce d'à côté. Il tira d'un coup sec sur le nœud pour le défaire pour ce qui lui semblait être la quarante-troisième fois. Cela faisait déjà près de quinze minutes qu'il luttait, et pour le moment, la cravate gagnait haut la main.


— Grey de mes deux...marmonna-t-il avec mauvaise humeur, jetant un regard maussade à son reflet dans le miroir.


Il passa une main dans ses cheveux blond cendré pour évacuer sa frustration. Échec total, mais il avait essayé au moins. Il fit demi-tour brusquement pour sortir de la pièce. Il retrouva Emilie en état de presque décès sur le canapé, enroulée dans une couverture avec sa tête et sa chevelure brune qui en dépassait. La grippe ne lui avait pas fait de cadeau.


— Bon, puisque je me coltine l'interview du bourge à ta place, tu peux au moins m'aider avec cette cravate ? demanda son ami en haussant un sourcil, lui tendant l'objet du délit comme s'il s'agissait d'une limace particulièrement baveuse.


La mourante, affalée dans le divan comme une diva sous cocaïne, tourna lentement la tête en direction de son colocataire, œil torve et morve au nez. Elle renifla bruyamment, sans grande classe.


— J'ai vraiment l'air d'avoir la concentration nécessaire ? interrogea-t-elle en tendant la main pour attraper un mouchoir sur la table basse devant elle.


Dorian s'adossa contre la porte de la salle de bain, haussant un sourcil, l'air absolument pas impressionné malgré la grippe qu'elle se coltine. Elle n'allait pas s'échapper si facilement...de toute façon, elle était clouée dans le canapé.


— Oooh, ma cocotte, pour m'envoyer à deux-cent cinquante putains de kilomètres d'ici, tu vas la trouver, la concentration, ricana-t-il en s'écartant de la porte.


Il s'approcha d'elle en lui tendant la cravate comme si cette dernière l'avait insulté personnellement.


— Fais juste le nœud...sans morve, s'il te plaît.


Il termina sa phrase avec un air presque innocent et un sourire angélique, qui ne sembla absolument pas attendrir Emilie.


— Bâtard...grommela celle-ci en attrapant l'objet malgré tout.


La jeune femme se redressa avec peine, terminant son insulte au milieu d'une quinte de toux un poil rebutante, ce qui manqua de faire reculer Dorian.


— Accroupis-toi, s'il te plait, ce sera plus simple si je le fais directement autour de ton cou, marmonna-t-elle d'une voix enrouée.


Attendant que son colocataire s'exécute elle ré-enroula dramatiquement sa couverture autour de ses épaules, de sorte que ses deux bras semblables à ceux d'un cadavre émergent du cocon moelleux qu'elle s'était constitué.


— Franchement darling, t'as pas idée d'à quel point tu me sauves la vie, souffla-t-elle en passant ses mains autour du cou de l'intéressé.


Dorian resta immobile pour la laisser nouer la cravate avec plus de dextérité qu'il n'en avait même après son café du matin.


— Mouais, tu me dois un paquet de chocolat caramel beurre salé pour ça, répondit-il, plaisantant à moitié.


Même s'il ronchonnait comme un français à cause de l'influence de sa meilleure amie, il n'aurait sans doute pas laissé sa coloc dans une voiture avec une tronche pareille. On l'aurait arrêtée pour un test de drogue avant qu'elle roule plus de trois kilomètres, c'était sûr.


— T'abuses, ça coûte cher cette merde...soupira Emilie, connaissant son amour inconditionnel pour le chocolat.


— J'enregistre avec mon téléphone, c'est ok ? interrogea-t-il pour changer le sujet, revenant à l'objectif principal. T'as une liste de question que je dois poser au moins ?


Elle s'interrompit pour tousser encore, tournant le visage de façon à ne pas refiler sa crève à son meilleur ami.


— Un enregistrement, ce sera parfait. J'analyserai ça ce soir en essayant de ne pas vomir. Et pour ce qui est de la liste de questions, évidemment que j'en ai une, continua-t-elle en sortant une feuille pliée de sa couverture d'un geste théâtral. On est pro ou on ne l'est pas.


Elle se tut, bien consciente du fait qu'elle envoyait Dorian au casse-pipe à sa place. Il était beau le professionnalisme.


— Enfin bref, reprit-elle avant que l'autre ne puisse lui faire la moindre remarque à ce propos. Essaye de le faire causer le plus longtemps possible, histoire d'avoir un peu de matière pour l'article.


