Chapitre 14 : Déceptions
Chapitre 14 : Déceptions

La terre. Cet astre qui habitait tant de choses. Des plus vastes décors magnifiques aux cauchemars qu’offrent les villes les plus néfastes, notre monde semblait immense. Et pourtant, il n’était qu’un vulgaire caillou dans tout le cosmos. Notre soleil n’était qu’une étoile insignifiante face au dévoreurs de mondes tel que Phénix A, ou TON 618. Des monstres qui engloutissaient tout, réduisant chaque corps en poussière. Qu’est-ce que l’on est face à cela ? Un humain est finalement si vulnérable. Il dépend d’un équilibre si fragile. L’attraction du soleil serait un poil moins puissante, ou au contraire, un poil plus, la Terre serait inhabitable. Entre un monde de glace ou un désert géant, quel aurait été le pire cas pour que la vie s’y réfugie ? Aucun. Et je ne parle pas de nos défenses naturelles, telle que Saturne qui nous protège des débris cosmiques, tels que les météoroïdes. Nous ne connaissions que si peu de choses. La vie que je mène aujourd’hui ne m’en a pas appris bien plus, mais je sais que ce monde cache d’énormes secrets. À commencer par celui de sa création.
Le mur ! Mon espoir d’en apprendre plus sur moi était brisé. La lumière qui émanait de lui se dissipait peu à peu, ramenant une obscurité profonde, tout comme mon abattement. Était-ce cela la vie ? Une grande série de déceptions ? Y avait-il un jour où le bonheur serait capable de persister ? Non. Par définition, être heureux n’était qu’un moment fugace, échappant à notre contrôle. Un instant que nous avons souvent du mal à provoquer, car, si nous pouvons rendre les gens heureux, il se peut que ce ne soit pas possible à l’inverse. En même temps, je ne me rappelais pas avoir essayé de rendre qui que se soit heureux. À commencer par ma grand-mère. Je faisais ce qu’elle réclamait de ma part, sans demander mon reste. Les discussions s’attardaient rarement. Un bonjour de politesse. Un « bonne journée » lâché par habitude. La météo était un sujet qui revenait souvent sur la table, et bizarrement, tout le monde le fait. Les « ça va » aussi. Quelle banalité ! Nous ne faisons que passer à côté de ce qui est essentiel. Tous. Et le jour où nous le remarquons, il est trop tard. La mort, la maladie, les tragédies nous rappellent notre fragilité et ce qui est primordial pour nous seulement lorsque nous avons perdu quelque chose ou pire, quelqu’un.
Même si le gaz s’échappait légèrement par le trou créé derrière le mur, il n’en restait pas moins dangereux. Il était temps que je ravale cette cuisante défaite, celle d’avoir échoué : découvrir ma véritable vie. Mes poumons semblaient brûler. Si je ne m’excitais pas, je mourais ici et tout ceci n’aurait servi à rien. Je pris enfin la fuite pour sortir. La lumière venant à disparaître, j’eus à utiliser celle du téléphone. Voyant avec effroi « batterie faible » s’afficher, j’eus des sueurs froides, encore. Il fallait vraiment que je me grouille. Le temps jouait contre moi.
Courant du mieux que je pouvais, glissant à plusieurs reprises sur de la caillasse, je finis par voir une sortie, un point de lumière au loin. L’air redevenait respirable, mais la fatigue et le manque d’oxygène manquèrent de me faire vaciller plusieurs fois. Je ne sais toujours pas où j’avais puisé les forces nécessaires pour survivre à cela, mais il se trouvait que j’étais enfin dehors. Épuisé. Au bout du rouleau. Je pris juste quelques secondes pour vérifier que j’étais bien à l’air libre avant de m’effondrer. Je n’avais ni conscience du jour ou de la nuit, ni même su où j’étais, mais mon corps ne pouvait en supporter plus. La tête dans le brouillard, la dernière image que je vis était mon portable qui s’éteignait, lui aussi.
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