Casting : La terre de feu
Cette année-là, ce n’est pas seulement un grand voyage que nous faisons, mais deux.
Après la chaleur d'Hawaï, le froid du bout du monde nous attend, avec l'Argentine, la Patagonie et sa Terre de Feu.
Nos sacs de couchage "grand froid" sont dans nos bagages, comme d'habitude je pars avec Sidonie, ma mère fait le taxi pour nous conduire à l'aéroport.
Les bagages enregistrés, les passeports contrôlés, l'attente pour monter à bord de l'avion et c'est parti pour le décollage et des heures de vols.
Le voyage est long, très long, et pour une fois, le décalage horaire ne me convient pas.
Notre première escale se fait à Buenos Aires. Je visite la capitale avec une furieuse envie de dormir ; heureusement, l'histoire est riche et je ne peux pas succomber aux bras de Morphée.
Nous visitons le quartier coloré de La Boca qui a vu naître le tango argentin. Ses maisons sont construites en planches peintes en bleu ciel, en vert, en jaune clair et jaune moutarde. Les toits en tôle rouge ou grise, leurs façades colorées aux encadrements de fenêtres rouges et aux balustrades de balcon jaunes, tout cela dans une rue pavée qui finalement crée une harmonie artistique unique.
Ici se trouve la tombe d'Eva Perón, les manifestations toujours actives des mères de la place de mai, le cœur brisé par la disparition de leur fils ; l'histoire politique de l'Argentine est forte.
Un dernier vol nous emmène jusqu'à "la fin du monde". Si la terre était plate, c'est là qu'elle s'arrêterait, au bord d'une mer grise longée de montagnes aux sommets blanchis par la neige. L'air est sec et frais, nous sommes à Ushuaia.
Lorsque nous arrivons, nos guides ont terminé de monter nos tentes, la fatigue se fait sentir, cela nous convient parfaitement.
Nous dormons dans des tentes des années soixante, au tissu épais et à la forme canadienne. La pluie va-t-elle nous gâcher le séjour ?
Pas du tout, le vent sèche tout sur son passage.
Notre accueil se fait avec un apéritif : chips et champagne argentin, les bagages posés de manière éparse sur l'herbe attendent de pouvoir être rangés dans nos tentes.
Nos guides ont un physique typé et ils n'ont rien d'argentin, ils sont péruviens, étonnant !
A priori, les guides argentins n'acceptent pas ce genre de road trip en tente où il faut participer à la confection des repas et aux services logistiques.
Pour ce soir, ils nous ont préparé de la viande locale au barbecue ; avec ma fatigue, je ne pense pas réussir à manger ces beaux pavés.
Pourtant une fois servie, la viande moelleuse fond dans la bouche, c’est un délice pour le palais, finalement je vais tout manger sans difficulté, la viande est d'une qualité exceptionnelle.
L'un des guides a le teint très mat, les traits de son visage ne sont pas très expressifs pour moi, je n’arrive pas à déterminer son état d'esprit.
En nous accueillant, il est silencieux, pourtant il suscite mon intérêt. Le mélange de ses sentiments attise ma curiosité. Je ne sais pas déterminer si c'est du stress, de l'inquiétude, de la fatigue, de la lassitude. En tout cas, je perçois avec certitude de la colère que je ne comprends pas.
Est-il dans l'obligation de faire ce voyage ? Est-ce le fait de partir loin de chez lui ?
A priori il est là pour se former auprès de l'autre guide, son rôle semble contradictoire avec ses sentiments. Voilà une personne que je n'arrive pas à cerner mais que je me plais à observer.
Il s'appelle Stan.
Le premier matin, après avoir démonté les tentes, nous visitons librement Ushuaia.
Un pantalon de trekking, un anorak aux manches rouges, et un bonnet à motifs péruviens sur la tête, Stan vaque à ses occupations d'accompagnateur. Il prépare les repas auxquels nous participons, il installe le matériel, s'occupe de charger les bagages avec le chauffeur, il est plutôt réservé et parle peu.
L'après-midi, un guide argentin nous accompagne pour faire la visite du parc.
La Terre de Feu est magnifique et sauvage, des bras de mer entrent dans les terres. C’est la rencontre de deux océans, Atlantique et Pacifique.
Ici vit une faune variée, avec des chenilles colorées, des castors et des cormorans.
Les arbres sont fragiles, brutalisés par le vent ils peuvent tomber déracinés. Ils sont utilisés par les castors qui construisent inlassablement des barrages pour leurs lieux d’habitations.