Dorian soupire légèrement, soulevant une mèche de cheveux dramatiquement. Emilie acheva le nœud avec beaucoup d'adresse pour une personne qui était en train de se liquéfier dans le canapé.


— Okay...c'est vraiment parce que je t'aime bien, dear, souffla-t-il avec un peu plus de douceur.


Il se releva en ajustant son col de chemise au dessus de sa cravate et reboutonna son gilet de costume. Il fourra la liste dans la poche de son pantalon sans la lire.


— Si t'as faim...bah il reste peut-être un peu de bouffe au frigo. Et pique pas tout le sirop de pêche ! avertit-il, connaissant la tendance de son amie à en abuser dans son dos.


Il récupéra les clés de sa Volkswagen Golf (vive la qualité audio de cette voiture) ainsi que son permis. Il regarda ses chaussures cirées posées près de la porte quelques secondes.


— J'imagine que ton riche de Sieur Grey requiert des chaussures classes pour son entre de la bourgeoisie ? supposa-t-il en se tournant à nouveau vers Emilie.


— Boarf, en soit on s'en fout, soupira la flemmarde en replongeant dans ses oreillers. Mais avec un costard complet, ça fera plus classe que tes baskets pour sortir le chien.


Un léger sourire éclaira son visage, presque mutin.


— Pour le sirop je ne garantis rien, il faut bien que je me shoote à quelque chose. Et pour la bouffe, je ne mangerais que si c'est toi qui a cuisiné.


Elle ferma les yeux un instant, soufflant lentement.


— Franchement, je n'ai jamais été aussi heureuse d'être malade. J'aurais autant aimé y aller que de me pendre. Si seulement ma note de trimestre n'en dépendait pas...


Elle réouvrot les paupières, se délectant de l'expression outrée de Dorian qui ne goûtait pas autant à la plaisanterie qu'elle.


— Une dernière chose, angel. Essaye de ne pas trop le contrarier. Tu peux faire ça pour moi ? demanda la brune en le regardant de longues secondes, comme pour vraiment insister sur les derniers mots.


Elle connaissait très bien le caractère de fouteur de merde de son colocataire, et qu'il serait tenté de se venger de cette manière. Dorian roula des yeux. Il n'avait aucune envie de faire attention à ne pas contrarier ce pauvre bourge. On le tirait de son canapé à midi, alors qu'il avait envie d'un bon plat de pâtes bolo qu'il avait dû abandonner dans le frigo à la merci la mourante.


— Mouais...je vais essayer, mais je garantis rien, céda-t-il, ne pouvant pas le refuser à sa meilleure amie. S'il fait son type pompeux, on va avoir du mal...


Il récupéra ses chaussures cirées sur le sol et s'assura qu'il n'y avait pas une trace de poussière, avant d'attraper sa veste de costume pour compléter l'ensemble.


— Repose toi bien, sunshine, conseilla-t-il en revenant vers le canapé pour déposer un baiser sur son front. Évite de mourir, je peux pas assumer un loyer en solo !


— Je me meurs si je veux d'ab...


La porte claque, étouffant le râle de la française en peine. Dorian dévala les escaliers de leur résidence, avant de franchir les portes battantes avec un soupir. En plein mois de novembre, il fait un froid de canard, malgré son costard et son magnifique imperméable. Tentant de réchauffer ses mains en les frottant l'une contre l'autre, il se dirigea vers sa voiture, avant de s'y engouffrer le plus rapidement possible.


— Un jour je lui ferai payer, grogna-t-il en apercevant la lumière de la télé qui s'échappe de la fenêtre où repose sa colocataire.


Il démarra le moteur de sa voiture, et son téléphone se connecta automatiquement pour démarrer la musique de Sabaton à fond dans le véhicule. Sa tête bougeait en rythme avec les basses. Vraiment l'image de l'élégance masculine...un gogole qui s'agitait comme un épileptique.


Il conduisit pendant un long moment en direction du siège de la multinationale de Grey, au nom qu'il n'avait même pas envie d'essayer de prononcer. Conduire le détendait, même s'il se mettait à jurer à chaque chauffard qu'il croisait sur l'autoroute. Il quitta l'autoroute, se laissant guider par le GPS dont il avait coupé le son pour continuer de profiter de sa musique sans interruption. Il parvint à exécuter son créneau sans foncer dans une autre voiture et sortit de la sienne. Il regarda le bâtiment de vingt étages devant lui, une tour de verre et d'acier incurvée.


— Vraiment un truc de riche...souffla-t-il à voix basse.


