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InvisibiliNée
Non-fiction
Society
calendar Publicado el 25, may, 2026
calendar Actualizado 25, may, 2026
time 8 min
eric verified
Eric Aubel hace 26 minutos

Merci pour ce témoignage émouvant et merci de nous donner la force de continuer à exister tel que l'on est. Merci de votre courage qui nous booste. 👍

InvisibiliNée

Illustration d’@owen_gent







Voici un poème écrit au trois quart au moins il y a un an.

Finalisé depuis quelques semaines. Depuis, j’ai l’intention de militer pour les quiquas et plus, en y associant simultanément ma bobine.

Sauf que… Constat : pas moyen de trouver le courage. Pas moyen de trouver le bon tirage…

Je m’auto-censurais, je m’auto-censure - toute seule !

Patriarcat, comme tu as bien oeuvré sur moi et en moi !



Et puis un jour - alors que la veille j’ai fait quasiment nuit blanche ! Pour justement ôter au moins ce poids-là à mes nuits ?Pour cesser de me silencier - je rentre du boulot et par miracle, après une vague de selfies, je me trouve présentable. Digne d’être présentée.


https://youtube.com/shorts/617IJD1nWDY?si=tzhIIiDJGzsXe5vh


B.O. : https://youtu.be/leEGkxEA7Zo?si=5qLTRTkfJ1BGHWqj

(Vidéo visible avec l'audio calé tout bien comme il faut sur Insta et Facebook)




Pour me donner l’impulsion de créer une logorrhée visuelle de moi-même depuis mes 49/50 ans (âge de l'abandon et du rejet, dont il m'aura fallu trouvé quand même la force d'organiser la célébration. Mes ami.e.s, merci) et me décider à tout partager, j'aurai eu besoin en plus de l’illustration d’@owen_gent : allégorie entre dépouillement de soi volontaire ou dépossession de soi par les autres… En tout cas, une femme qui avance malgré tout.


Et puis aussi, je crois que je suis fatiguée.

Fatiguée de me trouver ridicule à pencher un peu la tête en arrière pour empêcher un peu la pesanteur de tirer sur ma peau.

De me poster sous la douche de lumière qui filtre et lisse les rides mieux que les applications.

Fatiguée de trouver le bon angle pour masquer mon plombage de pas assez riche ou alors de devoir ne pas sourire largement.

Fatiguée de ma coupe femme, de sa couleur, de sa longueur qui se rajoutent à la note à payer de mon sexe et de mon âge.

Fatiguée de camoufler les racines, stigmates apparemment obscènes du vieillissement.

Fatiguée d’avoir honte de ma peau devenue soudainement cratères aqueux de lune, de mes veines et vaisseaux sanguins qui ont l’outrecuidance de péter à tout va et s’exhiber au grand jour.

Fatiguée d’arracher des poils qui disent que je suis adulte, au même titre que les adultes masculins - juste plus jamais une jeune fille imberbe. Les hommes fantasment sur le corps d’enfants et c’est moi qui serait repoussante ?

Fatiguée de jouer les héroïnes qui se doivent de faire rêver, a minima d’avoir de l’élégance (sans parler de plaire) alors qu’on m’a appris de longue date le dégoût moqueur de la femme vieillissante. D’ailleurs de qui parle-ton ? Où sont-elles ?



Fatiguée de jongler avec les codes des normes.






Comme toutes, je porte en plus du bannissement peu à peu sociétal, le combat de raviver l’image de moi-même pour continuer à vivre légère, de me battre pour « reprendre le pouvoir », d’en débattre socialement pour défendre ma cause, ou d’en rire pour faire genre « C’est pas si grave. Tout est une question de point de vue ». Mais la vérité, c’est que c’est quasiment impossible de reprendre le dessus sur le lavage de cerveau que tu as vécu in.consciemment depuis l’enfance. J’ai été programmée à ne plus m’accepter et m’aimer à partir de la ménopause. Le savoir ne suffit pas à contrer les dégâts. Mon corps a viré de bord et mes pensées le rejettent. Sans compter mes hormones qui me lestent.



Ces lignes semblent aux antipodes du poème qui évoque au contraire une libération. J’ai bel et bien accédé dans un même temps à une forme de soulagement. Parce que tant que tu peux être dans la course de la désidérabilité et bien, tu y participes, que tu le veuilles ou non. Juste par ce que tu renvoies. Tant que tu es une femme en âge de procréer, tu peux potentiellement faire « le bonheur » (au moins sexuel) d’un homme. Parce que tu fais partie de la « bonne » tranche.

Personnellement, je ne suis pas nostalgique de cette compétition sous-jacente qui nous fait nous détailler entre femmes et nécessairement soupesé par le regard masculin de n’importe quel hétéro.

J’ai été quittée pile au moment où je savais que mon identité allait faire la bascule. Je l’anticipais en lui disant d’ailleurs : « Je sens que je change : est-ce que tu me suivras ? » Il répondait « Oui, oui » mais il m’a quittée (comme tant d’autres de ses confrères, pour leur jeune collègue) à cette brèche, créant l'effondrement en moi. Savoir alors que je ne ferai plus partie des femmes plebiscitées participait à mon drame. (Comme si j'allais être en capacité de me laisser à nouveau approchée…)


En réalité, une fois que je me suis retrouvée libérée de ces injonctions et du regard masculin au travers duquel on nous dit que tout se joue (et c’est en grande partie vrai), cela a laissé beaucoup de place à une longue introspection et à des réflexions politiques que j’avais entamées quand j’étais en soins, puis en longue convalescence, durant deux ans. Je vois ce qu'il y a à voir et c'est bien tout cela qui est laid et qui pour le coup, moi, ne m'attire pas.





Mais plus tristement et fatalement, je vois bien que mon âge est un frein dans l’idée de ce que l’on se fait de la fameuse force de l’âge, du dynamisme, d’une vision de l’avenir… C’est éprouver une autre forme de précarité, notamment professionnelle. Plus que mon âge-même, composer avec cet obstacle supplémentaire m’épuise.



Du coup, s’il m’incombe de chercher à vivre le moins mal possible ce que je ne peux empêcher - âge et jugement sur l’âge - et bien, je me suis dit : « Allons-y ! ».


À commencer par la décision d’arrêter de m'appauvrir en filant une partie de mon argent à la taxe rose.

Même si j’étais attachée au rose, justement, de mes cheveux qui était pour moi une expression artistique, j’attends la bonne longueur de racines pour retourner à ma couleur naturelle (oui, grise) et tout couper. Dommage, j’aimais bien l’effet dégradé en crinière actuel. Ça repoussera.


Et en poursuivant par cette publication qui me demande de m'exposer, avec un témoignage comme pour me secouer les tifs et me rappeler que cette année, je vais avoir 53 ans.


Et que cette société le veuille ou non, j’existe.




Citation de Marie Robert

reprise par le compte Vivonsdamour




Sororalement


Comentario (1)

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eric verif

Eric Aubel hace 26 minutos

Merci pour ce témoignage émouvant et merci de nous donner la force de continuer à exister tel que l'on est. Merci de votre courage qui nous booste. 👍

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