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Chapitre 2.6 - Un exploit ?
Fiction
Historical
calendar Publicado el 29, jun, 2026
calendar Actualizado 29, jun, 2026
time 3 min
15+

Chapitre 2.6 - Un exploit ?

Antoine, en revanche, était beaucoup plus inquiet. Il faisait le maximum pour aider son frère et tentait de le sonder pour connaître ses projets. Mais Fernand était devenu insondable. Comme un puits sans fond. Il se bornait à lui répondre : « Ne m’appelle plus Fernand, je m’appelle Fernando. Il faut m’appeler Fernando, tu m’entends ? »


* * *


Puis vint ce jour tragique du printemps 1931. Ce jour où Fernand, ou plutôt Fernando comme il voulait qu’on l’appelle désormais – ou peut-être à nouveau – plongea, en costume de bain, du haut d’un pont parisien.


Noëlla l’imagine faisant le saut de l’ange, jambes serrées, bras en croix, comme ces sportifs qui participent chaque année à un concours de plongeon de haut vol au Kosovo, du haut d’un pont de 22 mètres, devant des centaines de spectateurs.


À quelle hauteur était le pont au Change ? Noëlla l’ignorait.


Y avait-il des spectateurs pour applaudir Fernando ? Pourquoi le journaliste parlerait-il d’un « exploit » si tel n’était pas le cas ? Réalisait-on un exploit, tout seul, en catimini ?


Fernand avait-il été victime d’un coup de folie ? Avait-il entendu des voix lui ordonnant cette action périlleuse ?


Ou bien Fernando avait-il voulu mettre fin à ses jours, contrairement à ce que tout le monde semblait croire ? Avait-il voulu donner le change en faisant croire à un accident avec son costume de bain ?


Fernando avait choisi de plonger entre le Palais de justice et Châtelet, là où Ernesto avait été arrêté : fallait-il y voir un début d’explication ? Ou bien voulait-il simplement finir sa course au cœur même de Paris, cette ville qu’il avait tant attendue, en laquelle il avait mis tous ses espoirs, qui lui avait beaucoup donné mais où il n’avait, finalement, jamais réellement habité ?


* * *


Antoine n’eut pas le cœur de rester à Fresnes. Trop de souvenirs s’y rattachaient. Quarante jours seulement après la mort de Fernand, il retourna vivre à Bagnères avec femme et enfants. Puis Bagnères même lui parut trop pesante et il déménagea à nouveau pour une petite ville qu’il ne connaissait pas, près de Pau, dans le bassin versant de l’Adour, où il coula des jours tranquilles avec Marguerite et leur petite famille.


Odette vécut toujours en région parisienne, seule pendant quelques années, avant de se remarier avec un accordeur de pianos prénommé Anastase. Elle mit encore au monde un garçon qu’ils prénommèrent Jean, Fernand.


Antoine et Odette restèrent en contact et s’écrivirent de loin en loin. Mais depuis la mort de son frère, il ne voulait plus qu’on dise Antoine. Gare à celui qui ne l’appelait pas Antonio !



[ Image générée avec IA sur Craiyon.com et recadrée ]


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