Il s'approcha de l'entrée en maudissant Emilie, qui regardait sans doute Doctor Who dans leur appartement avec de la Häagen Dazs.


En entrant dans le bâtiment, le jeune homme fut assailli par une bouffée d'air chaud, plutôt agréable en cette après-midi givrée. Le hall est calme, à peine peuplé, si ce n'est une standardiste blonde tirée à quatre épingles qui regarde le nouvel arrivant comme s'il s'agissait d'une saleté particulièrement repoussante collée à la semelle de son talon aiguille.


— Vous avez rendez-vous ? demanda-t-elle d'un air pincé.


— C'est ça, marmonna Dorian en se retenant d'ajouter un "face de morue". À 13h45, au nom d'Emilie Lefleur.


— Un instant.


Elle se tourna vers son clavier, le tapotant avec la bonne volonté d'un enfant de trois ans devant une assiette de brocolis cuits à la vapeur.


— Vous êtes attendu au vingtième étage, reprit-elle sans même lui adresser un regard, faisant glisser un papier vers lui. Signez ici, monsieur.


Dorian signa avec une écriture de médecin ivre mort. Il reçut en retour un badge avec écrit "visiteur". Il le saisit et le fourra dans sa poche sans y prêter attention. Il s'éloigna dans le hall pour rejoindre les ascenseurs. Une fois à l'intérieur, il frappa le bouton pour le vingtième, et souffla profondément pour garder son calme. Il repassa une main dans ses cheveux, que le vent de l'extérieur avaient un peu décoiffé. Il avait promis à Emilie de ne pas contrarier Grey, autant être méticuleux quant à son apparence. Il sut qu'il avait raison lorsqu'il arriva au dernier étage.


Une autre blondasse, tout aussi désagréable que la première, s'approcha dès qu'il sortit de l'ascenseur, comme un vautour qui trouve un rat crevé particulièrement appétissant.


— Monsieur, vous êtes prié d'attendre. Monsieur ?


Elle le regardait avec insistance, attendant qu'il lui indique son identité.


— Mori. Dorian Mori.


— Monsieur Grey vous recevra dès la fin de son rendez-vous, monsieur Mori.


Elle lui désigna un endroit où il pouvait aller s'installer en attendant. Elle tourna aussitôt les talons, s'éloignant dans le grand couloir vide et sans âme.


Eh beh... songea Dorian. Si j'ai pas l'air d'un con...


Avec toute l'élégance dont il est capable, le jeune homme s'affala dans le grand fauteuil de cuir italien, mal à l'aise. Les secondes défilaient sur l'horloge murale, au même rythme que ses pensées désordonnées. C'était bien la dernière fois qu'il acceptait de faire la sale besogne de Emilie. Qu'est-ce qu'il n'aurait pas donné pour être dans son canapé, avec sa tablette et de la musique...


Il aurait sans doute dû prendre ses écouteurs pour remettre son métal historique dans ses oreilles. Mais ce n'était pas très très glamour, et ses goûts ne s'accordaient pas vraiment avec l'austérité du lieu. Il n'avait pas hâte de ce rendez-vous. Une troisième blonde débarqua. Ça commençait à ressembler à du fétichisme de la part du PDG là.


— Monsieur Mori, vous a-t-on proposé quelque chose à boire ? demanda-t-elle avec un soupçon de politesse en plus par rapport à sa collègue.


— Pas à ma connaissance.


Dorian manqua de jurer contre lui-même. Quand il était nerveux, il perdait le peu de civilité qu'il avait. La dernière blondasse toisa sa collègue comme si elle venait d'injurier son arbre généalogique tout entier.


— Thé, café, eau ? proposa-t-elle un peu plus calmement en se tournant à nouveau vers le visiteur.


— Café.


Il n'hésita même pas quand il entend le mot. Le café, c'était l'amour de sa vie, et en tant qu'étudiant, il avait plus de caféine que d'hémoglobine dans les veines. Mais en réalité, il n'attendais qu'une seule chose : cuisiner ce Grey pour obtenir des informations et foutre le camp de cette tour de verre. Il y a trop de blonds ici, même si lui est cendré.


La première blonde s'enfuit sans demander son reste, avant de revenir quelques minutes plus tard avec une tasse brûlante. Elle ne s'était manifestement pas foulée pour son travail : le breuvage avait le goût des jus de chaussette issus des machines automatiques. Il se serait attendu à mieux venant d'une start-up multimillionnaire. Mais ça ferait l'affaire pour tenir le temps de l'interview. Tout en sirotant son café, Dorian observa autour de lui, intrigué. Le bâtiment manquait tellement de personnalité qu'on pourrait se croire dans une chambre stérile.