La frontière avec le Chili est à proximité, des perroquets volent au-dessus de nos têtes.
Pendant la balade, Stan pose plus de questions au guide que les touristes que nous sommes. Ses questions sont discrètes, nous n'entendons souvent que la réponse du guide argentin.
Le groupe se compose de deux couples : un jeune couple et un vieux couple ; nous sommes huit filles célibataires d'âge à peu près identique, une femme plus âgée est facilement reconnaissable avec ses cheveux blancs.
Comme à chaque début de voyage, on fait connaissance, qui est avec qui ? Certains sont venus seuls et s'associent à un compagnon de voyage pour partager leur tente au cours du séjour. L'ambiance est fraiche à cause de la météo et chaleureuse à la fois, chacun est prêt à partager sa bonne humeur.
Pour se réchauffer, nous avons des boissons chaudes et nous avons droit à une première dégustation de maté, je n'apprécie pas vraiment. L'air est frais, très frais, cette nuit il va geler.
La route s'étire au milieu de la pampa ; en route vers le Chili, nous observons des guanacos, des moutons et des manchots.
Nous nous arrêtons pour les regarder évoluer. Les manchots se promènent par deux, ils vont des prés à la mer en se dandinant, leurs parcours répétitifs ont creusé des chemins adaptés à leur taille.
Les anoraks et les bonnets ne nous quittent pas.
Près des manchots, que leur démarche rend comiques, je vois Stan sourire, ses dents blanches tranchent sur sa peau sombre.
Ce soir, le repas au restaurant se termine de manière festive, en musique pour l'anniversaire de Patrick, gâteau, génépi et salsa sont au menu de la soirée, chacun fait quelques pas de danse avec ses chaussures de trekking.
La musique éclaire les yeux de Stan, cela lui plaît.
Les journées commencent toujours par le petit déjeuner sous la tente de service. Ce matin, je bois un thé bien chaud, encore un peu endormie, mais plutôt en mode cocooning sous mon anorak.
Stan s'affaire déjà à préparer le repas de midi. Se couchant toujours avec les derniers clients et se levant à l'aube, il m'avoue manquer de sommeil. Préparer les repas pour les touristes n'est pas sa tâche favorite, il est guide et préfère raconter l'histoire, la géographie et faire découvrir les lieux culturels. Il fait les tâches logistiques par obligation dans ce circuit.
Cela explique certainement l'origine de la contrariété que je ressens chez lui. Il n'est pas le guide riche de connaissance et de savoir dans ce pays.
Nous rejoignons le parc de Torres Del Paine, les paysages nous laissent observer une végétation basse avec des alpagas en liberté.
Notre route alterne avec des pauses pour admirer la pampa argentine et régulièrement, il faut changer les pneus du minibus.
Au cours des transferts, les routes caillouteuses ne l'épargnent pas.
Nos nuits sous la tente alternent avec nos nuits dans les cabanes qui semblent toujours luxueuses.
Nous poursuivons notre circuit ; ce matin, la première halte nous arrête près d'un grand cours d'eau. La rivière grise se partage en plusieurs torrents où les eaux blanchissent avec la vitesse de la cascade, puis elles deviennent vertes en changeant de niveau sur un terrain plus plat. Le spectacle de l'eau est plaisant à observer.
La nature est étonnante. Le bruit du torrent est si fort qu'il faut se rapprocher pour se parler.
La route se poursuit l'après-midi.
Le lendemain, nous faisons une balade au pied des tours du Paine, il faut se frayer un chemin au milieu des cailloux. Le vent chasse les nuages et les ramène aussi vite, il faut savoir attendre l'éclaircie météorologique pour faire une photo. Les guides marchent en tête ou en serre-file le plus souvent.
Au cours de l’ascension, des informations complémentaires sont glanées sur nos accompagnants. Ils font les circuits en Argentine, car cela est rémunérateur pour eux ; ils ne sont pas bien vus des guides locaux, qui les considèrent comme une concurrence déloyale.
Lors de la descente, je me plais à marcher près de Stan, il n'est pas très bavard mais répond aisément à mes questions.
Le paysage de rochers et de cailloux où nous progressons ne justifie pas de questions. Ma curiosité s'oriente donc sur son pays d'origine : le Pérou. Parler de son pays rend Stan plus loquace. L'histoire et la culture en font un pays riche qui pourrait être une excellente prochaine destination de voyage.
