Épisode 130 : État de choc
🎧 Musique : Ennio Morricone – Humanity Part II
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L'espace se referme partout où il s'était ouvert. Sur le chemin de ronde, dans les couloirs, à l'office, dans la cour, dans la ville et jusqu'à Koerich.
La fumée se disperse dans la salle de banquet. Elle s'élimine, par les fenêtres, par les couloirs, on ne sait trop comment. La toux du Père Adalbéric se calme peu à peu. Il finit assis par terre, prostré. Personne ne lui demande comment il va.
Partout, dans le château comme en ville, la musique s'est tue, les chants aussi. Plus un mot, plus un rire, plus un bruit. Plus un son. Pas même un pleur. Pas même un cri, ni un gémissement, ni même un soupir. Plus un mouvement non plus. Pas le moindre froissement de tissu. Chacun retient son souffle. À part, de temps en temps, à peine audible, l'inspiration tremblante et saccadée de l'effroi.
Même la nature semble s'être mise à l'unisson. Plus une feuille ne bouge, plus un brin d'herbe. Pas un sifflement, pas un croassement, pas un bourdonnement. Pas même la moindre brise. Pas même le moindre papillon de nuit.
Dans le château et en ville, les lumières brillent encore. Mais elles n'éclairent que des créatures réduites à l'état de statues, comme si on leur avait jeté un sort.
Au château, le crépitement des torches résonne dans le vide.
En ville, elles éclairent avec les lampions un décor de fête devenu absurde. Aussi absurde que les robes colorées des femmes et les vêtements soignés des hommes.
Aussi absurde que les atours des châtelains et de leurs invités, les costumes de cérémonie des domestiques ou les armures dérisoires des gardes de la garnison spéciale.
La pièce de gibier d'où a surgi le diable gît délaissée au milieu de la table, refroidie depuis longtemps.
En ville, les tentes et les échoppes consacrées à la restauration sont désertées. La nourriture, là aussi, a refroidi. Nul ne s'intéresse aux boissons. Les tréteaux des baladins sont vides. Les installations de jeux sont abandonnées, et les échoppes du marché étalent leurs marchandises en vain, admirées seulement par l'air ambiant et les reflets de l'éclairage.
Personne ne regarde autour de soi, ni au château ni en ville. Chacun fixe un point juste droit devant soi, au loin. Comme s'il cherchait au-delà de l'horizon quelque signe invisible. Mais les yeux immobiles ne font pas tous face à l'horizon. Ils font plus souvent face à des murs, à des arbres, ou à des dos. Et ils ne cherchent pas au loin. Ils sont juste absorbés vers l'intérieur.
Personne ne regarde son voisin. Personne ne cherche les yeux de quelqu'un d'autre. Personne ne fait entendre sa voix pour émettre un commentaire.
Tout le monde est trop abasourdi pour réagir, ou même pour réfléchir.
Chacun a l'impression d'avoir reçu une montagne sur la tête. Plus personne n'est capable de penser, de rassembler ses idées, de réaliser ce qui vient de se passer. Une montagne s'est juste effondrée sur leurs têtes et leur a vidé d'un seul coup le cerveau. Il n'y reste plus rien. Juste un grand blanc.
Dans la tête de l'un des moines présents à la fête tourne en boucle ce verset de l'Apocalypse de Saint Jean dans lequel, après le septième coup de trompette et l'ouverture du septième sceau, il se fit dans le ciel un silence d'environ une demi-heure.
Épisode 131 : Réveil
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