Ça en disait long sur le propriétaire des lieux. Il devait avoir une quarantaine d'années bien tassées, sans doute un attrait pour le golf et un goût douteux pour les statuettes en argent d'art contemporain. Un type plat et ennuyeux pour lequel il serait difficile de trouver quelque chose d'intéressant pour l'article d'Emilie.


Alors qu'il réfléchissait aux secrétaires trop similaires et à la possibilité qu'elle aient toutes été clonées comme dans les théories du complot, la porte du bureau s'ouvrit en grand pour laisser passer un homme de haute taille, plutôt bien habillé si ce n'est un pantalon assez mal coupé. Il se retourna vers l'intérieur de la pièce :


— Une partie de golfe cette semaine Grey ?


Dorian redressa légèrement la tête de son café en entendant cette phrase. Du golf ? C'est l'activité des riches de soixante-dix ans. Il s'attendait vraiment à voir un vieil homme croulant sur une canne sortir du bureau. L'homme qui avait parlé sortit du bureau et salua Dorian ainsi que les blondasses d'un sourire chaleureux.


— Monsieur Grey va vous recevoir maintenant, monsieur Mori, informa la seconde assistante depuis son bureau.


Il soupira et se leva lentement de son fauteuil, vidant son café avec une descente de belge qui vide sa bière. Dieu qu'il n'avait pas envie de faire ça, mais il ne pouvait plus vraiment reculer maintenant. Il prit la direction de la porte.


— Vous n'avez pas besoin de frapper, entrez directement, ajouta la jeune femme avec un léger sourire encourageant..


Pas besoin de le dire deux fois... Malgré le trac qui commence à le saisir, Dorian poussa le battant, pénétrant dans le bureau en tentant de garder son charisme et son aplomb. C'est sans compter une marche bigrement mal placée dans laquelle le jeune homme se prit les pieds, manquant de s'étaler face contre la moquette.


Ça commence bien dis donc, soupire-t-il intérieurement, rajustant au mieux sa veste de costard malmenée.


Il lève les yeux, avant de se figer net. Ce n'est pas du tout un vieillard qui lui fait face avec un sourire narquois, mais plutôt un trentenaire assez bien bâti, qui le fixe de ses yeux gris acier sans battre des paupières.


C'est un vampire ce mec ou quoi ? grinça mentalement Dorian, surpris malgré tout de voir quelqu'un qui avait l'air à peine plus âgé que lui..


— Vous n'êtes pas madame Lefleur, je suppose, lança-t-il en s'éloignant de son bureau pour se rapprocher un peu de lui.


Dorian manqua de faire une remarque sarcastique du genre "bravo génie" mais se retint avec brio. Ce n'était pas le moment de laisser sa mauvaise langue détruire encore plus son image que sa maladresse.


— Non, madame Lefleur n'est pas en état, répondit-il avec calme, malgré la nervosité de ne pas du tout être journaliste et de ne pas savoir comme agir en conséquence. Je la remplace.


Grey le toisa quelques secondes en haussant légèrement un sourcil. Ses yeux gris ne le lâchaient pas un seul instant.


— Et vous êtes ? demande-t-il en l'examinant de la tête au pied.


— Dorian Mori. J'étudie dans la même université.


Il lui tendit lentement une main, plus par politesse que par intérêt pour Grey. Ce dernier resta silencieux et finit par la serrer en retour. Dieu ce que ce type a les mains froides ! Serrer la main à un cadavre aurait eu le même effet.


— Asseyez vous, je vous prie, continua l'entrepreneur en désignant un canapé en cuir blanc.


L'étudiant s'exécuta, manquant de lever les yeux aux ciel devant tant de théâtralité. La pièce est bien trop grande pour une seule personne. À l'image du reste du bâtiment. Le bureau pourrait convenir à un dîner de six personnes, le plafond avait la hauteur d'une cathédrale, et on pourrait presque entendre un écho après chaque bout de phrase. Monsieur Grey devait avoir sacrément quelque chose à compenser. La seule touche de couleur ici venait d'une statuette plaquée argent, comme le blond l'imaginait. Plutôt moche.


— Un artiste local. Tourton, précisa Grey en suivant le regard de son invité.


— Si vous le dites, je ne suis pas très calé en art moderne. Mais c'est... Original ?