Ce soir, notre camp est dans un site magnifique, un pré vert et fleuri entouré des montagnes au bord d'un bras d’océan aux eaux turquoise. Nous en profitons pour faire des photos de groupe avec un beau manchot réalisé en bois par un artisan local.
Le matin suivant, un parcours dans les cailloux nous conduit au pied du Fitz Roy.
Nous montons en altitude jusqu'au niveau de la neige où la météo poursuit ses caprices, le brouillard, les nuages s’alternent puis brusquement les éclaircies nous offrent un panorama magnifique.
Les montagnes se découvrent, les grandes roches se dressent devant nous, deux montagnes majestueuses.
La lumière permet alors de réaliser de belles photos. Stan possède un bel appareil, avec lequel il fait discrètement des photos en se plaçant à distance du groupe. Son côté secret et mystérieux renforce ma curiosité, il est le personnage énigmatique du voyage.
Il semble rêveur, parfois ailleurs, songeur et parfois en méditation. Il s'imprègne du lieu et semble le ressentir.
Après la randonnée, les journées se terminent la plupart du temps par un bon thé chaud, à discuter en attendant le souper.
Ce soir-là, sous un abri de tôle maintenu par des poutres en bois, trône un poêle rustique. Le feu dans un tonneau de métal usé produit une chaleur bienvenue, la fumée s'échappe par un conduit qui dépasse sur le toit, créant une cheminée. Installés à faire sécher nos serviettes après la douche, les discussions sont légères sur la journée écoulée, les ampoules dans les chaussures et la fatigue de marcher dans les cailloux sont relativisées.
Stan reste à discuter plus longtemps que d'habitude, notre conversion s'oriente sur la photographie. J'apprends que c'est une passion qui occupe sa vie, il fait de nombreux clichés au cours de ses multiples déplacements. Malheureusement, il n'a pas le temps de les exploiter. Notre conversation se poursuit sur la lecture, il connaît de nombreux auteurs français, finalement, il s’avère qu’il en a lu plus que moi ; il aime aussi écrire.
Le mystère et le charme qui m'attirent en lui sont donc probablement sa sensibilité à ressentir les choses et sa fibre artistique.
Je pense souvent à lui en m'endormant. La nuit, la fraîcheur vivifiante et le vent semblent remplir mes rêves d’énergie, comme une force vitale qui me traverse, cette énergie nouvelle est bienvenue.
Nous arrivons à El Chaten, une jolie ville dans une vallée.
Le Cerro Torre nous attend.
Nous progressons lentement. Les sommets balayés par le vent portent une coiffure de nuages, ils courent et se déplacent sans savoir sur quel sommet s'arrêter.
Lors des balades, Stan se montre plus volontiers intéressé par les conversations, il s'intègre au groupe qui est plutôt bienveillant.
Le feeling passe entre nous, je me sens bien à ses côtés, j'attends nos moments de conversation individuelle avec impatience. Nous pourrions poursuivre nos conversations longtemps, mais son rôle d'accompagnateur sérieux fait qu'il montre de l'attention à chacun, il parle et échange avec tous.
De manière naturelle, nous nous retrouvons souvent à proximité.
Ce jour-là, la balade dans les rochers n’est pas très plaisante, comme les précédentes ; mais mon humeur est un peu usée par cette marche dans les cailloux.
Où allons-nous, où nous mène cette marche ?
En plus, le brouillard ne nous encourage pas à rejoindre le sommet.
Stan ne dit rien, il ne promet rien, le temps est tellement changeant que même lui ne semble pas sûr de l'intérêt de cette nouvelle randonnée.
Il ne marche pas loin de moi, je ravale un peu ma mauvaise humeur. Enfin, nous arrivons au sommet. Il est près de moi quand le brouillard se lève ; le vent éparpille les nuages en quelques minutes pour laisser place à une magnifique carte postale. Une eau verte aux reflets gris, au pied des parois rocheuses, est surplombée par des sommets abrupts entourés de montagnes enneigées. Nous partageons la même émotion devant ce panorama surprenant.
Les nuages s'estompent en totalité, le glacier qui borde le lac apparaît dans toute sa splendeur.
La nature est si belle.
Le ciel est maintenant d'un bleu profond, accentué par le revêtement blanc neigeux des sommets. Chacun prend des photos et pose pour immortaliser le moment.
Je serais bien restée près de Stan, mais il choisit de s'éloigner. Peut-être choisit-il un point de vue original pour ses photos ? Ou bien a-t-il besoin de solitude ? Son éloignement me fait prendre conscience de mon attachement.
