¡Felicidades! Tu apoyo al autor se ha enviado correctamente
avatar
À l’Ombre des Mots (9)
Fiction
Adventure
calendar Publicado el 11, oct, 2026
calendar Actualizado 11, oct, 2026
time 13 min
Creative Transparency Label
All audiences
Image / Human image
Text / Human creation

À l’Ombre des Mots (9)


Chroniques décousues d’une jeune fille déconfite


Chapitre 2 (suite et fin)



Ce soir, un évènement réjouissant s’est produit : mon père s’est couché très tôt. Le dîner se déroule dans une délicieuse insouciance. Malheureusement, à la fin du repas, l’un de mes frères commence à évoquer une légende faisant référence à un fantôme et ma mère gâte l’ambiance en nous racontant des histoires de revenants, des anecdotes effrayantes se rapportant à ces évènements dont elle affirme avoir été témoin dans le passé. Ce genre de récits me fascinent, autant qu’ils m’épouvantent. Elle nous relate son séjour dans un manoir dans lequel on entendait la nuit un bruit de chaines trainées par terre, une fois la lumière éteinte. Captivés, nous écoutons ensuite ma mère nous parler de sa visite dans un village abandonné, dans le Lot : elle est en train d’explorer une ancienne forge, puis décide de poursuivre sa promenade, mais dès qu’elle sort de l’atelier en ruine, elle entend distinctement des coups métalliques retentirent dans l’endroit qu’elle vient juste de quitter. Terrifiée, elle s’enfuit en courant.


Je suis transie de peur ; je voudrais rompre le charme pernicieux de ce flux de paroles, mais je reste pétrifiée, à écouter malgré moi les histoires terrifiantes dépeintes par ma mère. Pourtant, bien que je me sente prête à défaillir, je remarque, perplexe (et un peu vexée), que ma petite sœur Blandine ne paraît pas du tout effrayée. Cette impression se vérifie lorsque Blandine nous apprend tranquillement que, chaque soir avant de se coucher, elle prend soin de fermer la porte de sa chambre qui donne sur les escaliers menant au grenier, mais que tous les matins, elle retrouve cette porte entrebâillée. Ma mère renchérit en nous révélant que mon père et mon frère aîné, qui se trouvaient seuls dans la maison un soir de l’été dernier, ont entendu quelqu’un, ou quelque chose, marcher au grenier alors qu’ils dînaient tous les deux dans le salon.


Ma mère prend conscience que Gilles commence à devenir nerveux et décide alors qu’il est temps que nous allions dormir. Je suis vivement inquiète à l’idée de me retrouver seule dans ma chambre, mais je n’en montre rien car je ne veux pas me ridiculiser aux yeux de ma famille. J’essaie de me convaincre que même si la maison est hantée, je ne risque rien car au journal télévisé personne n’a jamais fait mention d’agressions commises par des fantômes. Donc, ce genre de choses ne peut pas se produire.


Je rabats ma couverture sur ma tête en tremblant. Mon cœur s’affole dans ma poitrine. Ce qui me perturbe le plus, c’est que ma mère à l’air de croire à toutes ces histoires étranges. Si elle y croit, cela pourrait-il signifier que les monstres existent réellement ?


Je devrais fuir dès que le paranormal se profile à l’horizon. Mais je n’arrive pas à résister à l’attraction malsaine que ces récits exercent sur moi. Lorsque j’ai lu le roman "L’Exorciste", j’ai éprouvé des difficultés pour m’endormir durant des semaines.


Je ne devrais pas me laisser tenter par des romans d’épouvante ou des films du même genre, quand ils passent à la télévision. Mais je ne parviens pas à me contrôler. Je meurs d’envie de connaître le déroulement de ces histoires dans les moindres détails jusqu’au dénouement final, quand bien même des nuits agitées s’ensuivront.


Je regrette de ne pas réussir à me protéger en élevant des garde-fous : je plonge dans l’abîme, je me laisse emporter, malmener…


Jusqu’à l’âge de onze ans environ, c’est-à-dire jusqu’à récemment, toutes les nuits, je rêvais de choses horribles :


Je lutte pour contraindre mon corps engourdi à courir le plus vite possible dans le but d’échapper à quelque chose d’innommable, mais mes jambes, qui pèsent soudain des tonnes, ne m’obéissent plus…


Ou encore :


Je joue dans le salon avec mes frères et ma sœur. Mes parents discutent, assis à table, et Bernard regarde la télévision. Brusquement, le pas lourd et menaçant d’une chose maléfique se traîne distinctement dans le couloir. Elle va bientôt atteindre la porte du salon. Je sais qu’elle vient pour moi. Affolée, je me presse vers ma mère pour l’avertir du danger qui se rapproche de moi et, face à son indifférence, je crie pour alerter les autres, mais je constate, désespérée, que personne ne réagit. On dirait qu’ils ne perçoivent plus ma présence. Je me réfugie dans la chambre de mes parents avec l’idée dérisoire de me cacher dans l’armoire. Mais la sinistre chose me poursuit de sa démarche lente et pesante…


Cependant, le cauchemar qui m’angoissait le plus était celui où ma propre mère se révélait malfaisante :


Je me précipite dans le salon (à nouveau pourchassée par un monstre) et là, ma mère, la tête baissée sur du linge qu’elle raccommode, lève son visage vers moi et se métamorphose en gorgone, ses yeux venimeux braqués sur moi…


J’avais honte d’éprouver une telle frayeur et cet état de faiblesse me dissuadait de parler de mes cauchemars, mais j’appréhendais terriblement le moment du coucher. Les jambes repliées sous les couvertures, le visage recouvert de mon drap, je pensais au monstre qui m’épiait, tapi dans un recoin, patientant dans l’obscurité. Je savais, je ressentais au plus profond de moi que cette présence diabolique était réelle. Je savais que je sentirais d’un instant à l’autre sa présence immonde à proximité de ma peau…