C'était le meilleur adjectif qu'il avait trouvé pour ne pas avouer à quel point il trouvait ses goûts en décoration intérieure hideux. Son interlocuteur esquissa presque un sourire poli qui n'atteignit pas ses yeux. Dorian sortit la liste de question d'Emilie de sa poche. Il n'y avait même pas encore jeté un coup d'oeil. Niveau organisation, on pouvait pas faire plus TDAH que ça. Il attrapa également son téléphone portable dans la poche de sa veste.


— Ça vous dérange si j'enregistre cette interview ?


En relevant la tête, l'étudiant constate que Grey ne le lâchait pas des yeux. Okayy ? C'était vraiment très malaisant, mais il fait mine de rien.


— Je n'y vois aucun problème, monsieur Mori, répondit-il finalement, passant un doigt sur ses lèvres fines comme pour essuyer une trace de dentifrice.


Mais sortez moi de là... hurla intérieurement le jeune homme, qui n'en pouvait déjà plus.


Malheureusement pour lui, son téléphone refusait de coopérer, s'attirant nombre de jurons de la part de son propriétaire.


— Vous êtes peu familier de ce genre de situation, remarqua Grey, amusé par ses déboires numériques.


— Effectivement, grommela son interlocuteur, se retenant de se montrer désagréable.


Enfin, l'application accepta de remplir son rôle, et se mit en route comme par magie.


— Madame Lefleur, dont je suis le représentant, vous a-t-elle expliqué la raison de cet entretien ?


— Oui. Il paraît dans le numéro de fin d'année du journal des étudiants, étant donné que je dois remettre des diplômes.


Dorian haussa à peine un sourcil. Ah. Il ne le savait pas. Et il s'en foutait en soit. Que ce soit Grey ou l'épicière du coin qui lui filait le papier, tout ce qui comptait, c'était son diplôme. Qu'il pourrait réviser S'IL N'ÉTAIT PAS COINCÉ ICI. Il démarre l'enregistrement sans attendre. Emilie allait regretter de lui faire vivre ça. Il baisse les yeux pour lire la première question.


— Vous êtes jeune pour avoir bâti un tel empire. À quoi attribuez-vous votre succès ?


Eh bien...ce n'était pas très palpitant tout ça. Mais il n'allait pas dériver des questions de sa colocataire. Ce n'était pas son boulot après tout. Le plus âgé sourit à nouveau, l'air un peu déçu par cette question de piètre qualité.


— Je ne parlerais pas de bonne ou de mauvaise façon d'y arriver. Je dirais que c'est avant tout des rencontres, des opportunités présentées par la vie.


Naître avec une cuillère en argent dans la bouche, c'est une opportunité ? se retint de demander le journaliste en herbe.


— J'emploie une équipe exceptionnelle, que je récompense largement de ses efforts.


Il se tut un instant, le fixant intensément, comme s'il pouvait le traverser de son regard.


— En affaire, tout est une question de personnes, monsieur Mori. Et je suis doué pour juger les gens. Je sais comment ils fonctionnent, ce qui les fait évoluer...


Mon Dieu, mais faites le taire, on croirait entendre mon frère, soupira Dorian, mordant sa lèvre inférieure pour ne pas rire de gêne.


— Pour réussir un projet, il faut le maîtriser à fond. Connaître tout les détails, continua pompeusement l'entrepreneur. Je sais prendre des décisions efficaces, analyser la logique et les faits. Une capacité offerte à peu de gens.


Dorian se retint extrêmement fort de se masser la tempe. Il avait déjà envie de foutre le camp en courant tant ce type est irritant. Puisqu'il bossait en informatique, il s'y connaissait en logique et en fait. Et il pouvait en énoncer un : ce type avait un ego de la taille de Jupiter.


— Si je peux me permettre, ça sonne un peu obsessionnel du contrôle, marmonna-t-il à mi-voix, mais suffisamment haut pour qu'il l'entende


Il regrettait presque ses mots. Il avait promis à Emilie de ne pas le contrarier, mais Grey lui cassait déjà les pieds, moins de deux minute après le début. Et il n'en était qu'à la première question.


— En effet, j'exerce mon contrôle dans tout les domaines, monsieur Mori, répondit le PDG avec un air des plus sérieux.


Il se mordit l'intérieur des joues pour se retenir de dire quelque chose qui pourrait être désagréable. Et pourquoi il se caressait la lèvre inférieure comme ça ?


— On n'acquiert un pouvoir immense que si on est persuadé d'être né pour tout contrôler. continua-t-il d'une voix plus douce.


