déflagrations passionnelles
Loin, là-bas, au-delà des flots que le noir reconduit au néant, se laissent deviner les grappes humaines, leur sombre densité, leur longue dérive dans la nuit qui, bientôt basculera, ouvrira l’avenue du jour. Les essaims d’hommes et de femmes feront leur chant monotone. Certains regagneront leurs ruches pour y copuler, poursuivre la longue marche de la génération. D’autres poursuivront la folie de leur ivresse, accrochés, pareils à des résilles de chauve-souris, aux bastingages des bars où vivent des cohortes de paumés aux mains jaunies de nicotine, aux yeux bouffis de sommeil, aux sexes pléthoriques de n’avoir pas aimé depuis le début du monde. Il y aura comme des déflagrations passionnelles, des essais de compréhension, des manières de contacts qui ne seront jamais que l’écho de quelque répulsion qui aura retourné sa calotte et ne s’apercevront plus que les résilles visqueuses des viscères et les filaments d’une misère si évidente que nul ne pourra plus en prendre acte qu’à s’immoler soi-même à sa propre condition mortelle. Longue tragédie suintant par tous les pores du vivant, faisant ses milliers d’étalements, ses irisations lacustres, ses scintillements d’outre-horizon. Car les choses iront dans une telle mutité qu’il en sera de leur réalité comme du sillage des comètes, un feu de Bengale qui s’éteint et disparaît de la conscience des hommes. Pure perdition de ce qui aurait pu faire phénomène mais qui renonce à paraître, tellement l’abîme est profond qui veille toute pensée afin de la manduquer et l’engloutir au plus profond d’un métabolisme aussi mystérieux qu’immémorial.
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