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Chapitre 6.1 - Jules
Fiction
Historical
calendar Publicado el 24, jul, 2026
calendar Actualizado 24, jul, 2026
time 5 min
All audiences

Chapitre 6.1 - Jules




Qu’importe j’irai où bon te semble

J’aime tes envies, j’aime ta lumière

Tous les paysages se ressemblent

Quand tu les éclaires


J’irai où tu iras

Mon pays sera toi

J’irai où tu iras

Qu’importe la place

Qu’importe l’endroit


Jean-Jacques Goldman

« J’irai où tu iras »



Pour eux, la traversée avait été paradisiaque.


Eux, c’est à-dire Jules et Julienne. Jules Garay et Julienne Abadie. Ils se connaissaient depuis l’enfance et pourtant, il avait fallu ce voyage, de la Gironde à Buenos Aires, pour qu’ils fassent réellement connaissance, qu’ils se regardent différemment, se voient enfin, se découvrent mutuellement comme on découvre une terre inconnue. Oubliés la houle et le mal de mer, la nourriture médiocre et monotone, les passagers malades ou de méchante humeur et la promiscuité du voyage.


Pouvait-on ressentir un coup de foudre envers une personne qu’on avait déjà croisée si souvent ? Apparemment, oui.


Mais ce n’était pas seulement un coup de foudre. Car l’évidence, entre Jules et Julienne, grandissait jour après jour et avant même de débarquer, ils le savaient :c’est ensemble qu’ils vivraient ici. En ville ou à la campagne, dans la grande plaine ou au pied des montagnes ?


Peu importait. Ensemble, c’est tout.


Les circonstances de leur rencontre – ou plutôt de leurs retrouvailles – ajoutaient, bien sûr, du romanesque à leur histoire. Il n’était pas si courant, pour de jeunes Bagnérais, de faire route ensemble vers l’Amérique du Sud, larguant toutes les amarres de leur passé, même si l’émigration vers l’Argentine était alors en plein boom. Cela restait la traversée de leur vie.


* * *


Julienne voyageait avec ses oncle et tante – et deux de leurs garçons – qui avaient dû abandonner leur vigne, infestée par le phylloxéra, et espéraient trouver là-bas de meilleures conditions de vie.


Tous, en réalité, avaient cet espoir en tête. Une vie meilleure. Voire une vie, tout simplement. Pouvoir manger à leur faim, nourrir leurs enfants, avoir un toit au-dessus de leur tête. Survivre dans l’adversité.


Julienne était l’aînée de la fratrie, née vingt-cinq ans plus tôt, ruelle du Pouey, dans la maison du sieur Benoit, marchand de parapluies,. Son père, marbrier, avait passé de vie à trépas et elle était encore célibataire. Si elle n’avait pas trouvé ici chaussure à son pied, elle aurait là-bas de nouvelles opportunités. En s’y prenant bien, prétendait sa mère, certains pouvaient même faire fortune, à ce qu’on disait. Il n’avait guère fallu insister, cependant, pour la convaincre car Julienne était tout à fait partante pour tenter l’aventure sud-américaine.


Jules, lui, venait de terminer son service actif. Il avait d’abord été garçon pâtissier, place de Strasbourg, à Bagnères, puis il avait rejoint une enseigne bordelaise avant de partir sous les drapeaux.


Jules aimait bouger, il voulait tout voir, tout connaître, dévorer la vie à pleines dents ! Il avait d’ailleurs profité de son passage dans l’armée pour suivre les cours de l’École normale de gymnastique. Une formation qui durait six mois et lui avait permis, en outre, de faire passer le temps un peu plus vite. Car l’armée, décidément, n’était pas son occupation favorite. Obéir, dès l’aube, et toute la journée, à des ordres qui n’avaient, pour lui, aucun sens ni aucun intérêt, le faisait bouillir intérieurement.


Autant il avait pu se soumettre, sans difficulté, à l’autorité d’un patron pour apprendre son métier et l’exercer, autant il ne se voyait pas, mais alors pas du tout, retourner se perfectionner, encore et encore, à «l’art de la guerre », comme l’exigeait alors l’organisation du service militaire.


Sa décision était prise : dès son passage dans la réserve, fin 1889, il partirait le plus loin possible, là où les sergents recruteurs ne pourraient pas le rattraper.



[ Image générée avec IA sur craiyon.com et recadrée ]


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