— Pouvoir et contrôle ne sont pas la même chose et ne sont pas forcément liées. répliqua platement Dorian sans pouvoir s'en empêcher.


— En effet, monsieur Mori, acquiesça-t-il, de plus en plus amusé par le franc-parlé de son invité. C'est une bonne analyse. Mais je possède actuellement plus de quarante-mille employés, ce qui me confère de grandes responsabilités. Si je décidais de les abandonner, de me montrer laxiste, quarante mille personnes se retrouveraient au chômage.


Dorian dû se forcer à garder la bouche fermée devant tant d'arrogance. C'était incroyable d'être aussi imbu de sa personne. N'importe quelle grande enseigne, même Carrefour ou Lidl pourrait dire la même chose. Mais eux, ils ne se la ramenaient pas et se contentait de faire des réduction sur le houmous.


— Vous n'avez donc pas de compte à rendre à l'administration ? demanda-t-il en s'efforçant de rester calme.


— Il s'agit de mon entreprise, répliqua Grey avec une légère impatience. C'est l'administration qui me rend des comptes.


L'étudiant haussa un sourcil, troublé. Et merde. Le jeune homme l'aurait sût si Emilie avait daigné lui donner quelques informations. Mais non, le professionnalisme était resté sous un coussin du canapé. Si on lui annonçait qu'elle avait des liens de parenté avec Dory, son ami n'aurait pas été surpris. Et bon Dieu, qu'est ce que cet homme était agaçant ! L'archétype de la tête à claque.


Ceux qui prétendaient ne pas avoir de compte à rendre à qui que ce soit disaient exactement la même chose en garde à vue...ou au fisc. Il ne prenait aucune note. Il était juste là pour lui faire vider son sac, mais c'était pénible à vivre. Il avait besoin de changer de sujet avant de lui exploser le crâne contre son bureau de con. Ses yeux parcourent la liste pour une autre question.


— Quels sont vos centres d'intérêt en dehors de votre travail ? demanda-t-il en tentant de garder son calme.


— J'ai des centres d'intérêt variés, répondit Grey avec un sourire qui lui hérissa le poil. Très variés.


Il n'apprécia pas l'emphase, qui avait sans doute un sens que seul l'entrepreneur comprenait. Ce type lui déplaisait un peu plus à chaque seconde, et la tentation de fuir devenait alléchante.


— Et pour vous détendre, que faites-vous ? continua-t-il malgré tout/


— Me détendre ?


Il sourit à nouveau. Il aurait pu avoir l'air charmant si Dorian n'avait pas une si grande envie de lui foutre des gifles dans sa tronche de play-boy à la con.


— Je fais de la voile, je pilote un avion, et je pratique diverses activités physiques. Je suis très riche, monsieur Mori. J'ai des passe-temps onéreux et passionnants.


L'étudiant manqua de se mordre la main pour de pas hurler. Il mourrait d'envie de lui demander si la collection de coquilles d'escargots et l'aqua-poney en faisaient partie, mais par pur miracle, il tient sa langue. Il jeta un coup d'œil aux notes de son amie, pressé de changer de sujet.


— Vous avez aussi investi dans l'industrie navale. Pour quelles raisons ?


La vraie question était : pourquoi êtes vous aussi dérangeant, monsieur Grey ?


— J'aime construire, monter, démonter, savoir comment les choses fonctionnent, expliqua-t-il avec un clin d'oeil très étrange qui n'avait absolument pas sa place dans une interview. Et j'adore les bateaux.


— On dirait que vous laissez plus parler votre coeur que votre logique, répliqua Dorian en notant son expression, presque triomphant malgré lui.


La commissure des lèvres de son interlocuteur frémit à nouveau, alors qu'il jugeait le jeune comme s'il tentait de décrypter son âme.


— Peut-être, mais certains disent que je suis sans cœur.


— C'est embêtant... Vous avez consulté un médecin pour ça ?


Ça y est, il l'avait sorti sa connerie monumentale... Les yeux de Grey s'arrondirent brusquement, avant qu'il n'éclate de rire.


— Eh bien, monsieur Mori, ravi de voir que vous vous détendez enfin !


Dorian se pinça légèrement le haut du nez. Il l'avait dit. Bordel. Et c'était enregistré, donc Emilie l'entendrait aussi. Mais bon, il semblait que Grey ne l'avait pas mal pris. De là à être détendu...il avait toujours envie de le tarter. Le mieux était de reprendre comme si de rien n'était.


