Lundi 23 mars 2026
J’ai pleuré longtemps, essayant de lui expliquer combien je me sens peu fonctionnelle, en tant qu’être humain. Avec sa bienveillance habituelle, elle a répondu que je me sous-estime et que j’ai juste besoin d’air frais, d’un peu de renouveau pour me défaire de l’impression de tourner en rond comme un poisson dans son bocal. La vérité c’est que si je tourne en rond c’est toujours de l’extérieur, longeant inlassablement les mêmes parois sans parvenir à les franchir. De l’autre côté du verre épais, c’est tout un monde qui vit et s’organise sans moi, une armée de poissons qui me ressemble de prime abord. Je les regarde vivre et interagir, je les envie un peu. Ils sont juste là, tout près, tant et si bien que l’espace de quelques instants, il m’arrive d’oublier la cloison qui nous sépare. J’amorce un mouvement, bien décidée à me joindre à leur grand ballet aquatique, et soudain ma tête heurte le verre, me laissant assommée et triste, les nageoires de travers. Au fil du temps, je me suis cognée ainsi contre un nombre incalculable de bocaux qui n’étaient jamais les miens et parfois, de l’intérieur, quelqu’un me lance quelle chance tu as, tu es libre toi. Je suis libre, c’est vrai, et je devrais m’en réjouir, apprécier à sa juste valeur la chance que c’est de n’être pas cantonnée à un espace réduit et fermé, contrainte à parcourir sans cesse le même chemin. Je suis libre mais seule, un poisson abîmé qui peine à nager droit, errant dans l’immensité froide sans savoir où il va, une bestiole isolée qui n’appartient à aucun lieu, un animal perdu avec de l’eau plein les yeux.
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