Le souvenir de ces terreurs enfantines me provoque toujours une montée d’effroi. Les cauchemars sont apparus au cours de mon année de CE1. Ma mère nous conduisait en voiture à l’école car elle nous trouvait trop jeunes pour prendre le car. Sauf que, tous les matins, elle nous déposait à l’école en retard. Très en retard…


Je me revois avancer lentement dans le couloir qui conduit à ma classe. La voix de l’instituteur parvient, étouffée, jusqu’à moi. Le cours a débuté depuis un bon moment, comme d’habitude. Mon cœur bat la chamade et le poids conjugué de la honte et de la culpabilité me compresse la poitrine. Je me tiens devant la porte, le cartable à la main, et je reste là, immobile, le temps de rassembler mon courage. Je me décide enfin à abaisser la poignée de la porte puis, les joues écarlates, les yeux rivés au sol, je me faufile à travers les rangées de tables pour atteindre mon pupitre. Tout le monde me dévisage en silence jusqu’au moment où je m’assieds. Alors seulement, le cours reprend. La première épreuve de la matinée est terminée. Parce qu’après, il y aura encore les récréations à endurer.


Je n’écoute plus rien pendant les cours. Je m’évade dans mes rêves, très loin de la salle de classe. J’essaie de me concentrer sur ce que dit le professeur, mais très vite des pensées m’assaillent et m’entraînent ailleurs.


La sonnerie me ramène à la réalité. L’angoisse revient. Je vais encore végéter toute seule dans un coin de la cour. Je ressens une honte terrible d’être rejetée. Je préfèrerais mourir plutôt que mes parents apprennent la vérité. Mon père, surtout, ne doit rien savoir. S’il apprend que les élèves de ma classe me méprisent, je suis certaine qu’il me méprisera lui aussi.


Mes anciennes amies modifièrent rapidement leur comportement envers moi lorsqu’elles prirent conscience que j’étais à présent affligée d’un handicap : j’étais devenue la pestiférée qui interrompait les cours tous les matins avec une expression de souffre-douleur peinte sur le visage. Exactement l’attitude à adopter pour exacerber le côté pervers qui sommeil chez certains enfants.


Je me blottis contre le mur du préau en souhaitant disparaître. Je regarde avec envie les autres enfants jouer lorsque, brusquement, surgissent devant moi mes anciennes amies et nouvelles ennemies. Elles laissent prudemment un écart entre elles et moi pour pouvoir s’échapper facilement s’il me prenait l’idée de les frapper car elles m’insultent en me traitant de sorcière ! Leurs bouches cruelles éructent un tombereau de méchancetés. La colère me gagne. J’esquisse un pas vers elles, mais elles reculent en m’invectivant de plus belle. Scène dorénavant ordinaire de ma misérable vie d’écolière. Mais cette fois, je suis à bout. Lorsque nous retournons en classe, je m‘approche du bureau de l’instituteur pour me plaindre de l’attitude des filles de la classe. Après que je lui ai dit qu’elle me traitait de sorcière, il me demande simplement :


« Et tu les crois ? »


Je ne sais pas quoi répondre, et je retourne à ma place, dépitée…


Semaine après semaine, mois après mois, s’enracine dans mon esprit la certitude que je mérite le mépris dont certains élèves m’accablent.


Je me souviens de l’unique fois où ma mère m’a déposée à l’heure à l’école. Au lieu du silence pesant qui m’accueille habituellement le matin quand je pénètre dans la classe où se déroule le cours, je suis un peu déstabilisée à la vue de tous ces élèves qui s’animent dans une cacophonie composée d’éclats de voix, de rires et de cris. Des enfants m’entourent, ébahis par ma présence, et j’ai presque l’impression d’avoir accompli un exploit en arrivant à l’heure ce matin-là. Pour le coup, j’aurais préféré arriver en retard, comme à l’accoutumée.


Margaux, la meilleure élève de ma classe, après s’être émerveillée comme les autres au sujet de ma ponctualité, m’invite à jouer à la corde avec elle et sa camarade de jeux. Elle me fourre une corde à sauter dans les mains. Mais lorsqu’elle m’annonce que c’est mon tour de sauter pendant qu’elle et sa camarade manient la corde, je refuse. Je me comporte comme une réprouvée reconnaissante de pouvoir être associée à leur jeu, mais j’ai le sentiment bizarre que je ne suis pas digne de m’amuser en y participant. Margaux me dévisage, surprise. Elle ne désarme pas, cependant son insistance ne fait qu’accentuer mon malaise. Le fait qu’elle me manifeste de l’intérêt représente déjà beaucoup pour moi. Presque trop… Les autres n’ont plus besoin de me mettre à l’écart, je m’écarte de moi-même. En l’espace d’une année, j’ai régressé à l’état d’une pauvre créature craintive et demeurée.


De cette période, j’ai conservé le sentiment de n’être nulle part à ma place, un peu comme si j’accaparais la place de quelqu’un d’autre, ou comme si j’étais tout simplement de trop. Comme si j’étais une erreur, en fait.



Intellectual property & credits
© Cover Image Scène vibrante de coquelicots rouges et de bleuets bleus en fleurs dans une prairie berlinoise par Marina Endzhirgli
© Author's name / pen name Marie-Louise Pisteuo

Comentario (0)

Tienes que iniciar sesión para comentar Iniciar sesión
Seguir descubriendo el universo Adventure

donate Puedes apoyar a tus escritores favoritos

promo

Download the Panodyssey mobile app