— Vous investissez également dans l'agroalimentaire. C'est un secteur qui vous intéresse ?


— On ne peut pas manger l'argent, répondit l'entrepreneur qui gardait un sourire malgré tout, visiblement encore un peu amusé par son écart. Il y a beaucoup de gens qui n'ont rien à manger sur cette planète.


— Philanthrope, alors ? Ou une autre raison ? interrogea le blond, essayant de tirer plus d'information.


Grey haussa les épaules d'un air évasif, son expression revenant à celle plus réservée.


— C'est un bon investissement.


Dorian avait de nouveau envie de se mordre la main. Ok, philanthropie dans ton cul, ce type pensait avec son porte-feuille. Mais il préférait ça plutôt qu'autre chose...il connaissait des gens qui pensaient avec autre chose. Le jeune homme jeta un œil à la liste de questions, tentant de raccrocher les wagons.


— Avez-vous une philosophie de vie ? Si oui, laquelle ?


Mais qu'est ce que c'est que ces questions à la con ? songea-t-il en haussant à peine un sourcil.


— Je n'ai pas de philosophie en tant que telle, répondit Grey après un instant de réflexion. Peut-être un principe directeur. Je me considère comme individualiste, déterminé. J'aime contrôler ceux qui m'entourent, et moi-même par la même occasion, compléta-t-il en se redressant dans son fauteuil, mains jointes dans son visage.


— Vous aimez donc les biens matériels ? s'enquit Dorian, à deux doigts d'arrêter l'enregistrement et de se casser pour de bon.


— Je veux les posséder si je les mérite, mais oui, c'est un bon résumé, ricana-t-il doucement, inclinant légèrement la tête.


— Consommateur compulsif, ne put s'empêcher de marmonner l'étudiant.


— Peut-être.


Dorian avait vraiment envie de se faire la malle immédiatement. Il en avait assez de voir ce type se croire issu de la cuisse de Jupiter. Il jeta un coup d'oeil à la question suivante. Ah. Ça, ça allait piquer un peu. ENFIN.


— Vous avez été adopté. En quoi pensez-vous que cela a influencé votre parcours ?


— Je n'en ai aucune idée, répondit calmement Grey, trop calmement à son goût. Cela excite ma curiosité.


— Quel âge aviez-vous quand vous avez été adopté ? continua Dorian sans relever la tête de sa feuille.


— Cette information est publique. répliqua Grey plus sèchement.


Le blond passa une main dans ses cheveux, soufflant très très discrètement pour essayer de se calmer. Il n'avait pas lu le Wikipédia de Grey avant de venir, mais sans doute que l'entrepreneur s'attendait à ce qu'il l'ait fait. Nom de Dieu, il était vraiment irritant, celui-là ! Il passe volontairement une question sur sa famille. Ah, la suivante était amusante. Du Emilie Lefleur tout craché.


— Êtes-vous gay ?


Honnêtement, il aurait pu la sauter. Mais il était bien trop curieux pour tenir sa langue. Ou du moins la curiosité de son andouille de colocataire.


— Non, Dorian, je ne suis pas gay, cracha sèchement l'entrepreneur, loin de son ton décontracté.


Ça, c'est du deni ou je ne m'y connais pas, ricana intérieurement l'intéressé tout en présentant des excuses audibles. Surtout vu comment tu me reluques depuis que je suis arrivé. Je sais que je suis beau mais quand même...


C'est la première fois depuis le début de l'entretien que Grey utilise son prénom. Il devait quand même être sacrément contrarié. Une pensée qui ne pouvait que le réjouir, en bon fouteur de merde professionnel.


— Pardonnez-moi, dit-il malgré tout afin d'assurer le bon déroulement de l'interview. Je me contente de lire ce qui est écrit.


Il pencha la tête de côté, plus calme tout à coup.


— Vous n'avez pas rédigé ces questions ?


— Non, il s'agit de madame Lefleur. Je n'y suis pour rien. La maladie devait l'égarer.


La maladie ? Plutôt son manque absolu de tact oui!


— Vous êtes collègues pour le journal des étudiants ? interrogea Grey en inclinant la tête sur son épaule, le regard curieux.


— Bien sûr que non. Nous sommes colocataires. répond le blond sans trop en dire.


— Vous vous êtes porté volontaire ? insista son interlocuteur.


Il le regarda quelques secondes sans répondre. Eh, l'interview était censée aller dans l'autre sens !


— Je suis un involontaire. Je suis venu uniquement parce qu'elle est malade.


