Session 15 - faut rattraper son retard
Je contemplai à nouveau les bâtiments de l'université, m'attardai sur les toits auxquels s'accrochaient, pêle-mêle, quelques nuages indolents. Ici, l'appel de Joris n'avait pas eu lieu. J'inspirai à pleins poumons, une fois, deux fois. L'air embaumait la glycine et les gaz d'échappement, la bière rance, la sueur et l'after-shave. Mes narines frémirent et un frisson de reconnaissance me courut le long de l'échine. Peu importe où mes rêves m'avaient conduite, dans quels cauchemars ils m'avaient transportée, cette réalité-ci était la bonne. Mon corps se tendait vers elle, prêt à la humer de tous ses pores, avec cette joie furieuse qu'on réserve d'ordinaire aux chiens fidèles en présence de leur maître. J'étais chez moi !
Ici, l'appel n'avait pas eu lieu, me répétai-je. Je tournai et retournai cette certitude dans ma tête, en goûtai la portée avec délice. Puis, dans un sursaut, consultai l'heure sur l'écran avant de siffler un juron dépité entre mes dents.
Il ne me restait que quelques minutes pour arriver chez le notaire, à sept cent mètres de là, dans l'Avenue Général Médecin Derache. Je m'élançai dans l'Avenue Buyl, au travers de la circulation. Il était trop tard pour essayer de trouver le meilleur itinéraire et, de toute façon, cette partie de Bruxelles se découpait à l'américaine, en grands quadrillages d'avenues. Un chemin en vaudrait bien un autre.
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