Je suis surprise de mes sentiments, Stan me plaît.
Un peu émue par cette révélation, le retour me rend silencieuse et pour une fois c'est lui qui anime la conversation, une conversation tranquille qui laisse place à la réflexion.
Mes pensées sont douces et agitées en même temps, une sorte d'étrange ferveur.
Au cours de notre descente, les monticules de cailloux laissent place à la végétation qui réapparaît et la température ambiante se réchauffe. Le sentier est mieux marqué et rend les pas plus faciles et légers.
En traversant un champ, un cheval tacheté de blanc et de brun avec une fière allure me suit un long moment. Il me fait penser aux chevaux montés par les Indiens dans les westerns américains.
Stan pense qu'il me suit parce que je suis une bonne personne ; sauf si j'ai du sucre dans les poches, dans ce cas c'est la gourmandise de l'animal, plaisante-t-il !
Je n'ai pas de sucre dans les poches et n'affectionne pas particulièrement cet animal à quatre pattes dont la présence a plutôt tendance à m'apeurer après mon expérience tunisienne.
Heureusement, le contexte est différent, cet animal ne présente aucun stress, il a une vraie liberté dans le vaste parc dont on ne distingue pas les limites. Sa manière de me suivre nous amuse un moment.
Mes sentiments me mettent dans un état particulier de joie et d’inquiétude mélangées.
Le lendemain, lors d'un nouveau transfert, nous subissons une ultime crevaison. Nous patientons dans un joli chalet où une guitare permet de jouer quelques accords de musique qui se terminent en chanson de Brassens. Stan semble joyeux et moi je suis perturbée par mes sentiments.
Les jours suivants, nos balades restent conviviales. Notre randonnée du jour nous permet d’admirer le lac Argentino.
Le paysage s'étale loin à l'horizon, les tons de pierres rouges de la terre sont accentués par le lac aux eaux variant du bleu ciel au turquoise sous les nuages blancs et cotonneux.
Sidonie me prend en photo avec Stan mais contrairement aux photos où l'on se rapproche pour poser, sur celle-ci nous sommes chacun à une extrémité, se rapprocher devient-il dangereux ?
Je ressens de l'attirance pour Stan mais pour maintenir l’équilibre, j'instaure une distance supplémentaire, Stan perçoit-il quelque chose ? Nos échanges sont moins fréquents.
Un guide local anime la soirée en nous présentant des photos et en nous racontant l'histoire du développement de la ville. Je n'écoute rien, je suis distraite.
Claire nous organise une soirée crêpes très festive. Les dernières crêpes sont terminées au petit déjeuner, un peu de Bretagne en Amérique du sud.
Aujourd’hui, notre dernier site à visiter s'annonce, le glacier du Perito Moreno nous attend.
Le bateau nous emmène tôt le matin avant le réchauffement des rayons du soleil, le spectacle commence dès l'embarcation.
La mer s'ouvre devant nous et s'arrête face au mur de glace. Majestueux et mystérieux à la fois, il est le maître des lieux. La majesté Nature prend toute sa force dans cette masse de glace vivante qui se renouvelle continuellement.
Le glacier s'élève, froid, abrupt, des pics de glace et des crevasses se dessinent, il a des reflets changeants : blanc, bleu, gris selon la position de la lumière, il nous raconte son inconstance.
Le bateau longe une côte rocheuse où nous sommes débarqués, des bancs en bois nous attendent pour chausser les crampons sous nos chaussures, il faut faire quelques pas pour s’habituer à marcher en levant les pieds.
Pour fêter le moment, nos hôtes nous servent un whisky avec de la glace locale. Nous explorons l'endroit, les crampons nous permettent d'avancer doucement sur le glacier, nous pouvons approcher les failles de glace. Nous avons le temps de prendre des photos et de profiter du cadre.
La blancheur de la glace ressemble à la pureté de mes sentiments, la variation de bleu ciel semble les colorer d'espoir, les failles découpées dans la glace expriment le risque et l'inconnu où je peux basculer, est-ce dangereux ? Que faut-il attendre de mes sentiments ?
En attendant, on s’amuse, on mime l’escalade sur la glace. Nous crapahutons sur le glacier en sirotant notre whisky rafraîchi par la glace du Perito Moreno. Stan semble heureux.
Le paysage contrasté est étonnant, d'un côté la glace et sur le côté la terre et la végétation où poussent des fleurs rouges.
Nous posons pour des clichés inoubliables.
La neige étincelle au soleil, sur la dernière photo de groupe, Stan et moi sommes de nouveau à l'opposé.