Quelqu'un frappa à la porte. L'assistante entra dans le bureau.


— Monsieur Grey, désolée de vous interrompre. Votre prochain rendez-vous est dans deux minutes.


— Nous n'avons pas terminé, Andréa, répondit le concerné sans même la regarder. Annulez mon prochain rendez-vous, s'il vous plait.


Les yeux de la secrétaire s'arrondirent de surprise, avant de se poser sur Dorian. Celui-ci lui fit un petit geste de la main, tout aussi perplexe, ce qui ne sembla pas beaucoup amuser la jeune femme. Personne n'avait le sens de l'humour ici ?


— Bien monsieur. Je transmets l'information à Monsieur le président.


Eh beh... songea à nouveau le blond. Plus important qu'un président ? Je suis flatté.


La porte se referma bruyamment, et Grey reprit enfin la parole, attention toujours fixée sur son invité.


— Parlez moi un peu de vous, monsieur Mori. C'est de bonne guerre.


Ah, retour au vouvoiement.


— Je suis désolé, s'excusa-t-il le plus diplomatiquement possible, mais ce n'est pas ma vie qui intéresse les étudiants de l'université.


Ni la vôtre d'ailleurs, mais bon, ajouta-t-il mentalement.


— Allons, vous me le devez bien, continua l'entrepreneur avec un sourire.


Il ne lui devait absolument rien oui ! Dorian ne comprenait pas son insistance à en savoir plus sur lui. C'était pas sa tronche sur les panneaux de pubs !


— Qu'étudiez-vous ? continua Grey sans prendre en compte son refus poli.


— Je finis un Master en sciences informatiques, répondit l'étudiant en serrant légèrement les dents, ne voulant pas lui dévoiler sa vie privée.


— Qu'envisagez-vous après la fin de vos études ?


— Je n'ai pas de projets encore définis, répliqua platement Dorian, bien que ce soit un mensonge. Je dois d'abord passer mes examens.


Le PDG le regardait fixement. ENCORE. Dorian resta immobile, soutenant son regard. Il n'allait pas se laisser écraser par cette tête à claque.


— Nous proposons d'excellents stages, déclara-t-il abruptement.


Dorian hausse à peine un sourcil. Pourquoi ferait-il un stage ici, pour ce type qui le faisait déjà chier pour une interview ? Il ferait ça s'il échouait comme vendeur Carrefour.


— J'y penserai.


D'un geste vif, il éteignit l'enregistrement. Emilie aurait assez à faire avec ça.


— Sur ce, je vais vous fausser compagnie, conclut-il en se levant, glissant son téléphone dans sa poche intérieure. Le trajet va être long, et j'ai des examens à réviser.


Grey jeta un coup d'oeil dehors, septique. La pluie tombait abondemment.


— Par ce temps ?


— Que voulez-vous, je n'ai pas vraiment le choix, répliqua le plus jeune, retenant un regard vers le plafond.


Il n'avait pas appris à conduire dans le désert d'Atacama, il savait comment utiliser des essuies-glace.


— Dans ce cas je vous raccompagne à la sortie, insista Grey en se levant également.


Sachant pertinent qu'il ne pourra pas se débarrasser de cette sangsue un peu trop intrusive, Dorian le laissa ouvrir la marche. Ils descendirent jusqu'à rez-de chaussée dans le plus complet des silences. Et cet ascenseur était vraiment trop lent.


Un fois dans le hall, Dorian dut s'empêcher de crier. Dehors, il pleuvait de véritables trombes d'eau. Le trajet jusqu'à l'appartement allait être un calvaire quant à la visibilité.


— Vous devrez rouler prudemment, remarqua simplement Grey, presque inquiet. Je serais sincèrement navré de savoir qu'il vous ait arrivé quelque chose par ma faute.


— C'est gentil, mais je n'ai pas récupéré mon permis dans un Kinder surprise.


L'entrepreneur étouffa un rire, réellement amusé par la répartie de son interlocuteur.


— Dans ce cas, j'espère vous revoir un jour, Dorian.


Le blond doutait fortement de le revoir, ou même d'espérer le revoir. Mais il lui serra une dernière fois la main par politesse.


— Merci pour le temps que vous m'avez accordé.


Il sortit rapidement, sentant toujours le regard de Grey dans son dos. La pluie était infâme, mais heureusement, il n'était pas garé très loin. Il remonta rapidement dans sa voiture et referma la portière en secouant ses mèches déjà humides.


— Emilie...tu as intérêt à ce que la grippe t'ait achevée avant moi.


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