Tokushima retours
Tokushima retours
Tokushima — ce qui m'attend
Retourner. Le mot le plus simple et le plus chargé.
Pas recommencer — retourner. Comme on revient vers quelque chose qui sait déjà votre nom.
La fille du Yakitori. Son sourire franc, généreux — pas un sourire de service, un sourire qui donne sans compter ce qu'il donne.
Ces sourires-là on les collectionne pas. On les reçoit. On les emporte sans le savoir et on s'aperçoit plus tard qu'ils ont fait quelque chose en nous, qu'ils ont réparé un endroit précis qu'on ne savait plus nommer.
Elle ne sait pas qu'elle est dans la maison noire avec moi. Elle ne sait pas qu'août existe grâce à elle aussi.
Et le théâtre. Le taishu engeki — ce théâtre du peuple, du bas, du vrai, où les acteurs se transforment vingt fois en une soirée, où les larmes sont permises parce que tout le monde le sait que la vie mérite d'être pleurée et applaudie dans le même souffle.
Je veux les photographier. Pas les voler — les voir assez longtemps pour que l'image reste.
Et parler. Parler avec les acteurs dans ma langue bancale et sincère, parler avec les spectatrices qui viennent seules ou à deux et qui connaissent chaque acteur par son prénom et qui portent des éventails et qui savent quelque chose sur la fidélité que j'essaie encore d'apprendre.
Ce retour est vital. Je le dis sans honte.
Vital — comme l'air, comme l'eau, comme la preuve qu'on peut partir d'une garde à vue et revenir vers un sourire qui n'a rien oublié.
Le pélican a décidé. Il vole vers l'est. Il porte dans ses ailes la maison noire, le récit publié, les huit jours sans ciel, et ce prénom qu'il ne dit pas encore mais qu'il prononce en volant —
Tokushima. Août. Je reviens.
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