Le soleil est maintenant haut dans le ciel, l'eau scintille, il est temps de repartir.
Avec le réchauffement du soleil, un bloc de glace, de manière inattendue, se détache et crée un nuage de particules dans son effondrement.
Le spectacle est splendide mais suscite aussi de l'inquiétude.
La route du retour est maintenant familière, alpagas, vigognes et pampa. Nous nous arrêtons dans une exploitation d'élevage de moutons, l’éleveur argentin nous fait une démonstration de la tonte de mouton, un travail qu’il effectue avec dextérité et rapidité.
La nostalgie m'envahit déjà, la fin du voyage assombrit mes pensées. Le bonheur de croiser le regard de Stan, d'observer sa silhouette, me remplit d'une chaleur joyeuse, je suis fiévreuse, je suis amoureuse.
Notre dernier logement est de loin le plus somptueux. De jolis chalets en bois chaleureux se divisent en plusieurs chambres. La répartition est facile, chacun se connaît bien. Notre dernière soirée se déroule dans un restaurant de la ville, l'heure du regroupement est fixée à dix-neuf heures.
Je ne me souviens pas du repas, mais des préoccupations qui occupent ma tête. Comment se quitter ? Cela me semble impossible. Se revoir paraît invraisemblable ? Comment terminer une histoire qui n’a pas commencé ?
Ma tête ne trouve rien, pas d’issue, juste le sentiment de devoir profiter du moment présent. Quand le repas est terminé, quelqu'un lance l'idée de poursuivre la soirée dans le bar dansant d'à côté. Stan nous accompagne.
La musique et les chansons en espagnol sont entraînantes, dynamiques et festives ; on danse sur la piste au milieu des tables. L’espace n’est pas grand, notre groupe suffit à le combler.
Je ne me souviens plus si la musique a changé, si le rythme nous encourage à nous rapprocher, mais Stan est près de moi, je n'entends plus la musique, sa présence si proche me fait vibrer, une vague d'émotions m'envahit, des pôles magnétiques qui s'attirent inéluctablement. Quand je relève la tête, son baiser est d'une douceur merveilleuse, je quitte la terre quelques instants. Quand il arrête de m'embrasser, je redescends sur la planète ; il prend ma main et me guide vers la sortie.
Dehors, l'air vif ne refroidit pas nos sentiments ; comme emporté par l’énergie du vent argentin, mon cœur est balayé de bonheur. C'est doux, léger, sincère et passionné, nous ne voulons pas nous quitter.
Il m'entraîne jusqu'au chalet qu'il occupe, sa main est ferme et douce, je le suivrais au bout du monde mais nous y sommes déjà.
Nos baisers ne s'arrêtent plus, les mots n'ont pas leur place, deux âmes sœurs se rencontrent comme une évidence instinctive, une chaleur passionnée m'envahit, il est impossible de se séparer.
Le lit une place est adossé à une fenêtre, un rideau masque la nuit, la lumière extérieure transparaît et permet de nous deviner dans la pénombre. J'aime tout de lui, son odeur discrète, sa peau douce, ses bras musclés qui m'enlacent, je succombe à cette étreinte passionnée.
On s'endort dans les bras l'un de l'autre. Ses mains caressent mes cheveux, mon cou et mon dos, un réveil en douceur au milieu de la nuit, nos corps n'ont pas fini leur conversation. Nous avons encore tant de choses à nous dire, tant d'amour à partager. Je m'endors sur son corps, entourée de ses bras.
La nuit est trop courte, la lumière paraît sous le rideau. Pour ne pas voir le jour se lever, il remonte les couvertures sur nos têtes pour s'aimer encore. Pourtant, il faut se résoudre à se quitter, discrètement, sans se faire voir. Stan doit nous accompagner à l'aéroport, faire le guide jusqu'à la fin du voyage.
Un dernier baiser, un dernier vêtement enfilé à la hâte et je suis dehors dans le froid du matin, le cœur si chaud et si léger, que l'amour partagé me donne une légèreté insoupçonnée, il me semble voler.
Je passe récupérer mes affaires, c'est l'heure de partir.
Une dernière photo de groupe, on échange nos adresses, on se promet de se donner des nouvelles. Thierry prévoit déjà de nous inviter, chacun trouve sa place dans l’avion, les gens s'installent pour regarder un film ou sommeillent sur leur siège. Les collations rythment nos heures de vol, l'avion nous ramène en France.
Clap ! Le film est terminé.
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